Présidentielle: «Quel que soit le candidat élu, ils mèneront la même politique»

POLITIQUE La candidate de Lutte ouvrière renvoie dirigeants politiques et grands patrons dos-à-dos...

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Nathalie Arthaud, le 11 avril 2012, au siège de Lutte ouvrière. 
Nathalie Arthaud, le 11 avril 2012, au siège de Lutte ouvrière.  — Alexandre Gelebart/20 minutes

A 4 jours  de son grand meeting du Zénith, Nathalie Arthaud a reçu 20 minutes dans son bureau qu’elle partage avec l’inoxydable Arlette Laguiller. Entretien.

>> Jeudi, retrouvez l'entretien vidéo de Nathalie Arthaud

La campagne officielle peut-elle changer les choses?

C’est important pour faire entendre notre voix mais je n’ai pas d’illusion. Ce n’est pas en  15 jours que l’on peut bouleverser ce que l’on entend 365 jours sur 365. Et que l'élu soit Hollande ou Sarkozy, on entendra les mêmes refrains le 7 mai: il n’a plus d’argent dans les caisses, il faut se serrer la ceinture, il va falloir payer une dette, dont on nous dit qu’elle est énorme... J’ai envie de préparer les travailleurs à cela. Il ne faudra pas se laisser faire.

Vous ne semblez pas croire au montant de la dette?

J’y crois. Mais je combats le chantage : «Attention, vos enfant vont payer à votre place, vous êtes égoïstes, vous devez payer». Il ne faut pas céder. Les travailleurs ne sont pas redevables de cette dette. Les  500 milliards de dettes créés depuis 2008 ont été contractés par et pour les bourgeois. Que les banquiers et les grands groupes industriels fassent des sacrifices. Les caisses des grandes entreprises sont pleines. Il y a des montagnes de cash.  Les travailleurs ont assez fait  de sacrifices. Que l’on  nous laisse notre salaire, notre emploi. On se battra pour ça. Nous ne ne devons pas nous laisser condamner à la misère.

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Mais comment  juguler cette misère?

Cela passe par la garantie d’un emploi. Il faut imposer l’interdiction des licenciements à toutes les entreprises y compris les PME dont beaucoup sont des filiales de grands groupes. C’est à ces grands groupes d’assumer. Ces capitalistes expliquent qu’il est normal de se servir autant de dividendes parce qu’ils prennent des risques. Et bien qu’ils assument les risques jusqu’au bout et qu’ils ne mettent pas les travailleurs dehors. Que madame Bettencourt ait moins de dividendes en 2012, cela ne va pas l'empêcher de vivre.

Et les artisans et commerçants qui nont plus assez de clients, comment font-ils sans licencier?

Un garagiste n’a pas moins de clients parce qu’il y a moins de pannes mais parce que ses clients ont moins d’argent. Interdire les licenciements et combattre le chômage et la misère va dans leur sens.

Les candidats se sont bousculés dans les usines. Y voyez-vous de lopportunisme?

Complètement. Nicolas Sarkozy a monté en épingle le sauvetage de Lejaby mais il y a des milliers et des milliers d’autres ouvriers qui sont abandonnés. Quant à Hollande, j’étais au meeting de la bourse du travail de Paris quand il a pris la parole devant les salariés de Fralib. Que leur a-t-il proposé s’il arrive au pouvoir ? D’organiser une table-ronde! Quand il dit que la loi obligera Mittal à laisser un repreneur reprendre l’aciérie de Florange, c’est ridicule. Quel fou le ferait? C’est Arcelor-Mittal qui fixe les prix de l’acier dans le monde. Hollande, il n’y a que du vent pour les travailleurs! Il faut qu’il y ait un drapeau levé dans cette élection: celui de la révolte sociale.

Et ce drapeau, cest Mélenchon qui semble le porter ?

Lui se présente pour la révolution citoyenne, pas sociale, ni communiste. Moi je veux changer la société, sans cette classe capitaliste guidée par le profit. Mélenchon veut gouverner dans le cadre du capitalisme. Il prend la Bastille mais sur autorisation préfectorale!

François Hollande et Nicolas Sarkozy, même combat ?

Je vois bien les différences de style et la campagne de Hollande est moins cynique que celle de Sarkozy. Mais quel que soit le candidat élu, ils mèneront la même politique: celle des marchés financiers avec qui ils sont pieds et poings liés. Tout le monde me dit que je suis une petite candidate. Jen suis consciente, je ne serai pas élue. Mais je suis aussi consciente que ceux qui seront élus nappliqueront pas leur programme car le yo-yo de la bourse balaye tous leurs beaux calculs.

Arlette Laguiller vous conseille. Voit-elle une évolution dans la manière dont se déroule la campagne par rapport aux précédentes?

Comme toujours on apparaît dans les 15 derniers jours, comme si on sortait dun chapeau. Il y a un peu de mépris car on ne fait pas partie du milieu. Surtout quand on parle des travailleurs : là, pour eux, on rentre dans une zone obscure. Certains journalistes vivent cette égalité du temps de parole comme quelque chose de douloureux, mais je leur dis: « Ce nest que 15 jours à passer ! ».