Présidentielle: «Ils nous ont tellement endormis qu'on n'y croit plus»

REPORTAGE A Bobigny, les jeunes se sentent «concernés», mais n'iront pas forcément voter...

William Molinié

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Des jeunes discutent, à la cité Paul-Eluard de Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Des jeunes discutent, à la cité Paul-Eluard de Bobigny (Seine-Saint-Denis). — A. GELEBART / 20 MINUTES

Au pied des tours du quartier Paul-Eluard à Bobigny (Seine-Saint-Denis), Zakaria, 26 ans, n'attend rien des candidats à la présidentielle. En tirant sur son joint, ce grand gaillard à la drague facile assure qu'il n'ira pas voter le 22 avril. Non pas qu'il se désintéresse de la politique. Au contraire, il regarde les débats à la télévision «comme des matchs de boxe. Mais ils nous ont tellement endormis qu'on n'y croit plus. L'abstention va être plus importante qu'en 2007», prévient-il. Son ami, Eddy, 28 ans, travaille dans les travaux publics et regrette le temps où les permanences politiques les accueillaient au pied des tours. «On avait un local du PC. Mais il s'est transformé en squat et a brûlé», raconte-t-il, précisant «être le premier à mettre le bordel».

«On ne sait plus pour qui voter»

D'illusions en désillusions, les jeunes du quartier Paul-Eluard sont tiraillés par leurs contradictions. «Je m'intéresse à la politique. J'en parle en refaisant le monde le soir avec mes copains en bas de l'immeuble, mais je n'irai pas voter. C'est comme si j'avais raté le coche et que c'était trop tard pour rattraper le temps perdu», analyse Zakaria. Deux «anciens» – c'est ainsi qu'ils se présentent – se joignent à la discussion. «La droite n'a jamais rien promis aux enfants d'immigrés et la gauche a apporté aux banlieues des espoirs qui ont été déçus. On ne sait plus pour qui voter aujourd'hui», insiste l'un d'entre eux. «Ici, ce sera un vote anti-Sarko. Le PS croit avoir déjà gagné le vote de la banlieue. Mais c'est faux. C'est surtout l'abstention qui va l'emporter», analyse Rachid, de l'association BAC, la Balle au centre.

«Bayrou? C'est un type bien mais il n'a pas le charisme»

Plus loin, au cœur de la cité, les plus jeunes semblent moins enclins à bavarder «politique». Pourtant, petit à petit, leurs idées se dévoilent, preuve d'un intérêt certain. «Mélenchon? Au moins, j'ai l'impression qu'il parle comme nous», confie Moussa, 19 ans. «Bayrou? C'est un type bien, mais il n'a pas le charisme», poursuit-il. «Pour tous les candidats, la banlieue ce sont les autres», estime un autre, âgé de 21 ans. Manel, une étudiante de 23 ans en 2e année de BTS, assure «discuter de l'élection» avec ses camarades de classe. Pourtant, nombre d'entre eux jurent qu'ils n'iront pas glisser leur bulletin dans l'urne. Un discours qu'ils tiennent surtout devant leurs copains, lorsqu'ils sont en groupe.

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