Hollande au salon de l'agriculture: Les accords avec EELV troublent les agriculteurs

POLITIQUE D'après Nadine Morano, «quand vous avez un accord avec EELV, vous êtes affaiblis pour convaincre les agriculteurs»...

Maud Pierron
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François Hollande, le 28 février 2012, au salon de l'Agriculture.
François Hollande, le 28 février 2012, au salon de l'Agriculture. — REUTERS

Il le jure, il n’est pas venu au salon de l’agriculture pour «obtenir des suffrages». Mais il dit aussi qu’il a «tendance à aller voir les gens qui ne votent pas pour [lui] pour les faire changer d’avis». Porte de Versailles, mardi matin, il était servi. D’après un sondage Ifop Fiducial pour LeJDD.fr, 40% des agriculteurs voteraient pour Nicolas Sarkozy, 17% pour Marine Le Pen, 16% pour François Bayrou et 14% pour François Hollande. Des grands candidats, le socialiste est en queue de peloton, à l’inverse des autres sondages sur l’ensemble des Français.

Hollande y voit «une tradition», voire «une culture» du vote à droite mais «il n’y  a pas de raison de penser que les agriculteurs sont un vote captif».  Reste que le candidat a beaucoup à prouver. Il propose un rééquilibrage des aides de la Pacs en faveur des exploitations qui créent des emplois, le regroupement des producteurs pour se protéger contre les distributeurs, des contrats de filières pour garantir les prix et les volumes. Mardi matin, pendant une heure, il a petit-déjeuné avec les syndicats agricoles. «Une réunion très intéressante», a-t-il commenté.

Mais la filière ne va pas très bien. Deux exploitations ferment par heure, beaucoup d’exploitants ont du mal à vivre de leur métier. Et les promesses des uns et des autres se heurtent au dépit. «Ils sont tous en campagne électorale. Et dans ces cas là, vous pouvez demander ce que vous voulez, ils ne vous diront jamais non», explique Jean-Laurent, un fromager de Corse. «Je ne sais pas pour qui je voterai mais je sais pour qui je ne voterai pas, pour le candidat de droite», promet-il.

«Un très bon accueil»

Henry Peyrac, président de la race Aubrac, qui a reçu brièvement le socialiste sur son stand mardi matin, estime qu’il est difficile de juger le candidat Hollande. «J’attends les vrais discours, j’attends de savoir comment il veut orienter la politique agricole française, quelle place en Europe et dans le monde veut-il. La PAC, c’est une bonne idée mais ça se décide à 27, il faut un consensus», dit-il dubitatif. Pour lui, Hollande le Corrézien «connaît le territoire. Et il a des gens dans son entourage qui s’y connaissent». Mais quelque chose le chagrine: «je ne doute pas de ses capacités mais les accords politiques avec Europe Ecologie Les Verts interrogent». Il en veut à cet «écologisme parisianiste» car «l’écologie, ça se raisonne, ce n’est pas de l’intégrisme», tacle-t-il sans pouvoir citer une mesure en particulier qui le hérisserait.

Jean-Michel Lemétayer, l’ancien président de la FNSEA l’avait confié à quelques journalistes devant le stand de la fédération des agriculteurs: «si vous voulez faire recette dans le monde agricole, il faut dire «ras-le-bol de l’environnement, ras le bol de se faire taper dessus». Et d’ajouter, lui aussi critique envers EELV: «il ne faut pas écouter que EELV. Il faut traiter de l’environnement en écoutant le monde agricole», insiste-t-il. «Pour l’instant il n’a pas eu l’occasion de faire ses preuves car il n’a pas été en responsabilité. Le rôle d’un président, ce sont les aspects européens. La PAC est la priorité du monde agricole», rappelle-t-il. Il en convient, Hollande a reçu «un très bon accueil» mais «à partir du moment où les candidats essaient de mesurer l’impact de l’agriculture sur les territoires, il n’y a pas de raison que ça se passe mal».

L’accord avec EELV l’affaiblit, assure Morano

Antoine, un Parisien de 42 ans, est venu avec ses deux enfants. Il n’est pas agriculteur mais fils et petit-fils d’agriculteur dans le Cantal. Le monde agricole, il connaît bien et pour lui Hollande a toute ses chances chez les agriculteurs «parce que c’est un vrai type normal, humain». Et ça, «c’est primordial pour des gens qui bossent dur». Et puis, dit-il Hollande c’est un Corrézien comme Chirac, l’icône des agriculteurs, qui «n’était pas vraiment de droite ou un peu à gauche, comme vous voulez». «Hollande a mieux traité Chirac que Sarkozy. Certains s’en souviendront peut-être», dit-il encore.

Nadine Morano, qui venait inaugurer le stand de la Moselle, n’y croit pas. «Il passe 10 heures au salon, ce n’est pas ça qui lui permettre de nouer un dialogue crédible avec les agriculteurs», assure-t-elle à 20 Minutes. «Quand vous avez un accord avec EELV, vous êtes affaiblis pour les convaincre. Ce n’est pas au nombre d’heures passées qu’on peut juger de la qualité de la personne», tacle-t-elle.