Présidentielle: Arrivée chahutée pour Marine Le Pen en terre réunionnaise

REPORTAGE Des militants ont tenté, en vain, de bloquer son accès à un temple tamoul, premier étage de son séjour...

Alexandre Sulzer, sur l'île de la Réunion
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Des manifestants contre la venue de Marine Le Pen à la Réunion, à Saint-Louis, le 7 février 2012.
Des manifestants contre la venue de Marine Le Pen à la Réunion, à Saint-Louis, le 7 février 2012. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial sur l'île de la Réunion

La Peugeot s’enlise dans  le tas de terre, elle est bloquée. Difficile de circuler mardi à l’Etang  du Gol, petite commune en marge de Saint-Louis, dans le sud de l’île de  la Réunion. Tout autour du temple tamoul,  des barrages ont été érigés dans la matinée. Objectif: empêcher Marine  Le Pen, la candidate du FN, de visiter ce lieu religieux, première  étape de son voyage sur ce bout de France dans l’Océan Indien. Une  centaine de manifestants, principalement des membres  de l’influent Parti Communiste Réunionais (PCR), protestent contre les  ceintures de gendarmes mobiles, déployés dans le quartier habituellement  tranquille.

«A la Réunion, on est des  gens de couleur et on sait ce que veut faire Marine des gens de  couleur», met en garde, sur fond de musique créole, Jo, militant du PCR.  «Elle est venue faire des photos à côté des noirs  pour sa com’!» A quelques centaines de mètres, devant le temple tamoul,  quelques dizaines de Réunionnais sont venus au contraire défendre la  visite de la présidente du FN. Parmi eux, Maryse, une «cafrine», une  noire de la Réunion: «Ils n’ont pas le droit de  bloquer les routes comme cela. Je ne connais pas vraiment Marine Le Pen  mais si elle était vraiment raciste, que viendrait-elle faire ici?»

«Il y aura forcément des gens ici qui glisseront un bulletin Le Pen dans l’urne»

«Compte tenu de la  frustration, il y aura forcément des gens ici qui glisseront un bulletin  Le Pen dans l’urne», glisse, amer, Sully Fontaine, le directeur  culturel de la ville de Saint-Louis, bastion de gauche.  Pourtant, en 2007, Jean-Marie Le Pen n’avait obtenu que 4,8% des  suffrages. Les soutiens à Marine Le Pen de quelques Réunionnais  jusqu’alors non-politisés est le «baromètre de la friche idéologique  délaissée par le PCR», craint Sully Fontaine. En clair: que  le FN prospère sur le terreau des classes populaires, comme en  métropole.

C’est aussi ce que dit  Joseph Damour, le responsable FN et organisateur de la visite de Marine  Le Pen. «Le PCR est sur la fin», se réjouit celui qui va à la rencontre  d’une centaine de manifestants communistes,  qui ont réussi à contourner les gendarmes, et qui se rapprochent  maintenant en chantant «L’Internationale». A leur tête, le maire (PCR)  de Saint-Louis, Claude Hoarau qui clame: «Marine Le Pen a le droit de  venir sur l’île mais elle n’y est pas la bienvenue».  Joseph Damour l’accuse d’avoir «fait venir les employés de la ville».  S’ensuit une bousculade tendue. Les gendarmes interviennent pour  exfiltrer le responsable FN.

 «Les Réunionnais prennent conscience qu’on leur a menti»

Puis, sous les huées des  uns et les applaudissements des autres, le cortège de Marine Le Pen  arrive. La candidate, tout sourire, minimise l’impact de la  manifestation. «Les communistes, ici, sont comme en métropole,  ils détestent la démocratie.» Sous les yeux des opposants, rivés  derrières les barrières du temple, elle découvre les subtilités du rite  tamoul en feignant de comprendre son hôte, improvisé guide, au fort  accent réunionnais. Et si la liberté, l’égalité et  la fraternité sont bien «des valeurs chrétiennes laïcisés», selon elle,  «les tamouls n’ont jamais exprimé le désir de s’y opposer». D’ailleurs,  «nous sommes hindouistes mais baptisés», glisse un des membres de la  famille du prêtre.

Multipliant photos et  sourires avec les quelques Réunionnais dûment autorisés à entrer dans  l’enceinte du temple, Marine Le Pen conclut: «on dit que nous sommes  racistes. Les Réunionnais prennent conscience qu’on  leur a menti.» Bon gré, mal gré, le message sera passé.