Eva Joly, «la reine des abeilles» de l'écologie

POLITIQUE La candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle défend son programme environnemental...

Audrey Chauvet

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Eva Joly le 2 février 2012 lors d'une visite auprès des élus EELV de Haute-Garonne.
Eva Joly le 2 février 2012 lors d'une visite auprès des élus EELV de Haute-Garonne. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Elle se qualifie en riant de «reine des abeilles»: nourrie par ses conseillers verts et les associations environnementales, Eva Joly veut battre en brèche sa réputation de candidate plus au point sur la justice et la finance que sur l’environnement. Lors d’une rencontre mardi matin avec des journalistes, elle a passé en revue ses mesures vertes, appuyée par l’abeille ouvrière Sandrine Bélier, eurodéputée en charge du programme environnemental d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV).

Le Grenelle «a fait du bien à la démocratie»

L’angle d’attaque d’Eva Joly: la santé. «En parlant des 365.000 nouveaux cas de cancers par an, on peut amener à parler de l’importance d’une alimentation saine, d’une agriculture sans pesticides, de la qualité de l’eau, de l’air…». La candidate écologiste reconnaît que le Grenelle de l’environnement «a fait du bien à la démocratie» mais déplore «l’absence d’énergie et de propositions» dans les mois qui ont suivi. «Quand le Grenelle négocie -50% de pesticides d’ici à cinq ans, et que le Parlement ajoute au texte "si possible", cela n’a aucune portée», regrette-t-elle. «Si on mettait en application toutes les mesures du Grenelle, le monde se porterait déjà mieux.»

Pour Eva Joly, les solutions existent déjà, il ne manque que la volonté pour les mettre en œuvre. «L’urgence immédiate est d’arrêter les grands travaux et l’artificialisation des sols, donner la priorité au vivant: la survie du grand hamster d’Alsace vaut mieux qu’une nouvelle bretelle d’autoroute.» Pour cela, la candidate porte l’idée de «l’opposabilité des trames vertes et bleues». En clair, si une espèce animale ou végétale a besoin du terrain pour vivre, se reproduire ou se nourrir, impossible d’y construire quoi que ce soit.

Vers une France fédérale?

La candidate veut également une «grande loi d’urgence écologique» pour «agir rapidement sur la transition énergétique et améliorer les infrastructures existantes plutôt que d’en construire de nouvelles.» Dans le viseur, les nouvelles lignes à grande vitesse: «On ne peut pas continuer à bouger tout le temps, il va falloir modifier nos habitudes et vivre près de là où nous habitons», explique Eva Joly.

Car ce qui sous-tend le projet écologiste, c’est la proximité et les circuits courts: «En relocalisant la production alimentaire et d’énergie, on revitaliserait les territoires et ce ne serait pas compliqué de revoir les transports, précise Sandrine Bélier. Cela passe par une densification urbaine pour garder le plus d’espaces agricoles». Eva Joly n’hésite pas à se déclarer favorable à ce que «la France devienne un Etat fédéral avec des régions qui auraient de l’autonomie et pourraient lever l’impôt»: «La France est le pays le plus jacobin au monde et c’est le même système totalitaire et secret qui règne sur le nucléaire. Les énergies renouvelables, au contraire, doivent émerger des territoires avec des financements citoyens.»

Un programme élaboré avec «les meilleurs»

Toutefois, pour mettre en place une «fiscalité verte», Eva Joly compte sur le pouvoir de l’Etat: «Je propose de supprimer les mesures fiscales défavorables à l’environnement, comme le taux de TVA réduit sur les pesticides ou l’exonération des carburants sur les vols intérieurs, et de taxer toutes les énergies fossiles, nucléaire compris, pour développer les énergies renouvelables, en complément d’une taxe carbone redistribuée aux citoyens les plus vulnérables sous forme de chèque vert.»

Eva Joly tape sur Nicolas Sarkozy, écorne le programme «revenant quarante ans en arrière» des candidats prônant le «consommer et produire fFrançais», et soutient que son programme a été élaboré avec «les meilleurs, ceux qui connaissent l’environnement depuis trente ans.» «Si les citoyens veulent que les sujets environnementaux soient traités dans la mandature, il faut voter pour moi», conclut Eva Joly. Le problème est peut-être justement de faire comprendre aux citoyens le lien complexe entre crise écologique et crise économique. La ruche qui alimente Eva Joly en idées va s’y employer durant la campagne.