Déplacement à la réunion: Le Pen, l'ultra-marine

PRESIDENTIELLE Après la préférence nationale, la candidate FN invente la «priorité régionale»...

Alexandre Sulzer, sur l'île de la Réunion
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Visite de la candidate à l'élection présidentielle Marine Le Pen (FN).  Réunion à la Chambre de Commerce et de l'Industrie de La Réunion. Saint Denis le 8 février 2012.
Visite de la candidate à l'élection présidentielle Marine Le Pen (FN). Réunion à la Chambre de Commerce et de l'Industrie de La Réunion. Saint Denis le 8 février 2012. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial à la Réunion,

Après les tumultes de mardi, Marine Le Pen est passé ce mercredi à Saint-Denis de la Réunion à l’explication de texte de son programme pour l’outre-mer. Invitée de nombreuses télés et radios locales, elle a aussi visité les chambres consulaires avec le même message: les ultramarins n’ont rien à craindre d’elle.

 La preuve, elle leur propose désormais la «priorité régionale», déclinaison ultra-marine de la préférence nationale. Il s’agit donc, «à compétences égales», de réserver les emplois et les logements aux ultra-marins au détriment des métropolitains. Objectif? Dans un contexte de fort chômage, «éviter de disperser les familles» vers la métropole, explique la candidate du Front national. «Heureux le métropolitain qui fait le choix, lui, de venir travailler à la Réunion.» Ce principe de préférence régionale pourrait-il s’appliquer en France métropolitaine? «Non, répond la présidente du FN, la mobilité n’est pas une exigence perçue de la même façon à la Réunion et en Alsace.»

 Autre idée répétée en boucle: faire baisser le prix des billets d’avion entre la métropole et les départements d’outre-mer. Pour ce faire, Marine Le Pen compte sur la négociation avec les entreprises aériennes mais pas sur la contrainte. «Je ne vais pas les forcer, je ne suis pas Pol Pot.» Mais ne précise absolument pas comment elle compte s’y prendre pour convaincre les directions de ces compagnies à accepter un tel effort. La candidate n’évoque pas l’existence d’un «bon de continuité territoriale» qui permet déjà aux ultra-marins, sous conditions de ressources, de bénéficier d’une large aide financière lors de l’achat d’un billet.

 «Vous êtes l’or bleu de demain»

 Compatissante avec les Réunionnais, elle dénonce, à la sortie de la chambre d’industrie et de commerce, «l’injustice» que représente le coût de la vie sur l’île alors que des grèves contre le prix élevé de l’essence menacent la région. «Moi, je propose une baisse de 20% des taxes perçues par l’Etat», vante-t-elle. Marine Le Pen invoque également la mémoire de de Gaulle – une référence qui n'est pas forcément évidente au FN – pour vanter sa vision de la France. En l’occurrence, Marine aimerait une politique maritime plus ambitieuse. «Vous êtes l’avenir de la France, l’or bleu de demain», lance-t-elle aux Réunionnais. Moins à l’aise en revanche sur la question du devoir de mémoire sur l’esclavage posée par une auditrice de radio, elle s’en tire par une pirouette: «Rendre hommage aux esclaves c’est bien, mais attention à ne pas le devenir avec la dette.»

 S’estimant bien accueillie à la Réunion, malgré les manifestations de mardi – le secrétaire national à l’Outre-mer du FN, Jean-Michel Dubois, les attribue à «quelques alcoolos sniffeurs» – Marine Le Pen affirme avec aplomb que son score dans les DOM serait «l’une des surprises» du scrutin. Jean-Michel Dubois se fixe un objectif de «15 à 20%» des voix à la Réunion. Marine Le Pen, plus prudente, se contente de dire qu’elle n’est «pas madame Irma». Pas faux: le vol retour vers la métropole qu’elle avait choisi mercredi soir ne sera pas assuré à cause des grèves. L’occasion pour la candidate de prolonger d’une journée sa nouvelle passion ultra-marine.