Nicolas Sarkozy veut rassurer les musulmans

POLITIQUE L'inauguration d'une stèle à la mémoire des anciens combattants d'Afrique du Nord à la mosquée de Paris a été l’occasion...

Alexandre Sulzer

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Nicolas Sarkozy en visite à la mosquée de Paris, le 14 mars 2012.
Nicolas Sarkozy en visite à la mosquée de Paris, le 14 mars 2012. — CHESNOT/SIPA

Devant une rangée de spahis, ces unités de cavalerie appartenant à l’Armée d’Afrique, Nicolas Sarkozy, l’air grave, présidentiel pendant quelques instants, observe une minute de silence. Si le président de la République est venu à la mosquée de Paris mercredi, flanqué de son ministre de l’Intérieur Claude Guéant et de son ministre de la Défense Gérard Longuet, c’est pour inaugurer une stèle à la mémoire des 300.000 combattants musulmans morts pendant la Première guerre mondiale. C’est bel et bien en qualité de chef d’Etat, et non de candidat, qu’il écoute la Marseillaise résonner entre les façades de zellige de l’édifice religieux. Officiellement, cette inauguration intervient, selon l’Elysée, à l’occasion des 50 ans des accords d’Evian qui ont abouti à la fin de la guerre… d’Algérie.

Mais la campagne rattrape bien vite la réalité. Lors d’une courte allocution à l’issue d’une demi-heure d’entretien avec Dalil Boubakeur, le recteur de la mosquée, et Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Nicolas Sarkozy indique vouloir «assurer» les Français musulmans «de leur place dans la République française» et leur «dire qu’ils ont naturellement le droit d’exercer leur foi». «Que nos compatriotes ne se sentent pas blessés par des polémiques qui n’ont pas lieu d’être», déclare le président de la République, en référence évidente au débat récent sur la viande halal et les «pratiques ancestrales». Un débat qu’il a pourtant lui-même contribué à alimenter en demandant la traçabilité de la viande issue de l’abattage rituel.

«Les musulmans n’ont pas à s’inquiéter de la position du gouvernement, en tant cas du président de la République»

Côté musulman, l’heure semble aussi à l’apaisement. Ainsi, Dalil Boubakeur a qualifié de «geste exceptionnel et historique» l’inauguration de la stèle. Selon lui, elle était dans les tuyaux «depuis deux ans» et n’a donc aucun rapport avec le contexte de campagne actuel. « Il n’y a pas de vote musulman », a-t-il d’ailleurs précisé avant de rassurer ses coreligionnaires: «les musulmans n’ont pas à s’inquiéter de la position du gouvernement, en tant cas du président de la République, sur l’islam et sa juste place». Devraient-ils davantage s’inquiéter de Claude Guéant? Dalil Boubakeur répond que c’est «grâce à lui», alors qu’il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy place Beauvau, «que le CFCM a été créé». Lors de leur entretien à huis-clos avec le chef de l’Etat, «il a été rappelé que Nicolas Sarkozy a demandé un foyer national pour les Palestiniens lors du dîner du Crif (conseil représentatif des institutions juives de France)», se félicite aussi le recteur.

Pour Mohammed Moussaoui, la visite du président de la République signifie que «les messages qui stigmatisent les musulmans n’ont pas leur place». Mais, met-il en garde, «les déclarations de nature à offenser les musulmans risquent de revenir». «Se rappeler la mémoire» des musulmans morts au combat est donc «une leçon pour le présent et le futur». Les autorités avaient-ils vraiment besoin d’une leçon d’histoire? «C’est toujours bien de rappeler les évidences.»