Présidentielle 2012: Vers une autre campagne après les fusillades?

POLITIQUE Que vont changer les tueries de Montauban et Toulouse à la campagne?...

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François Hollande lors de son meeting à Marseille, le 14 mars 2012.
François Hollande lors de son meeting à Marseille, le 14 mars 2012. — AFP PHOTO / BORIS HORVAT

Cette semaine, la campagne présidentielle n’a pas changé, elle a été totalement bouleversée par les drames de Toulouse et Montauban. Hollande, Sarkozy et Le Pen ont suspendu leur campagne, l’extrême gauche dénonce un «cirque» et balaye l’idée d’une «union nationale» et l’actualité médiatique est accrochée à l’évolution de l’enquête. Et certains pensent déjà que ces tueries vont influer la présidentielle à plus long terme, c’est-à-dire jusqu’au bout. «C’est un événement considérable dont on est loin d’avoir fait le tour (…). Nous n’aurons pas le temps et la force de comprendre ce qu’il s’est passé (avant le premier tour)», a prédit le politologue Dominique Reynié sur Europe 1. 20 Minutes revient sur ce qui pourrait être modifié par cette tuerie. 

1 – Une confrontation moins frontale?

Avant la tuerie, la violence des attaques entre candidats était montée d’un cran. L’UMP n’avait pas du tout  apprécié les attaques de Royal décrivant  la peur de Sarkozy d’être traduit en justice. Samedi, Sarkozy avait dénoncé les «mensonges» et le «cynisme» de Hollande. «Ce qui est sûr, c’est que maintenant, Sarkozy ne pourrait plus faire un meeting comme celui de samedi dernier», lâche Bruno Le Roux, porte-parole du candidat PS. Une analyse partagée par les observateurs. «Au moment de la tuerie, les Français étaient mécontents du ton de la campagne où les critiques personnelles prenaient trop d’importance. Dans les semaines à venir, il y aura un retour à la comparaison entre les cohérences des projets», pense Stéphane Rozès, politologue et président de CAP.

2 – Un changement des thématiques de la campagne?

Et si le thème de la sécurité revenait dans la campagne? C’est Hollande qui a remis le sujet sur le tapis, mardi. «La question de la sécurité, forcément, revient», déclare-il à la mi-journée lors d'une rencontre avec des responsables religieux du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis). Et le candidat PS de déplorer la baisse des effectifs dans les forces de l'ordre ou d’évoquer «les efforts de la police de proximité inutilement raillés». Dans l’affrontements d’idées, cette campagne est celle des questions économiques (la justice de la fiscalité, l’assistance, la dette, et). Un écho aux préoccupation des Français. Depuis 2008, le pouvoir d’achat, le chômage et le logement sont en effet les 3 préoccupations les plus importantes des Français. Selon les études d’opinion, la sécurité n’est reléguée qu’en 5e ou 6e position, alors que ce thème avait dominé l’élection de 2002 et largement animé celle de 2007. «Je ne crois pas que les thématiques seront influencées par ce drame. Il est trop exceptionnel, trop ‘extérieur’ au quotidien pour poser la question de l’insécurité», pense Rozès. «Il serait très malvenu de relancer le sujet sur l’insécurité dans ce contexte et à des fins électoralistes», lâche Eric Coquerel, conseiller de Jean-Luc Mélenchon. Et les débats sur le halal? Le référendum sur les chômeurs? «On aura plus envie de rapprocher que de séparer», estime Dominique Reynié sur Europe 1.

3 – Des meetings moins festifs?

Les états-majors des partis se posent la question.  Avant l’annulation du meeting de Rennes, lundi, les proches du candidats avaient pensé à le faire parler seul sur scène de façon moins solennel. Et dans son entourage,  on se pose dorénavant la question du ton des meetings, surtout que lors des derniers grands meetings,  il était prévu une introduction musicale. Le PS réfléchit à modifier la forme de ces meetings mais attend de voir comment l’actualité évolue. Le meeting de Rennes a d’ailleurs déjà été reporté. Il aura lieu au 4 avril. «Pour le moment,  on est dans le temps de la décence. Il va y avoir quelques jours de changement de climat et de forme des apparitions. Ensuite, la campagne reprendra sans doute son cours normal», analyse Rozès. Mardi en fin d’après-midi, le Front de gauche est ainsi monté au créneau car la mairie de Marseille lui refusait l’accès à la ville pour un meeting en plein air.