Quand Marine Le Pen fait (plus) du Jean-Marie Le Pen

PRESIDENTIELLE La candidate à la présidentielle revient aux fondamentaux du Front national pour sa campagne...

Anne-Laëtitia Béraud

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Meeting de Marine Le Pen, candidate à la présidentielle 2012. A Strasbourg, le 12 février.
Meeting de Marine Le Pen, candidate à la présidentielle 2012. A Strasbourg, le 12 février. — GILLES VARELA/20 MINUTES

Marine Le Pen adopterait-elle les codes et les «coups» de son père Jean-Marie Le Pen? Jusqu’alors, la candidate à l’élection présidentielle avait pris soin de se démarquer du style du président d’honneur du Front national.

Mais alors que les sondages, à deux mois du premier tour, s’essoufflent pour la candidate frontiste, et que Nicolas Sarkozy débute une campagne agressive en direction des électeurs FN, Marine Le Pen semble adopter une nouvelle stratégie. 

Victimisation

Retour aux fondamentaux FN, «buzz» pour créer la polémique, victimisation, Marine Le Pen a multiplié les habitudes et les codes du père lors de ses derniers meetings. La «dédiabolisation» du parti, un mot lancé par la responsable frontiste et qui connaît un succès médiatique certain, pourrait en pâtir. 

Dans son discours de clôture à Lille, dimanche dernier, point de sortie de l’euro, de protectionnisme, ou de réindustrialisation de la France, des thèmes économiques jusqu’alors martelés par la candidate. Une position qui, en pleine crise de l’euro, «a permis de faire connaître son programme économique», souligne Nicolas Bay, porte-parole et conseiller pour l’immigration de la candidate. Le responsable précise: «Nicolas Sarkozy tente de renouveler 2007 en allant sur nos thèmes, ça nous oblige à une stratégie offensive. Nous n’avons pas l’intention de le laisser faire». 

Retour aux fondamentaux

L’immigration est désormais au cœur des déclarations publiques de la candidate. Selon le parti, l’immigration légale aurait augmenté d’un million de personnes sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Parallèlement à l’immigration, Marine Le Pen cible le «fondamentalisme islamique», qui exercerait «des pressions ou des menaces pour faire changer la loi de la République». 

Et lance des polémiques, comme samedi à Lille, où la candidate a déclaré vouloir engager une procédure judiciaire car «l’ensemble de la viande qui est distribuée en Ile-de-France, à l’insu du consommateur, est exclusivement de la viande hallal. C’est une véritable tromperie».

Si les accusations de la candidate ont été démenties le lendemain par le ministère de l’Alimentation et le président de l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes, la candidate FN a néanmoins réussi son coup: celui d’imprimer ce sujet pendant tout le week-end, et faire de l’ombre au premier grand meeting de campagne du président-candidat Nicolas Sarkozy à Marseille. 

Diatribes populistes

A Lille, Marine Le Pen s’est enfin posée en victime du système, une position souvent utilisée par le père. Se disant seule face à une «caste de commentateurs, d’experts, de journalistes», qui lui réserveraient un traitement différent des autres candidats, à qui ils ne poseraient pas de «questions gênantes». Marine Le Pen a par ailleurs multiplié les diatribes populistes, appelant notamment «à une révolte» du peuple face à des élites «égoïstes, avares, lubriques et racistes, (qui) appartiennent à la classe dominante, celle de l’argent, du pouvoir». 

La stratégie et les postures de Marine Le Pen fonctionneront-elles auprès des électeurs? Alors que tous les candidats sont déclarés depuis l’annonce officielle de candidature de Nicolas Sarkozy la semaine dernière, la frontiste a fort à faire pour valoriser sa candidature par rapport aux autres.