Présidentielle: Mélenchon aux côtés des salariés d'Arkema

POLITIQUE Avant son meeting de Villeurbanne, le candidat du Front de gauche a rencontré des salariés en lutte...

Matthieu Goar, à Saint-Fons

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Jean-Luc Mélenchon rend visite aux ouvriers de l'usine Arkema, à Saint-Fons (Rhône), le 7 février 2012.
Jean-Luc Mélenchon rend visite aux ouvriers de l'usine Arkema, à Saint-Fons (Rhône), le 7 février 2012. — J.P. KSIAZEK / AFP

De notre envoyé spécial à Saint-Fons (Rhône)

Un feu de palettes, un barbecue et des centaines de salariés attendent Jean-Luc Mélenchon dans le froid glacial de Saint-Fons, non loin de Lyon. Le candidat du Front de gauche se fraie un chemin vers le bâtiment, embouteillage dans l’escalier qui mène au réfectoire. «Tant mieux, plus on parlera de nous, mieux ce sera. Il faut que Kletsch pense qu’on est le diable», glisse un syndicaliste bousculé par un caméraman.

L'investisseur et le fossoyeur

Kletsch, c’est Gary Kletsch, un homme d’affaires anglo-américain à la tête d’un groupe à son nom qui a fait fortune en reprenant des entreprises européennes en faillite dans les années 80. Le 23 novembre dernier, il a exprimé sa volonté d’acquérir le pôle vinylique (production de PVC)  d'Arkema, premier chimiste français qui cède 10 sites et 1.800 salariés pour un euro symbolique, malgré des marges de rentabilité de 5 à 10%. «Les bras m’en tombent», réagit Mélenchon.

«Nous pensons qu’Arkema veut de cette façon-là sous-traiter son plan social pour garder les mains propres et que Kletsch joue le fossoyeur», résume Didier Chaix, délégué CGT du site de Saint-Fons qui rappelle que la direction opérationnelle du repreneur est basée dans les paradis fiscaux de Malte et de Jersey. Depuis, les salariés résistent par des actions symboliques. L’intersyndicale a alerté le cabinet d’Eric Besson, ministre de l’Industrie, dès  le 19 décembre et a pris contact avec le Front de gauche la semaine dernière.

Mélenchon distribue la parole

Dans la petite salle, les syndicalistes racontent cette lutte qui débute. «Mélenchon distribue la parole, prend des notes, donne du «camarade» à tout le monde, intervient, se reprend… «Non, d’abord je vous écoute, je parlerai après.» «Depuis 2005 (en 2004, Arkema est née d’une réorganisation du pôle chimie de Total), on n’est plus du tout  tranquilles. Tous les jours, on nous en demande un peu plus», explique un syndicaliste. Le pôle vinylique gagne en fait moins d’argent que les autres pôles. Rédhibitoire pour les actionnaires d’Arkema qui espèrent des marges de 15 à 20%, selon les syndicats.

D’où la volonté de le céder à Kletsch. «Quand je pense qu’à certaines époques, on était contents dans l’industrie avec des marges de 4 à 5%. Maintenant, les dirigeants de groupes ne pensent qu’à la profitabilité de l’ensemble et coupent la branche qui est moins bonne. Ce qui vous arrive est tellement caricatural qu’on se demande s’il n’a pas été inventé dans un manuel de propagande anticapitaliste», lance Mélenchon.

«Rapprochez-vous, serrez-vous les coudes et chassez-le. Si vous résistez, il s'enfuira»

Un sandwich-merguez avalé, le candidat du Front de gauche fonce sur une estrade montée dans le réfectoire pour s’adresser au reste des salariés en faisant monter avec lui les différents représentants syndicaux. «Le fond de pension qui s’apprête à vous reprendre n’en a rien à fiche que vous produisiez du PVC, des rails ou des castagnettes. Vous n’existez même pas pour eux, vous n’êtes même pas des numéros, vous êtes des centres de coûts», s’emporte Mélenchon qui évoque les «dépeceurs» du capitalisme, cite «ce bon à rien de Besson». «La première vertu de la lutte est qu'elle crée de la fraternité. Rapprochez-vous, serrez-vous les coudes et chassez-le (Kletsch). Si vous résistez, il s'enfuira», conclut-il… Applaudissements. Des «Mélenchon président!» fusent. «Résistance», scande le candidat.