Vous avez interviewé Jean Lassalle, vice-président du MoDem

VOS QUESTIONS L'homme politique a répondu à vos questions...

Cédric Garrofé

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Jean Lassalle a répondu aux questions des internautes de 20 Minutes en chat, le 22 février 2012.
Jean Lassalle a répondu aux questions des internautes de 20 Minutes en chat, le 22 février 2012. — ALEXANDRE GELEBART/20MINUTES

Jean Lassalle, vice président du Modem était dans les locaux de 20 Minutes pour répondre à vos questions. Voici une sélection de ses réponses.

«Partout où je passe, mes concitoyens me disent “soyez plus proches de nous, écoutez nous, aidez-nous”. Travaillons ensemble. En supprimant le nombre de députés et de sénateurs, on va éloigner encore davantage l’élu de ses compatriotes. Ces derniers se sentiront encore un peu plus abandonnés, et lui, incapable de retraduire leurs vrais sentiments»

La justice «doit redevenir une priorité au niveau des moyens. Il faut absolument raccourcir les périodes de procédures qui désespèrent et qui révoltent. Mais nous avons un effort commun à faire ensemble, un travail à réaliser sur nous-mêmes pour réapprendre à vivre en société, en famille. Ce travail en commun entraînera une chute des procédures en faveur d’arrangements amiables qui font appel au cœur et à la générosité. Je pense qu’il faut créer un nouveau métier qui permettra de créer beaucoup d’emplois: les médiateurs sociétaux.»

«Ma grève de la faim fut, à un moment donné, un moyen extrême d’attirer l’attention de mes collègues, de nos concitoyens, sur la dictature qui s’installait sur fond de financiarisation et de délocalisation»

«Français et Allemands sont deux grands peuples d’Europe. Ils doivent certes travailler ensemble, mais chacun avec son approche et son histoire. En tous cas, il ne me semble pas très sain pour le long terme qu’il donne le sentiment de vouloir tout faire et tout régler à la place de tous les autres»

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Le chat en intégralité:

Je suis je l'avoue assez étonnée de votre vie professionnelle qui demande le respect. J'ai eu beaucoup de plaisir à vous découvrir d'avantage en lisant vos deux livres. Puisqu'on supprime un fonctionnaire sur deux, voire deux sur trois, on devrait alors supprimer un sénateur sur deux et un député sur deux! Les Etats-Unis ont 300 millions d'habitants, 100 sénateurs et 435 représentants (total 535). La France a, pour 60 millions d'habitants, 350 sénateurs et 577 députés (total 927). Ne pensez-vous pas, que nous pourrions supprimer quelques postes de sénateurs et députés? (Emma)
Merci beaucoup Emma pour votre message chaleureux et vos mots qui me touchent. S’agissant des fonctionnaires, je suis partagé parce que de la même manière qu’il y a aujourd’hui plusieurs mondes, il y a aussi plusieurs France. Leurs mots, leurs sentiments, ne sont pas tous les mêmes selon qu’elles se situent en plein coeur de Paris, ou d’une grande ville, d’une banlieue de la première couronne, d’une banlieue éloignée, tout comme l’immense partie du territoire des campagnes de France. Il faut arrêter de généraliser et de parler de tous de la même manière. Sans quoi personne ne retrouve un écho à sa vraie vie.  Nous sommes tous dans une vie virtuelle. Partout où je passe, mes concitoyens me disent “soyez plus proches de nous, écoutez nous, aidez-nous”. Travaillons ensemble. En supprimant le nombre de députés et de sénateurs, on va éloigner encore davantage l’élu de ses compatriotes. Ces derniers se sentiront encore un peu plus abandonnés, et lui, incapable de retraduire leurs vrais sentiments. On a pu voir l’autre soir à la télévision combien un élu avait des difficultés à répondre à des questions posées par des Français ordinaires. Elles sont beaucoup plus difficiles, émouvantes, douloureuses, que les questions que peuvent poser les journalistes. Pour retrouver une nation de citoyens en phase avec ses représentants choisis et élus, il ne faut pas en diminuer le nombre mais certainement changer les moyens d’échanger et de communiquer pour retrouver proximité et confiance. Les quelques centaines de milliers d’euros que nous ferions en supprimant X députés ou sénateurs finiront par nous coûter beaucoup plus cher en désespoir, sentiment d’abandon et stress.

Que pensez-vous de l’évolution du MoDem? L'esprit d'en faire un parti de militants s'est dégradé, on revient au parti d'élus de l'UDF. Les militants se sentent selon moi exclus des décisions prisent à Paris. Merci de votre réponse (Jean-Pierre)
Merci cher Jean-Pierre pour votre question si directe. Faire vivre un parti ou un mouvement politique d’une vraie vie est devenu aujourd’hui très difficile. On retrouve cette difficulté dans toutes les organisations humaines. Nous avons beaucoup perdu parce que nous n’avons pas transmis le sens du travail en commun, du travail partagé, d’un sentiment mutuel d’engagement et de conscience. C’est certainement plus visible au MoDem que dans d’autres partis. Nous avons voulu mettre la barre très haut en construisant le premier mouvement politique et citoyen du troisième millénaire. Les esprits n’étaient pas encore préparés et effectivement nous avons à surmonter les difficultés inhérentes à la vie commune d’hommes et de femmes dont l’histoire est différente. Anciens militants démocrates sociaux ou démocrates chrétiens, esprits plus libéraux, une génération de nouveaux venus voulant faire de la politique autrement, animée par un profond sentiment d’humanité. Déçus de la politique dans d’autres mouvements et parfois dans le nôtre, militants de partis écologiques. Notre mouvement a suscité un réel enthousiasme et une espérance. Ces deux grands objectifs sont vitaux pour affronter les décennies qui nous font face dans ce monde désincarné. Je crois, pour ma part, qu’il faut encore un peu de patience, encore plus de détermination et d’engagement, d’altruisme. Alors très vite, le sentiment de vivre quelque chose d’exceptionnel ensemble prendra le dessus et nous ouvrira les portes des responsabilités et de l’engagement militant qui doivent les accompagner.

La justice en France est synonyme je pense, pour un grand nombre de citoyens de souffrances, combats vains, destins brisés pouvant pousser jusqu'au désespoir. . Pensez-vous que la justice soit actuellement un vrai service public, indépendante de certaines connivences douteuses? Qu'elle mérite une vraie réforme et que les magistrats ayant manqué à leur devoir soient enfin sanctionnés comme dans toute autre corporation? (Jean-Louis)

Cher Jean-Louis, je partage une grande partie de ton constat, sauf que les magistrats sont malheureux eux aussi. Ils sont soumis à des cadences infernales, ils ont rarement les moyens techniques qui leur seraient indispensables pour faire face à des dossiers tous les jours plus nombreux et plus complexes pour lesquels on ne peut pas répondre par oui ou par non. Il n’en reste pas moins vrai que vous avez raison. Je connais une multitude de gens qui ont aujourd’hui affaire à la justice, qui sont désespérés par sa lenteur et la multitude de ses vicissitudes. Une réforme de la justice s’impose bien entendu, elle commence par un signe fort d’indépendance recouvrée. Elle doit redevenir une priorité au niveau des moyens. Il faut absolument raccourcir les périodes de procédures qui désespèrent et qui révoltent. Mais nous avons un effort commun à faire ensemble, un travail à réaliser sur nous-mêmes pour réapprendre à vivre en société, en famille. Ce travail en commun entraînera une chute des procédures en faveur d’arrangements amiables qui font appel au coeur et à la générosité. Je pense qu’il faut créer un nouveau métier qui permettra de créer beaucoup d’emplois:  les médiateurs sociétaux. Faute de temps ici, se référer à mon dernier livre “Le retour du citoyen” aux éditions du Cherche-Midi.

Quelle est la position du MoDEM au sujet du mécanisme européen de stabilité? Je souhaite connaître, plus particulièrement,vos opinions au sujet des articles 27 et 31. (EnRoutePour20I2)
Je pense que le MES est un pis-aller comme nous avons l’art d’en inventer beaucoup en haut lieu. Je pense profondément qu’il y a un vrai travail à faire en faveur de l’Europe, ce travail passe par un retour citoyen des peuples totalement oubliés et tenus à l’écart depuis une vingtaine d’années. La campagne actuelle, si elle n’était pas si pauvre, pourrait nous permettre de réfléchir ensemble au sens à retrouver et à l’action partagée à engager. Nous en sommes malheureusement à ce jour, très loin.

M. Bayrou a dit récemment aux chefs d'entreprise que ce n'était pas bien de licencier. A part refaire une grève de la faim, vous avez quoi comme moyen de pression concret pour les en empêcher? (scheu)

Je crois qu’il faut, comme je m’efforce de le faire dans ma circonscription, rétablir un dialogue et un échange permanent avec les chefs d’entreprise, en particulier les TPE et les PME, pour que l’on puisse anticiper ensemble leur évolution et leurs problèmes, leurs défis à venir. La même chose doit être faite au niveau des grandes entreprises. S’agissant de ces dernières, il faut les dé-financiariser. En fait, je pense que le politique doit avant tout retrouver son rôle de concepteur, de régulateur, de guide. Le vrai pouvoir d’inspiration et de décision que lui confère la souveraineté du peuple dont il est le représentant. C’est un énorme défi à relever. Certainement l’un des plus difficiles et des plus importants. Mais s’il est gagné, les entreprises seront libérées du carcan de leurs actionnaires sans visage, et retrouveront d’elles-mêmes le sens de la responsabilité et de l’engagement. Il faut remettre en place un dispositif bancaire dépendant de la volonté de l’élu du peuple et non plus d’obscurs anonymes irresponsables et spéculateurs. A ce moment là, nous pourrons à nouveau libérer de l’argent sain pour des entreprises qui ont des projets. Ma grève de la faim fut, à un moment donné, un moyen extrême d’attirer l’attention de mes collègues, de nos concitoyens, sur la dictature qui s’installait sur fond de financiarisation et de délocalisation. Elle fut une manière de mettre sur le devant de la scène la cruauté que cette situation induisait pour nos compatriotes.

Dans votre département, une guerre fait rage dans le monde agricole. Les industriels transformateurs de lait de brebis, vendent du fromage Made in Pays Basque avec du lait venant d'Espagne ou d'Aveyron. Dans le même temps, ils refusent de collecter les paysans locaux qui sont tenus à un cahier des charges stricte (Ossau-Iraty). Comment l'Etat, les institutions politiques qui subventionnent cette industrie et les paysans peuvent-ils tolérer celà? Dans un reportage du 20h de TF1, on voit les industriels refuser le dialogue car TF1 était là... Mais qu'ont-ils à cacher? (baltringue2)
Je vous remercie pour votre connaissance de ce dossier. Il est en effet très difficile et très douloureux à traiter. Je crains de ne pas avoir le temps de le faire ici. Je pense que les producteurs autonomes doivent s’organiser davantage encore et qu’il faut introduire un nouveau collège: celui des fabricants de fromage fermier. Ainsi le débat va se rééquilibrer et les petits producteurs ainsi que les fermiers apporteront leur savoir-faire, leur sagesse, et leur amour du “pays”. Alors un dialogue nouveau, plus juste et équitable, pourra se faire jour et les pouvoirs publics, qui doivent s’engager beaucoup plus dans cette affaire, pourront retrouver leur pouvoir de médiation et d’arbitrage.
Pourriez-vous refuser un poste que François Bayrou vous proposerait, s’il était élu, qui ne vous conviendrait pas? Quel ministère répondrait à votre engagement?  (Leroy Jethro Gibbs et mercey)
Je pense que lorsque deux amis si proches et si anciens que François Bayrou et moi le sommes depuis si longtemps, finissent, portés avec l’ensemble de leurs amis, et par un mouvement irrésistible, humaniste, et profondément intuitif, par voir triompher leurs idées, l’un des deux doit alors s’effacer. Il n’y a pas de place pour deux. François Bayrou conduira l’action pour laquelle il aura été choisi. Pour ma part, je resterais fidèlement à ma place, prêt à servir, s’il le juge utile, là où cela lui paraîtra le plus utile aux projets. Je pourrais, de la même manière, si j’ai la chance d’être réélu, rester un député de base, comme aujourd’hui, militant de la cause et citoyen.
 
L'idée de François Bayrou de rassembler dans un gouvernement commun les meilleurs éléments de droite et de gauche a été reprise par Nicolas Sarkozy il y 5 ans. Quel bilan le MoDem fait-il de cette idée ? Sera t-elle reprise dans le programme? (Leroy Jethro Gibbs)
L’idée de rassembler dans un gouvernement commun les meilleurs éléments de droite et de gauche émise par François Bayrou, il y a 5 ans, n’a jamais été mise en oeuvre par Nicolas Sarkozy. Le président de la République s’est contenté de rallier à sa cause, un certain nombre de personnalités issues des milieux de gauche, sans qu’elle soient engagées par un véritable contrat, comme le prévoit toujours et encore François Bayrou. Ce rassemblement ne peut exister que s’il est validé par le peuple citoyen dans le cadre des échéances électorales.
 
J'aimerais que tous les hommes politiques soient aussi engagés et responsables de leur mission que vous, vous avez été digne de toutes les admirations quand vous avez mis votre vie en danger pour l' avenir d' une entreprise de votre région! C'est ça aimer et défendre ses électeurs, c'est ça la responsabilité et l'engagement!

Merci. Ce que vous dites me touche au plus profond de mon coeur. Ca m’encourage aussi.
 
Comment vous positionnez-vous face à cette polémique de l'anonymat des signatures? (Leroy Jethro Gibbs)

J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer à plusieurs reprises sur ce sujet. Je ne vois pas comment le pays des Droits de l’Homme, qui donne des leçons de démocratie en Lybie, en Tunisie, en Egypte, et un peu partout dans le monde, pourrait raisonnablement se dispenser lui-même des bases de la démocratie. Tout mouvement d’idées quel qu’il soit doit pouvoir être représenté.  d’évidence, le système actuel ne le permet plus dans des conditions de sérénité suffisantes. Il faudra le reprendre. 
 
Comment réagissez-vous à l'actualité politique ? Viande Halal, Jean-Louis Borloo chez Veolia, etc; (Leroy Jethro Gibbs)
Les faits sont déjà suffisamment cruels, je ne crois pas qu’il soit utile que je les commente. 

Le modèle Allemand est souvent la référence d'une amélioration de notre économie. Les Français sont célèbres pour être les plus grands contestataires d'Europe. Pensez-vous que l'on puisse appliquer à la France et surtout aux Français les mêmes contraintes que celles que les Allemands ont du subir sans provoquer un tollé général parmi les syndicats? (favorisa)
C’est fini, je ne peux pas développer. Je le regrette. Mais si vous allez en Allemagne, vous verrez que la situation est nettement moins idyllique qu’on ne veut bien le dire. Français et Allemands sont deux grands peuples d’Europe. Ils doivent certes travailler ensemble, mais chacun avec son approche et son histoire. En tous cas, il ne me semble pas très sain pour le long terme qu’il donne le sentiment de vouloir tout faire et tout régler à la place de tous les autres. L’Europe est beaucoup trop ancienne et perclus d’histoire pour pouvoir se satisfaire de tels expédients.

La France compte environ cinq millions de fonctionnaires. Chacun possède au moins un ordinateur. A 300 euros la licence Windows Pro, le passage à un navigateur libre du type Linux permettrait d'économiser 1.500 millions d'euros sur trois ans (temps de vie moyen d'un ordinateur), une partie des économies permettrait de créer des emplois de formateur en informatique et en programmeurs. Ne pourrait-on pas économiser des millions d'euros? (Hervé)
Le coût de fonctionnement est effectivement important, cependant des systèmes d’exploitation comme Linux n’ont pas la même facilité d’accès que Windows. Il serait intéressant néanmoins d’accorder plus d'intérêt à la formation à l’outil informatique dans le but de développer compétences, innovation et partage dans ce domaine.

Je vous remercie très chaleureusement pour toutes vos questions qui m’ont beaucoup touché et de votre connaissance avisée des sujets qui nous animent. Merci à tous.

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Député de la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques depuis le 16 juin 2002, Jean Lassale se classe parmi les atypiques. Autant célèbre pour avoir chanté à l'Assemblée que pour avoir fait une grève de la faim, l'homme du Béarn, à l'accent prononcé, est un fidèle parmi les fidèles de François Bayrou, qui le considère comme son frère.

A ses côtés, et pour le soutenir dans sa conquête élyséenne, il est en charge du pôle social et solidarités dans l'équipe de campagne du candidat centriste.