Vous avez interviewé Clémentine Autain, membre du comité de campagne de Jean-Luc Mélenchon

VOS QUESTIONS La femme politique était l'invitée du chat politique «20 Minutes»/Yahoo!

Cédric Garrofé

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Clémentine Autain en meeting à Lille, 2010
Clémentine Autain en meeting à Lille, 2010 — BAZIZ CHIBANE/SIPA

Clémentine Autain était dans les locaux de 20 Minutes ce lundi, voici un extrait de ses réponses:

«Certains grands patrons gagnent 600 fois le SMIC : là est d’abord l’indécence. Nous nous battons pour un salaire maximum - fixé à 20 fois le salaire minimum, ce qui est déjà pas mal... En politique, l’urgence est de changer de République pour refondre nos règles démocratiques qui sont aujourd’hui à bout de souffle»

«Je ne conçois pas la politique en dehors d’une recherche collective à exercer des responsabilités. Au Front de Gauche, nous le disons clairement: nous voulons que la gauche réussisse, nous voulons gouverner. Mais pas à n’importe quelles conditions ! S’il s’agit d’appliquer une politique d’austérité, de “donner du sens à la rigueur” comme l’a proposé le candidat socialiste François Hollande, ce sera sans nous.»

«L’opposition entre capital et travail est bien réelle parce que les revenus du capital constituent des rentes, de plus en plus importantes, alors même que les revenus salariaux diminuent. Les salaires sont une des variables d’ajustement pour permettre au capital de s’accroître. Or, les richesses ne devraient-elles pas revenir à celles et ceux qui les produisent?»

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Le chat en intégralité:

L'écologie ne devrait pas être l'objet d'un parti mais une préoccupation de tous! Il me semble que Jean-Luc Mélenchon ne montre pas assez qu'il comprend cela. Qu'en pensez-vous?
Il y a plusieurs années déjà que Jean-Luc Mélenchon a fait une révolution personnelle en intégrant pleinement l’écologie à sa culture politique. Ce n’est pas un vernis environnemental mais une conception assumée du nécessaire changement de modèle de développement. Vous ne l’entendez peut-être pas assez mais il en parle largement dans ses interviews, dans ses meetings, notamment en défendant l’idée d’une planification écologique. Le programme du Front de Gauche porte avec force cette préoccupation. Nous proposons une sortie de crise par la relance de l’activité sociale et écologique. A vrai dire, je pense que nous sommes le pôle écolo le plus cohérent à gauche... Relocaliser l’économie, préserver la biosphère, changer les modèles de consommation pour sortir du jetable ou de la mal-bouffe : ces objectifs ne sont réalisables qu’à la condition de remettre en cause le pouvoir du capital pour que la rente à court terme ne soit pas supérieure aux besoins humains et environnementaux.

Pensez-vous mettre fin aux privilèges accordés aux deputés, ministres? Et si oui, comment?
La fin des privilèges, c’est valable pour l’ensemble de la société ! Pas sûre d’ailleurs que le haut du panier des privilégiés soit en politique... Savez-vous que les patrons du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter de 34% l’an dernier ? Certains grands patrons gagnent 600 fois le SMIC : là est d’abord l’indécence. Nous nous battons pour un salaire maximum - fixé à 20 fois le salaire minimum, ce qui est déjà pas mal... En politique, l’urgence est de changer de République pour refondre nos règles démocratiques qui sont aujourd’hui à bout de souffle. Nous proposons le non cumul des mandats, en nombre et dans le temps, et le statut de l’élu-e. La question de la rémunération des parlementaires et des ministres pourrait être posée à l’occasion du processus constituant à mettre en place pour faire naître cette VIe République. Le 18 mars, dimanche prochain, le Front de Gauche sera place de la Bastille à Paris pour faire entendre cette proposition ! On vous y attend... nombreux ! Avec un discours de Jean-Luc Mélenchon qui vous emballera j’en suis sûre...

Il semble que vous ne soyez pas très favorable à une structure de type parti politique. (Vous semblez ne pas vouloir vous rattacher à un parti) Pouvez-vous expliquer pourquoi? Que proposez-vous à la place ?
Je pense que la forme parti telle qu’elle a existé au XXe siècle ne correspond plus aux besoins politiques contemporains, aux modes de vie et aux aspirations d’aujourd’hui. L’organisation verticale et pyramidale, avec des militants aux ordres, est révolue. Pour autant, nous avons besoin d’organisation politique, c’est-à-dire de cadres d’élaboration collective qui s’inscrivent dans la durée. Alors, il faut chercher des formes plus souples, plus coopératives, plus horizontale dans leur fonctionnement... L’heure est à la novation des formes politiques: voilà mon combat, ma conviction. Pour trouver la réponse, encore faut-il avoir conscience que les manières de faire du passé sont obsolètes. Le Front de Gauche est un début de recherche dans ce sens, avec une manière inédite d’associer différents courants politiques et des individus. Nous constatons dans cette campagne que cela produit de la dynamique. En 2005, avec le non de gauche au Traité constitutionnel européen, nous avions également réussi à produire de la politique de façon neuve et efficace.

Seriez-vous prête à prendre des fonctions ministérielles si on vous le proposait, et si oui, vous sentiriez-vous capable d'exercer la fonction de premier ministre?
Je ne conçois pas la politique en dehors d’une recherche collective à exercer des responsabilités. Au Front de Gauche, nous le disons clairement: nous voulons que la gauche réussisse, nous voulons gouverner. Mais pas à n’importe quelles conditions ! S’il s’agit d’appliquer une politique d’austérité, de “donner du sens à la rigueur” comme l’a proposé le candidat socialiste François Hollande, ce sera sans nous. En revanche, vous pourrez compter sur nous, et donc sur moi, s’il s’agit de participer à un gouvernement qui se bat pour réorienter les politiques européennes en faveur des besoins des peuples et non de ceux du capital, qui affronte le pouvoir de la finance sur nos vies, qui augmente le SMIC et les minima sociaux, qui rétablit la retraite à 60 ans, qui conforte les services publics, qui met en place une VIe République, qui régularise les sans-papiers, qui organise sérieusement la transition énergétique, qui ouvre le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, qui se donne sérieusement les moyens de faire avancer l’égalité entre les sexes, etc.

Que pensez-vous de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou, respectivement candidats de Lutte Ouvrière et du NPA? Leurs candidatures ne divisent-elles pas encore d'avantage les voix de la gauche forte, dont Mélenchon est le plus populaire des candidats?
C’est à eux qu’il faut poser la question ! LO a toujours joué cavalier seul. Sa conception de la révolution est bien différente de la nôtre. Avec le NPA, nous avons longtemps cherché la convergence mais le parti d’Olivier Besancenot a choisi l’isolement... Je le regrette et ne peut que constater que ce choix les marginalise. C’est dommage. L’unité est payante ! Le Front de Gauche en est la preuve vivante...

Les candidats ne parlent presque pas des 19 millions de retraités en France qui représentent une force considérable lors des élections... Pourquoi? Souhaitez-vous toujours la retraite à 60 ans?
Le Front de Gauche fait de la retraite à 60 ans l’un de ses grands combats ! Nous étions particulièrement mobilisés au moment du grand mouvement social sur les retraites face à ce gouvernement qui en cesse de nous tondre la laine sur le dos... L’enjeu est la préservation de droits acquis de haute lutte, la question est celle du partage des richesses.  Nous nous élevons contre cette idée reçue selon laquelle nous devrions travailler plus longtemps parce que nous vivons plus longtemps. Ce n’est pas notre conception du progrès humain. Et surtout, a-t-on oublié que si l’on vit plus longtemps, c’est aussi parce que nous travaillons moins longtemps? En vingt ans, 10 points de PIB sont passés directement de la poche des salariés à celle des actionnaires : ce rapt de la plus-value est inadmissible. Là se situe les marges d’un rééquilibrage des revenus en faveur du plus grand nombre. Qu’on se le dise...

Madame Autain, je fais partie des nombreux patrons de TPE ou PME (nous nous voyons au réunion du PG) qui soutiennent M. Mélenchon. Mais je ne m'explique pas pourquoi il ne parle pas plus de l'Islande! Voici un pays où le peuple s'est pris en main, a envoyé paître les banques, a rédigé et imposé aux politiques une nouvelle constitution et juge actuellement devant un tribunal le chef du gouvernement pour qu'il rende des comptes sur sa gestion... Un bel exemple à suivre! Pourquoi ne pas en parler?
Bien vu! Oui, nous avons suivi avec grande attention le cas de l’Islande. Voilà un peuple qui a dit stop et qui a mis en route un processus constituant. Je regrette que les médias ne s’en soient pas fait davantage l’écho. Il n’y a pas que Mme Merckel comme interlocuteur en Europe ! Des mobilisations, des expérimentations sont en cours pour contester les plans de rigueur imposés par le FMI, la BCE et l’UE, pour redonner du sens et du contenu à la démocratie. Aujourd’hui, nous devons nous sauver de nos prétendus sauveurs ! Car l’austérité fabrique la récession économique et les déficits publics. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à en être convaincus... Unissons nos forces ! Nous avons des partenaires au sein des peuples européens pour mener cet indispensable rapport de force. Et en France, plus le Front de Gauche aura un score élevé en avril prochain autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, plus nous aurons de la latitude pour peser. Et changer nos destins.

Le NPA est très divisé sur l'opportunité de faire la campagne de Philippe Poutou. Un ralliement de tout ou partie du NPA au Front de gauche est-il sérieusement envisageable ?
Je veux leur dire à quel point ils sont les bienvenus ! Vraiment.

Bonjour, Pensez-vous sérieusement qu'il soit seulement envisageable de mettre les salaires les plus hauts, à l'équivalent de 20 fois le Smic ?
Et pour quelles raisons serait-ce impossible ? Les congés payés ont été imposés en 1936, alors que cela semblait impensable peu avant, tout simplement parce qu’une majorité l’a exigé. Le champ des possibles dépend de la capacité du plus grand nombre à se mettre en mouvement pour changer l’ordre existant. Si l’idée est juste, il ne faut pas en rabattre mais se battre... L’égalité doit être notre boussole.

Pensez-vous que l'on peut sérieusement opposer capital et travail? Ne sont-ils pas dans le même bateau? Sans capital, pas de travail, mais sans travail, pas de retour sur investissement du capital? Le travail est rémunéré immédiatement, tandis que le capital ne reçoit qu'une fraction du résultat et, peut-être, si tout va bien, la plus-value, mais risque également la ruine, sans indemnités chômage.
L’un des problèmes, c’est que le capital n’est aujourd’hui majoritairement pas détenu par ceux et celles qui travaillent... Contrairement à la logique des Scop par exemple. L’opposition entre capital et travail est bien réelle parce que les revenus du capital constituent des rentes, de plus en plus importantes, alors même que les revenus salariaux diminuent. Les salaires sont une des variables d’ajustement pour permettre au capital de s’accroître. Or, les richesses ne devraient-elles pas revenir à celles et ceux qui les produisent ?

Le chat est maintenant terminé. Vous pouvez retrouver Clémentine Autain sur son blog: http://clementineautain.fr/

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Présentation du chat:

Jusqu'au 6 mai 2012, date du second tour de la prochaine présidentielle, la rédaction de «20 Minutes» en partenariat avec Yahoo! reçoit plusieurs personnalités politiques pour un chat avec les internautes et une interview vidéo.

Fille de parents artistes, Clémentine Autain a grandi à Paris, essentiellement dans le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement. Militante depuis près de 20 ans pour «l’unité et le mélange des cultures politiques de la gauche radicale», elle co-dirige avec l'historien Roger Martelli le mensuel Regards

Elue apparentée communiste du 17e arrondissement entre 2001 et 2007 et adjointe au marie de Paris chargée de la jeunesse à la mairie de Paris, Clémentine Autain est désormais membre de l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle.