François Hollande veut faire campagne en «déambulant»

POLITIQUE Entre les journalistes et son service de sécurité, le socialiste a parfois du mal à aller à la rencontre des Français...

Maud Pierron (avec Matthieu Goar)

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François Hollande, sur un marché parisien, le 19 février 2012.
François Hollande, sur un marché parisien, le 19 février 2012. — F. DUFOUR / AFP

Il serre des mains, salue les passants, a un mot pour chacun… A Tulle, à Rouen ou sur un marché parisien, désormais, François Hollande va à la rencontre des Français. Autant qu’il le peut. Car le candidat socialiste se sent corseté par la «caravane» de journalistes de plus en plus importante qui l’entoure, ainsi que les officiers de sécurité qui assurent sa protection. Depuis fin janvier, ils sont en permanence trois ou quatre autour de lui.

Parfois, on sent que le candidat socialiste prend un malin plaisir à briser le cordon de sécurité qu’ils tissent autour de lui. Dans le hall de la gare de Lyon Part-Dieu, mardi dernier, il fait des zigzags dans le hall, pour serrer des mains de voyageurs qui le saluent et l’encouragent. Il ne lui reste que le train, estime-t-il, pour voir des gens. Dans le TGV qui l’emmène à Dijon, c’est une mère de famille qui vient lui présenter son bébé pour lui souhaiter bonne chance. Dans le Lyon-Paris, c’est une jeune femme qui se lève pour l’encourager, provoquant une légère réaction de ses officiers de sécurité assis à ses côtés.  

«On n’arrive plus à se parler»

«François en a marre» de cette troupe, cela l’empêche «d’aller voir directement les gens», rapporte un proche. Du coup, certains déplacements sont désormais «poolés»: un nombre réduit de journalistes sont accrédités pour l’accompagner pour casser l’effet «masse» qui peut effrayer le passant. Comme mercredi à Evry, comme lundi à Bonneuil, en banlieue, où il voulait aller sereinement à la rencontre des habitants d’un quartier, mais l’information à fuité dans la presse. «Quelquefois, c’est compliqué. On n’arrive plus à se parler, à se rencontrer, à se toucher même. En même temps, c’est important que la presse soit là. Qu’elle constate d’elle-même où vous vivez», lance-t-il aux habitants.

A Rouen, mercredi dernier, une centaine de journalistes l’attendaient dans les rues la ville où il devait –c’était écrit dans le déroulé envoyé à la presse– entamer une «déambulation» dans la ville. Résultat: le candidat a préféré annoncer l’annuler… pour la faire plus tard, en quasi catimini… avec le «pool» de journalistes. Mais s’il y avait tant de médias, c’est à la fois parce que le retour de Hollande, l’enfant du pays, intéressait, mais aussi parce que l’exercice s’était fait très rare depuis janvier. Jusque-là, le déplacement type du candidat socialiste, c’était visites d’usine ou d’hôpitaux, réunions et autre tables-rondes thématiques conclues par une conférence de presse ou un meeting.

Plus un déplacement sans «déambulation»

Lors d’un déplacement aux Antilles, la presse l’avait interrogé sur l’absence de bain de foule lors des trois jours: «Je ne veux pas donner seulement l’impression de serrer des mains, d’embrasser. Je le fais bien volontiers. Mais une campagne, ce ,n'est pas des promesses et des embrassades, ce sont des engagements qui doivent être tenus et une population qui doit être respectée», expliquait-il.

Mais depuis Rouen, donc, plus un déplacement sans sa «déambulation» pour rencontrer les Français. Le soir même, Nicolas Sarkozy officialisait sa candidature et sa volonté d’aller «à la rencontre des Français», un vœu illustré dès le lendemain par un bain de foule à Annecy. Un hasard peut-être, puisque François Hollande l’a martelé: l’entrée en campagne de son rival, ne «change rien» à sa campagne.