Eva Joly: «Les premiers des écologistes sont les paysans»

INTERVIEW La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts se rend ce jeudi au salon de l'Agriculture, pour la troisième fois. Elle explique à «20Minutes» quelques unes de ses mesures pour le secteur agricole...

Propos recueillis par Maud Pierron
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Eva Joly à Marseille, le 13 février 2012 à Marseille.
Eva Joly à Marseille, le 13 février 2012 à Marseille. — B. HORVAT / AFP

C’est un rendez-vous qui compte le salon de l’agriculture?
C’est la troisième fois que j’y vais et je passe toujours un bon moment. C’est un rendez-vous important pour moi en tant qu’écologiste car les premiers des écologistes, ce sont les paysans. Paysans et défenseurs de l’environnement, nous sommes aussi défenseurs de la santé. Nous ne sommes pas des ennemis, c’est le même combat. Je dis aux agriculteurs: nous sommes devant un changement de paradigme et nous le ferons avec vous, en vous accompagnant pour aller vers une agriculture plus satisfaisante pour les paysans.

On a parfois le sentiment d’une incompréhension entre les agriculteurs et les écologistes, quel message voulez vous faire passer?
L’époque de l’agriculture productiviste triomphante est révolue.  De plus en plus d’agriculteurs quittent le système productiviste pour passer à une autre agriculture. Nous constatons qu’il y a un grand mal-vivre chez les agriculteurs car ils sont pris en otages entre le prix des matières premières et celui de la grande distribution. Leurs marges ne sont plus suffisantes.C’est pourquoi je propose un Grenelle des prix de l’alimentaire où l’objectif est de modifier durablement le rapport de force entre les producteurs, la grande distribution et les consommateurs. Pour une alimentation de qualité, qui est la clé d' une bonne santé, il nous faut un nouveau pacte entre les agriculteurs et la société.

Concrètement cela passe par quoi?
Nous demandons par exemple la transparence sur les marges. Si on pouvait afficher dans les supermarchés les prix payés au producteur et le prix payé au distributeur, ça éclairerait le consommateur. Le rapport de force est trop déséquilibré.  Nous voulons réduire le nombre d’intermédiaires et favoriser les circuits courts pour que les rapports soient plus directs entre producteurs et consommateurs.

Les agriculteurs sont inquiets pour la négociation de la PAC (Politique agricole commune)…
Notre objectif est de préserver le budget de la PAC mais nous voulons le réorienter pour restaurer la souveraineté alimentaire de l’Europe et garantir des revenus équitables. Il faut changer les critères: la distribution des aides doit tenir compte de la création d’emploi, de la conversion vers le bio, et d’une diminution de l’utilisation des pesticides. Notre objectif est de les diminuer de 50%.