Vous avez interviewé Camille Bedin, secrétaire nationale en charge de l'Egalité des chances à l'UMP

VOS QUESTIONS Camille Bedin était l'invitée du chat politique 20 Minutes/Yahoo!

Cédric Garrofé

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 Camille Bedin
 Camille Bedin — REVELLI-BEAUMONT/SIPA
Pourquoi, selon votre livre, les banlieues sont-elles de droite? (Tournesol)
Les banlieues votent majoritairement encore à gauche, mais les valeurs des jeunes, notamment, dans les quartiers, sont des valeurs de droite : liberté, mérite, travail, besoin d’héritage, d’autorité, de transmission familiale, culturelle,... En un mot, pour être très concrète, les jeunes veulent gagner de l’argent - le mot n’est pas tabou, au contraire!, réussir, s’en sortir par leurs propres moyens, rejettent en bloc toute forme d’assistanat... Leur ennemi, c’est tout sauf le monde de la finance!
 
Honnêtement, j'ignorais jusqu'à maintenant votre existence. Pouvez-vous me dire en quoi consiste votre fonction, quel but comptez-vous atteindre? (benvrai2)
C’est bien normal... ! J’ai 26 ans, j’ai cofondé il y a 5 ans deux associations dans les quartiers, de soutien scolaire et de coaching des jeunes. Ce qui m’a frappée, c’est que la principale inégalité n’est pas celle de l’argent, mais celle de l’accès à l’information: les jeunes et leurs parents sont démunis face à l’école, ils n’ont pas forcément les bonnes infos, les tuyaux, les codes pour savoir comment réussir ce qu’ils veulent faire. Et souvent, ils s’auto-censurent. C’est contre cette inégalité des chances que j’ai voulu m’engager en politique, et c’est à l’UMP que j’ai trouvé les valeurs et les réponses que j’attendais: réussir par son travail, la République du mérite. Aujourd’hui, mon rôle est simple : faire en sorte de parler, le plus possible, des problèmes que rencontrent les jeunes, notamment dans les quartiers mais aussi un peu partout en France, dans les zones rurales isolées par exemple, et essayer d’y répondre en faisant des propositions concrètes à l’UMP. 
 
Je suis étonnée d'apprendre que l'UMP a une ou des secrétaires nationaux en charge de l'Egalité des chances. Les actions menées par le gouvernement depuis cinq ans n'ont pas eu selon moi, pour ambition ni comme effet de réduire ces inégalités (homme/femme, riche/pauvre, hétéro/gay, urbain/rural). Pourriez-vous citer les résultats de vos travaux en matière d'égalité des chances (pas ceux au sein de la cellule riposte) et plus particulièrement sur la banlieue à laquelle vous semblez vous intéresser? (crognotte)
Vous êtes bien informé :) Les résultats concrets sont notamment en matière d’éducation (c’est sur ce thème de l’ascenseur social pour les jeunes que je travaille principalement) : 10.000 places en internat d’excellence, 47.000 jeunes aidés par les Cordées de la réussite (coachés vers les études supérieures), 30% de boursiers dans les  classes prépas, 600.000 apprentis contre 300.000 en 2007, l’aide individualisée pour près de 150.000 élèves dans les ZUS, le programme ECLAIR qui donne plus d’autonomie et de pouvoirs aux établissements pour recruter leurs équipes et faire vivre leurs projets d’établissement....  Je crois que la seule vraie réponse aux inégalités sociales, c’est la Réforme de l’Ecole qui doit passer par l’individualisation des parcours ou l’autonomie des établissements : il faut passer d’une Ecole pour tous à une Ecole pour chacun, en un mot, faire du sur mesure.
 
Nicolas Sarkozy peut-il encore inverser la tendance? 42/48, à un mois de l’élection. N’est-ce pas plié?
Ce n’est jamais plié! Sinon on rentre chez soi et on désigne François Hollande directement président... Franchement, c’est un peu agaçant de n’avoir qu’un seul son de cloche. Exemple: il y a eu un «mauvais» sondage il y a quelques jours qui a fait la Une des medias. Hier, il y en a eu 3 «bons» pour Nicolas Sarkozy, qui montrait la réduction de l’écart: pas une seule ligne ce matin dans les journaux! Mais ce n’est pas grave. L’important ce ne sont pas les sondages, ni les polémiques, mais les propositions de fond. Et là, j’attends toujours le candidat socialiste sur 3 questions simples: Que fait-il pour réduire la dette dans notre pays? Comment améliore-t-il le pouvoir d’achat des Français en tapant dans leur assurance vie ou en leur supprimant le quotient familial? Comment améliore-t-il notre politique de justice et de sécurité en supprimant des places de prison quand 80.000 peines dans notre pays ne sont pas exécutées? (j’en ai encore pleins d’autres : quelle réforme de l’Ecole propose-t-il? poursuit-il notre politique de rénovation urbaine? Etc., etc., etc.). Vous voyez l’élection n’est pas jouée tant que le candidat socialiste ne répond pas.
 
L'égalité des chances n'est-elle pas réservée aux élites quand on sait que la plupart des 99,99% des jeunes issus des zones difficiles n'ont pas accès aux grandes écoles?
Vous avez raison ! C’est bien le scandale. Quelques chiffres hallucinants: 40% des enfants d’ouvriers redoublent leur CP contre 4% seulement des enfants de cadres et 3% des enfants de profs (comme quoi, il ne s’agit pas que d’une question d’argent mais d’une question d’accès à l’information). Pire: 9 élèves au CP sur 10 qui redoublent cette classe n’atteindront pas le baccalauréat. Sachant que ces élèves sont en grande partie issus des classes modestes, l’ascenseur social est vraiment bloqué. C’est à ce qu’on s’est attaqué depuis 5 ans par les réformes que j’évoquais : revaloriser l’apprentissage de la lecture et de l’écriture (comme s’en sortir sans ces bases-là?), individualiser les méthodes d’apprentissage et de soutien, donner plus à ceux qui ont moins, encourager l’excellence, etc. Et pour les grandes écoles, nous avons encouragé les initiatives de l’Essec ou de Sciences Po et nous avons surtout fait en sorte qu’il y ait 30% de boursiers en prépas, ainsi qu’élargi le nombre de boursiers en créant un échelon supplémentaire. Ajouter des profs n’y changera rien! C’est ce qu’on fait depuis 30 ans, sans résultat... On a besoin d’améliorer la qualité, pas la quantité.
 
Comment vous sentez-vous dans votre poste suite à la tentative de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD ? (ondulation)
Le président l’a dit hier soir: si c’était à refaire, il ne le referait pas. Mais attention effectivement au «2 poids, 2 mesures» : Martine Aubry est la fille de Jacques Delors. Marine Le Pen, bien sur, est la fille de Jean Marie Le Pen. Alors c’était certainement une erreur, mais arrêtons de se focaliser la dessus!
 
Que pensez-vous de François Hollande?
Je ne sais pas: Il joue à cache-cache. Difficile de commenter ou de comprendre un homme qui change d’avis 3 fois par jour. Exemple: le quotient familial. Le matin, il le supprime. A midi, il ne le supprime pas, le soir, il le module. Exemple 2: l’assurance vie. Le lundi, il la taxe (17 millions de gens concernés!). Le mardi : il ne la taxe plus. Le mercredi, il invente une sorte d’usine à gaz fiscale qui va faire payer les classes moyennes. Exemple 3: les 60.000 postes. Un coup, il les crée. Un coup, il les prend ailleurs dans la fonction publique (hôpitaux? prisons? armée?). Exemple 4. Au sein même de son équipe, ça cafouille: TVA sociale (Valls, en faveur, Hollande, en défaveur) ; sur l’Europe et le mécanisme de stabilité (certains sont pour, et se sont abstenus; d’autres sont contre, et se sont abstenus le jour du vote à l’assemblée). Je pourrais continuer (Euthanasie? Fusion de la CSG et l’impôt sur le revenu? Nucléaire?). Donc j’avoue, je sèche. En tout cas, il ne me rassure pas.
 
Quel est votre parcours? Comment êtes-vous arrivée là où vous êtes aujourd’hui?
Par l’engagement associatif d’abord. Auprès des jeunes dans les quartiers, où j’habite à Nanterre notamment. Leur soif de s’en sortir m’a toujours bluffée. J’ai eu plus de chance qu’eux, avec une famille qui m’a orienté et donné les bonnes infos pour faire les bonnes écoles. Pourtant, leur travail, leur envie, leur motivation surpassent celles de beaucoup de gens en France. Ils devraient avoir les mêmes chances, les mêmes opportunités. C’est ca, la République: offrir les mêmes chances pour tout le monde.
 Comme je crois que Nicolas Sarkozy porte ces valeurs au fond de lui-même (la liberté, l’envie de se battre, réussir par le travail), et que l’UMP poursuit ce combat là, je m’y suis engagée et j’ai voulu contribuer à faire des propositions concrètes pour les jeunes : par exemple sur la réforme de l’école dont je parlais plus haut. J’ai aussi proposé l’instauration d’un code vestimentaire à l’école, par exemple, car après avoir rencontré de nombreux parents dans les quartiers, je me suis rendue compte qu’ils ont besoin de ce cadre, de ces repères, de cette forme d’autorité. C’est au service de ces idées que je travaille. 
 
Aujourd'hui, les enfants des classes aisées ont accès à toutes les grandes écoles. Votre gouvernement veut ouvrir ces mêmes grandes écoles aux boursiers. Vous n'avez pas l'impression d'avoir oublier la grande majorité des enfants? Vous savez les enfants des "ni-ni". Ces fameuses classes moyennes, qui n'ont pas de bourses, pas d'allocations de rentrée scolaire voir pour certaines familles avec un seul enfant, pas d'allocations tout court et dont les parents ne sont pour autant assez riches pour offrir un studio, mais seulement une petite chambre pour étudier.
Vous avez bien raison. J’ai deux réponses : la première c’est que nous avons créé de nouvelles bourses (un nouvel échelon qui touche davantage les classes moyennes, mais surtout les bourses au mérite). La seconde, beaucoup plus structurelle, et fondamentale : réformer de fond en comble l’école, car normalement, si l’Ecole de la République fonctionne correctement, c’est par elle que tous les enfants doivent pouvoir réussir selon leur mérite, et non selon leurs origines sociales. Elle doit permettre à chacun de maitriser les fondamentaux. Elle doit permettre à chacun de trouver son orientation (et non d’être désorienté). Elle doit permettre à chacun de réaliser ses rêves;, à partir du moment où on travaille à y arriver. 
 
Camille Bedin... Vous avez le même prénom et nom qu'un ancien député socialiste (SFIO) et résistant! Cela vous fait quoi?!
J’ai de la chance, car il a fait partie des députés qui ont voté NON aux pleins pouvoirs à Pétain ! :) Mais aucun lien de parenté et pas le même sexe ! ;)
 
L’égalité des chances, prévaut-elle pour les législatives? Que penser des cas de Mme Dati à Paris, et de Mme Nora Berra dans la 4ième  circonscription du Rhône? Sexisme ou diversité ?
J’avoue que ces questions me dépassent un peu... Moi-même, je n’ai pas été investie pour de raisons simples : le candidat choisi est plus expérimenté, connu et déjà conseiller général et maire. C’est donc normal qu’il ait eu l’investiture et je continuerai de me battre pour, un jour, être investie non parce que je suis une femme, mais parce que, comme lui, je l’aurai mérité, par mon travail. Ensuite, je crois que l’important dans une période telle qu’en ce moment (crises économiques, financières, très graves), ce n’est pas de se battre pour soi mais pour ses idées. 
 
Concernant l'égalité salariale, on peut observer qu'elle est loin d'être gagnée quelque soit le niveau de poste (cadre et non-cadre), hormis des initiatives de régularisation pour quelques entreprises. Qu'avez vous fait ces cinq dernières années pour réduire cette inégalité salariale, ainsi que l'inégalité à l'embauche des jeunes femmes en âge d'avoir des enfants?
C’est Jean-François Copé qui a été, avec Marie-Jo Zimmermann, à l’initiative d’une loi qui favorise l’accès des femmes aux postes à responsabilité: 40% dans les conseils d’administration. Les résultats ont été fulgurants, avant même que la loi n’entre en application. C’est bien de donner l’exemple. Je crois dans l’exemplarité et dans le travail. Mais pas dans le forcing permanent de la société.
 
Bonjour Camille. Une réaction à chaud : vous l'avez trouvé comment Nicolas Sarkozy hier soir? (Leroy Jethro Gibbs)
C’est la dernière question, vous me permettrez de me lâcher...  : c’était génial! :) Sérieusement, j’ai retrouvé le contradicteur de 2007, avec une énergie décapante, et surtout une volonté de fer, à toute épreuve. Franchement, la situation n’est pas simple. Non seulement la conjoncture internationale est contre les Gouvernants, mais en plus, dès que nous prenons la parole, c’est pour nous entraîner sur des polémiques comme «président des riches» ou «président anti républicain». C’est de la mauvaise foi absolue, et j’ai vraiment apprécié que le président de la république remette les pendules à l’heure sur ces clichés : jamais aucun autre n’a autant fait pour valoriser l’opposition au sein de notre régime ; jamais aucun autre président n’a autant taxé le capital par rapport au travail. Alors, oui, ca m’a fait plaisir, cette émission. Il me semble d’ailleurs qu’elle a marqué les esprits étant donné le nombre de réactions que j’ai reçues depuis.... La campagne continue : j’espère maintenant qu’elle se fera sur les propositions sur les sujets qui nous intéressent vraiment!
 
Merci mille fois de vos questions, je n’ai qu’un seul voeu : que nous continuions à parler des questions de fond dans cette campagne : chômage, emploi, école, pouvoir d’achat, compétitivité, dette,.... Sur ces sujets, on a des propositions et une cohérence d’ensemble : la France ne gagnera dans le monde qu’en regardant l’avenir en face, fière et forte, et non recroquevillée sur elle-même avec des solutions du passé. Je crois que c’est l’enjeu : qui est le plus capable de répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain ? Merci à tous !
 

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Jusqu'au 6 mai 2012, date du second tour de la prochaine présidentielle, la rédaction de «20 Minutes» en partenariat avec Yahoo! reçoit plusieurs personnalités politiques pour un chat avec les internautes et une interview vidéo.

Camille Bedin est secrétaire nationale en charge de l'Egalité des chances au sein de l'UMP. Œuvrant pour la réélection de Nicolas Sarkozy, elle fait partie de la «cellule riposte », qui rassemble une vingtaine de responsables UMP travaillant sur les argumentaires de campagne. Habitante de Nanterre (Hauts-de-Seine), elle vient de publier Pourquoi les banlieues sont de droite aux éditions Plon dans lequel elle expose sa vision des banlieues qui, selon l’auteure, votent à gauche mais ont des valeurs de droite.