Présidentielle: Existe-t-il un vote «bobo» Jean-Luc Mélenchon?

POLITIQUE Analyse de l'influence du vote bourgeois-bohème pour Jean-Luc Mélenchon...

Matthieu Goar

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Des Parisiens profitent du soleil le long du Canal Saint-Martin.
Des Parisiens profitent du soleil le long du Canal Saint-Martin. — S.ORTOLA / 20 MINUTES

Mélenchon attire-t-il les bobos? Soulevée par certains polémistes de droite comme Eric Brunet qui lui a consacré une longue émission sur RMC (à écouter ici), la question est épineuse. Principalement car la population des bourgeois-bohèmes, concept sociologique venu des USA au début des années 2000, n’est pas une catégorie politique mais se définit par un mode de vie. Leur vote ou leur intention de vote ne sont donc pas analysés par les enquêtes d’opinion. «Les bobos sont des gens qui ont des hauts revenus, qui habitent les centres-villes, sont souvent locataires et n’ont pas un haut niveau de patrimoine», synthétise Jérôme Sainte-Marie de l’institut CSA. Economiquement, le bobo est une sous-catégorie des CSP +. Voilà pour l’analyse froide. En balade le long du Canal Saint-Martin de Paris, un des haut lieux de la boboïtude, le bobo porte des vêtements Kooples, est plus Mac que PC, baptise son enfant avec un prénom forcément original et un peu rétro (Urbain, Gaspard, etc) et achète ses surgelés chez Picard. Voilà pour l’imaginaire forcément caricatural (les sous-catégories hipster ou encore boal ne s'y reconnaîtront pas). Politiquement, cet électeur urbain vote à gauche (alors que son porte-monnaie devrait le faire pencher vers la droite) car il revendique des valeurs morales humanistes.

Un vote qui s’appuie sur les fonctionnaires et les CSP -

Le bobo n’explique pas la dynamique Mélenchon, qui oscille entre 12,5 et 15% des intentions de vote. D’abord parce qu’il n’y a pas assez de bobos en France pour influer sur le résultat d’une élection et parce que le vote en faveur du candidat du Front de gauche s’appuie sur d’autres catégories. Ainsi, selon une enquête Ifop pour L’Humanité qui décortique le vote Mélenchon, l’ancien socialiste réalise ses meilleurs scores chez les ouvriers non-qualifiés (20%, +10% en un mois), cartonne chez les professions intermédiaires de la fonction publique (19%, +5) ou chez  les cadres de la fonction publique (17%, +9).  En 2002, alors que le concept de bobo apparaissait en France, des analyses politiques avaient évoqué l’influence de cette catégorie sur la percée d’Olivier Besancenot et d’Arlette Laguiller, presque 10% à eux d’eux. «C’est faux. L’électorat de Besancenot était principalement constitué de CSP -, de personnes jeunes et précarisées», explique Jérôme Sainte-Marie.

Il n’empêche. Dans l’agrégat des partisans de Mélenchon (les altermondialistes,  les militants communistes, les précaires, les socialistes déçus du PS, les écologistes qui ne croient pas en Joly, etc, etc), impossible de ne pas remarquer des bobos dans les meetings de Mélenchon, par exemple lors de la grande marche parisienne du candidat du Front de gauche. «Il s’agit d’une population très informée, très sensible aux modes. En ce sens,  il peut y avoir un effet de curiosité pour le phénomène Mélenchon, comme pour le dernier chanteur à la mode. Ils viennent pour voir, participent à une sorte de fête de la musique de la gauche, mais ne voteront pas forcément pour Mélenchon. Ça ne prête pas à conséquence», tranche Sainte-Marie.

Se distinguer, se distinguer, se distinguer

Et les autres? Car il existe des bourgeois urbains qui affirment qu’ils voteront Mélenchon,  à tel point que la dynamique Hollande pourrait être freinée sur Paris. Ainsi, toujours selon l’enquête Ifop, Mélenchon est estimé à 17% dans l’agglomération parisienne (seulement 13% dans les villes de province). «Plus on a un haut niveau de diplôme et peu de patrimoine, comme les bobos, plus ont est tenté par un vote à gauche», décrypte Sainte-Marie. Finalement, le bobo mélenchoniste fait le calcul qu’il n’a pas grand-chose à perdre puisque le candidat du Front de gauche augmentera certes ses impôts mais cherchera surtout à s’attaquer aux revenus des très grands patrons et aux bénéfices des entreprises. Et s’il entend en plus Mélenchon prôner une révolution contre la culture globalisée américaine avec un rôle accru de l'Etat, comme lundi soir, cela peut finir par le convaincre. «Et puis, au final, il ne faut surtout pas négliger un facteur important: cette catégorie de la population cherche en permanence à se distinguer», conclut Sainte-Marie. Et donc à se différencier de la masse des électeurs de gauche qui votent Hollande.  

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