A Roubaix, Eva Joly peine à briser la glace

PRESIDENTIELLE La candidate écologiste a tenu son premier grand meeting de campagne ce samedi à Roubaix...

Maud Pierron

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Eva Joly lors de son meeting de Roubaix, dans le Nord, le 11 février 2012.
Eva Joly lors de son meeting de Roubaix, dans le Nord, le 11 février 2012. — M. LIBERT / 20 MINUTES

De notre envoyée spéciale à Roubaix

«Toute la famille est là!», lance Sergio Coronado, le directeur stratégique de la campagne d’Eva Joly. C’est vrai: à Roubaix samedi après-midi, la famille écolo avait serré les rangs pour le premier vrai meeting de la candidate, son «Bourget à elle», censé (re)relancer la campagne. Cécile Duflot et Noël Mamère encadraient Eva Joly à son arrivée dans la salle bondée du hall Watremez. José Bové et Daniel Cohn-Bendit, excusés, avait laissé un message vidéo. Le gros millier de militants avaient été chauffés par la dizaine d’orateurs. Et pourtant, si l'on sait qu'Eva Joly n'est pas une grande oratrice, elle n’a toutefois pas tout à fait réussi à briser l’armure.

L’entourage de l’ex-magistrate vendait un discours personnel mais, après une introduction en cht’i -«j’ai vraiment plaisir à venir dans ch’nord»- il a fallu attendre pour entendre l’ex-juge d’instruction livrer un message plus intime. «La France que j’aime, la France qui m’a accueillie, elle est généreuse, elle m’a donné la nationalité française au bout de six mois de mariage. Elle n’a rien à voir avec la France de Nicolas Sarkozy», dit-elle à la salle qui applaudit timidement.

Ferveur mesurée

Alors, oui, la candidate a bien martelé que «l’écologie, c’est la solution à la crise», comme le lui réclament les dirigeants d’EELV. Oui, elle a bien décliné certaines de ses mesures: l’abrogation de la loi Hadopi, des peines plancher, la création d’un revenu de 600 euros pour les étudiants, le million d’emplois de la transition écologique, la sortie du nucléaire, ce «risque que nous ne pouvons plus prendre».

Mais la candidate n’a pas réellement déclenché la ferveur de la salle et a même éteint l’enthousiasme qui flottait jusque-là, même si pour une fois, elle parlait sans lire ses notes. Même la fin de son discours, en forme de SOS, n'a déclenché que des applaudissements timides: «Certains d’entre vous hésitent encore pour le vote du 22 avril car le 21 avril est encore présent dans leur esprit. Je veux dire comment la situation est différente. Ne vous trompez pas. Le 22 avril, votez avec votre cœur, votez juste», a-t-elle conclu.

Calinothérapie au menu

Sur l’estrade, pendant deux heures, les précédents orateurs avaient fait le «job», entre méthode Coué et calinothérapie à l’égard d’une candidate malmenée dans les sondages. La figure locale d’EELV, la sénatrice Marie-Christine Blandin, avait commencé par citer René Char à l’intention d’Eva Joly: «Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront». Dominique Voynet, une de ses porte-parole, avait embrayé: «On t’aime pour ce que tu es. On est fiers de ton accent, de tes valeurs, de ton histoire. Eva, en avant jusqu’au bout avec toi.» «On ne lâche rien!», scandait à intervalle régulière Pascal Durand, en maître de cérémonie.

Cécile Duflot, avec sa veste rouge flashy, avait répondu directement à ceux qui laissent planer le doute d’un retrait de la candidate écologiste  pour «indiquer aux pisse-froid et aux casse-couille que nous n’allons pas arrêter». Dans ce registre familier, c’est Noël Mamère qui avait lancé cette exhortation aux militants: «N’ayez pas peur de passer pour des cons, soyez fiers de ce que vous portez, de votre candidate, oui, avec Eva, c’est du sérieux!» Aux militants, qui sont venus en nombre à la salle Watremez (au moins 1.400, dans une salle ne pouvant contenir que 800 personnes assises), de faire passer le message.