«Réduire l'immigration, ce n'est pas choquant»

INTERVIEW Rachida Dati décrypte pour 20 Minutes les propositions de son camp sur la justice, les étrangers, l'Europe et revient, en toute franchise, sur les limites de la féminisation de l'UMP...

Propos recueillis par Alexandre Sulzer

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La maire UMP du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, le 14 mars 2012.
La maire UMP du 7e arrondissement de Paris, Rachida Dati, le 14 mars 2012. — V.WARTNER / 20 MINUTES

Ex-porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati a fait un retour remarqué auprès du candidat en 2012. Immigration, justice : elle vend le projet Sarkozy.

Nicolas Sarkozy propose de baisser l'immigration légale de moitié. Y'a-t-il trop d'étrangers en France?

Vouloir réduire l’immigration légale en période de crise n’est pas choquant. Compte tenu de l'état du marché du travail et du marché locatif, nous ne pouvons plus accueillir autant d’étrangers.

Quid du regroupement familial?

Un regroupement familial, cela se prépare en termes de logement décent et de revenus suffisants. Ce sont des conditions essentielles soit pour subvenir aux besoins de la famille, soit pour fonder une famille.

En tant que députée européenne, vous n'avez pas été gênée par l'ultimatum de Nicolas Sarkozy sur Schengen?

Ce n'est pas un ultimatum. L'espace de libre circulation de Schengen est un acquis européen, une liberté qu’il faut préserver. Défendre cette liberté de circulation implique qu’il y ait des frontières extérieures de l’Europe, réellement contrôlées. Par exemple, la Grèce ne peut plus exercer ce contrôle de manière vigilante en raison d’un effondrement administratif dû à la crise. Nous devons aider ces Etats en difficulté, par exemple en renforçant les moyens de l'agence européenne chargée de la protection des frontières (Frontex). Si des Etats européens ne jouent pas le jeu, il faudra prendre des sanctions à leur encontre.

Arno Klarsfeld, qui dirige l'Office français de l'immigration, propose un mur à la frontière grecquo-turque…

J'y suis défavorable. L'Europe s’est construite démocratiquement. Il y a d'autres moyens de parvenir à surveiller les frontières extérieures.

Les députés UMP ont rétabli il y a quelques jours la double peine, la possibilité d’expulser un étranger après qu’il a purgé sa peine. Qu'en pensez-vous?


Ce que vous appelez "double peine" est en fait une interdiction temporaire ou définitive du territoire. C'est une peine complémentaire qui a toujours existé dans le code pénal et que les magistrats peuvent ou non prononcer. Aujourd'hui, le taux de délinquance étrangère est élevé par rapport à la délinquance des ressortissants nationaux. Afin de dissuader cette délinquance étrangère, il est proposé que cette interdiction du territoire devienne automatique, sauf décision contraire des magistrats, pour des crimes et des atteintes graves aux personnes. En 2003, Nicolas Sarkozy n’avait pas supprimé cette interdiction du territoire mais avait souhaité que des étrangers condamnés, qui n’avaient aucune attache dans leur pays d’origine ou qui étaient sur le territoire national depuis longtemps avec des attaches familiales, ne puissent pas être expulsés. Cette disposition n’est pas remise en cause.

Faut-il appliquer les peines plancher aux délinquants réitérants, c'est-à-dire ceux condamnés pour des faits ou des catégories de faits différents de ceux pour lesquels ils ont déjà été condamnés?

Aujourd’hui les peines planchers ne s’appliquent qu’aux récidivistes. Car il y a une différence juridique entre un récidiviste, qui commet de manière répétée des faits de même nature ou de même catégorie, et un réitérant, qui commet aussi de manière répétée des faits différents et souvent de même nature. Par exemple, une personne qui commet une extorsion de fonds puis des violences volontaires est un réitérant mais pas un récidiviste, alors même que les faits sont graves. Nous proposons donc que les peines planchers soient appliquées aux réitérants dans certains cas, comme par exemple les atteintes graves aux personnes. Et comme pour les récidivistes, les peines planchers seront prononcées à l’appréciation des magistrats.

Etes-vous toujours défavorable au vote des étrangers aux élections locales?

J'y étais favorable il y a 20 ans mais je ne le suis plus. Car en l’absence de politique d’intégration efficace, nous avons assisté à une montée du communautarisme. Je préfère aujourd’hui que nous refondions une vraie politique d’intégration sur des valeurs républicaines et que nous favorisions de vrais parcours de citoyenneté pour accéder à la nationalité française. Ainsi la nationalité donne le droit de vote.

Vous ne faites pas le lien entre vote des étrangers et viande halal à la cantine…

Il ne faut pas mélanger les sujets. Les Français de confession musulmane sont des citoyens comme les autres. Nos compatriotes musulmans sont souvent attaqués sans aucune réaction de leur part, car ils se sentent français avant tout.

Il y a 5 ans, vous incarniez la diversité. Ca vous énerve quand on vous le rappelle?

Pas du tout. La grande force de Nicolas Sarkozy a été de vouloir une droite moderne, ouverte, diverse, féminisée. J'espère que la droite restera fidèle à ces valeurs.

L'UMP a investi François Fillon aux législatives à Paris mais pas vous. Est-ce un recul de cette féminisation?

La commission d'investiture devra un jour prendre ses responsabilités, en respectant la loi sur la parité. A terme, si les partis politiques ne respectent pas la loi sur la parité, les sanctions devront être durement renforcées, comme l’avait proposé François Fillon lors des Etats Généraux de la Femme.

Serez-vous candidate aux législatives à Paris?

Aujourd'hui, je suis mobilisée sur la campagne présidentielle. Mais je n'ai pas pour habitude de renoncer, ni de changer d'avis.

Nicolas Sarkozy a récemment demandé que cessent les attaques des uns contre les autres au sein de votre camp. Vous vous êtes sentie visée?

Non car je n’ai jamais critiqué les personnes ou les institutions. Mais il est vrai que j’ai dénoncé des comportements et des méthodes politiques qui sont d’un autre âge. Notre famille politique, c’est la reconnaissance du mérite et du travail, pas les petits arrangements entre amis.

Ne regrettez-vous pas que Rama Yade ne soutienne pas Nicolas Sarkozy?

Elle a fait un choix. Je le respecte.