Présidentielle: La course à l'Elysée bouleversée par la tuerie de Toulouse

PRESIDENTIELLE Agendas, angles des discours comme formes des manifestations: la tuerie de Toulouse a changé la façon de faire campagne pour les candidats...

Matthieu Goar et Alexandre Sulzer

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Nicolas Sarkozy (au centre) et Luc Chatel, ministre de l'Education (à droite) au collège Couperin du 4e arrondissement de Paris, le 20 mars 2012.
Nicolas Sarkozy (au centre) et Luc Chatel, ministre de l'Education (à droite) au collège Couperin du 4e arrondissement de Paris, le 20 mars 2012. — J. Brinon/AP/SIPA

Au lendemain de la tuerie de Toulouse, les hommes politiques marchent sur des œufs. Comment parler du drame sans être accusé de récupération? Faut-il maintenir les meetings ou les annuler? Se rendre sur place à Toulouse ou non? La question divise les candidats.

Nicolas Sarkozy a réglé la question en réenfilant ses habits de président de la République et en annonçant, dès mardi, qu’il suspendait sa campagne «au moins, jusqu’à mercredi», jour des obsèques des militaires assassinés à Montauban.

«Il faut reprendre le rythme de la campagne»

Tous les autres événements liés à la campagne ont été annulés par l’UMP. Les ténors, invités depuis plusieurs jours à démultiplier la parole du parti à travers le territoire, ont donc annulé tous leurs déplacements et réunions publiques. A commencer par le secrétaire général du parti, Jean-François Copé, qui devait se rendre mercredi dans la Manche.

Pour l’heure, le meeting de Nicolas Sarkozy jeudi à Strasbourg, consacré initialement à l’Europe, est maintenu. «Mais on ne peut pas imaginer que Nicolas Sarkozy fasse comme s’il ne s’était rien passé, il abordera forcément le drame», glisse-t-on à l’UMP. «Il faut reprendre le rythme de la campagne, on ne peut pas arrêter indéfiniment», affirme, quant à elle, la députée Valérie Rosso-Debord. Selon elle, «il n’y a aucune raison de changer la scénographie des meetings» au cours desquels la liesse des militants est mise en scène de façon millimétrée par le parti. «Fera-t-on une minute de silence? C’est quelque chose qui peut être envisagé.»

Le meeting de samedi à Boulogne-Billancourt avec Claude Guéant, chargé de coordonner l’enquête à Toulouse, serait, lui, annulé ainsi que les «72h pour la France forte», un moment de mobilisation maximale de la machine militante qui était calé de vendredi à dimanche. «Les décisions d’annulation ou de maintien seront prises en circuit court, directement entre Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé», souffle un cadre de l’UMP.

«Cet événement réinstalle de la gravité»

Côté PS, l’important meeting de Rennes mardi a été annulé. «C’était compliqué de le maintenir car ça devait être un moment de fête dans une région qui a un lien particulier avec François Hollande. On s’est demandé s’il ne fallait pas faire intervenir Hollande tout seul. Mais bon, c’était compliqué. En plus, ça devait être le meeting où Ségolène Royal intervenait», confie Bruno Le Roux, porte-parole de François Hollande.

Les proches du candidat réfléchissent à la forme prochaine des meetings. «Peut-être que faire des introductions musicales et festives sera plus compliqué. Ce qui est sûr, c’est que cet événement réinstalle de la gravité dans la campagne mais ça n’altère pas la volonté de changement», souligne Bruno Le Roux.

D’autres ont fait le choix de ne pas suspendre la campagne, comme le Front de gauche. «Personne ne le fait. Bayrou était en meeting, hier (lundi), Hollande à la radio ce matin (mardi). C’est plus une idée qu’un fait réel», justifie Eric Coquerel, conseiller de Jean-Luc Mélenchon. «De notre part, il y a la volonté de ne pas en rajouter mais d’envoyer quelques signaux forts au moyen de déclarations courtes», poursuit celui qui indique ne pas vouloir «s’empêcher de participer à des rassemblements» comme lundi soir place de la République.

Le vivre-ensemble, thématique désormais centrale

Autre candidat qui mise sur le maintien de sa campagne: François Bayrou. Après s’être rendu à Toulouse lundi, il a maintenu une réunion publique le soir même à Grenoble. «Ceci n’est pas un meeting, pas une réunion électorale, c’est pour moi une très importante réflexion nationale», s’est justifié le candidat MoDem. Le «fait de montrer du doigt les uns ou les autres en raison de leur présence dans le pays, de leur origine, de leur situation sociale, c’est d’une certaine manière faire flamber ce genre de passion, ce genre de sentiment», a-t-il dénoncé, à propos du racisme et de l’antisémitisme.

Des propos qu’a dénoncés vivement Alain Juppé, estimant que le candidat centriste tentait de «tirer parti» du drame. «Le vivre-ensemble était déjà une thématique centrale pour François Bayrou, estime Marielle de Sarnez, sa directrice de campagne. Cela va désormais devenir un sujet important de la campagne.» Dimanche, au Zénith, François Bayrou, qui aura assisté à une marche en mémoire des victimes, à l’appel de la Licra et de SOS-Racisme, adressera «non pas un discours politique mais un discours à la France», confie-t-elle. Comprendre une adresse qui se veut au-dessus des affrontements politiques.

Le FN craint d’être attaqué

Au Front national enfin, l’heure est à l’attente. «Selon que les auteurs de la tuerie sont des néonazis ou des islamistes, ça change beaucoup de choses pour nous», reconnaît Louis Aliot, le vice-président du FN. «On a déjà vécu Carpentras», glisse-t-il, en référence à la profanation d’un cimetière juif que le FN a vécu comme une manipulation à son encontre.

«Des types comme Mélenchon ne s’interdiront pas des attaques directes contre nous», se prépare-t-il. En attendant, la campagne de Marine Le Pen est provisoirement suspendue. Jeudi, elle se rendra sur un marché en Picardie et vendredi au Mont-Saint-Michel, comme cela était initialement prévu. Mais Louis Aliot reconnaît que «sur cette affaire, personne n’est très à l’aise».