Polémique sur les civilisations: Un député évoque le nazisme et provoque une suspension de séance

ASSEMBLÉE NATIONALE ait rarissime, le gouvernement a quitté l'hémicycle en guise de protestation...

Enora Ollivier

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Capture d'écran de la séance à l'Assemblée durant laquelle le gouvernement a quitté l'hémicycle, le 7 février 2012.
Capture d'écran de la séance à l'Assemblée durant laquelle le gouvernement a quitté l'hémicycle, le 7 février 2012. — 20 MINUTES

Le député apparenté socialiste Serge Letchimy a provoqué un tollé à l'Assemblée nationale ce mardi en évoquant le nazisme à propos des déclarations controversées de Claude Guéant sur les civilisations.

«Vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l'ombre, vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration», a martelé l'élu, dans l'hémicycle. «Monsieur Guéant, le régime nazi si soucieux de purification était-ce une civilisation?», a-t-il continué, sous les huées montant des bancs de la majorité. «Il existe une France obscure qui cultive la nostalgie de cette époque», a insisté Serge Letchimy.

Fait rarissime: Le gouvernement - et des élus de la majorité - ont quitté l'hémicycle en protestation.


 Interrogé après l'incident sur LCP, Serge Letchimy a renchéri, estimant qu'«on ne peut pas se taire quand on est l’enfant d’un processus ignoble: l’esclavage et la colonisation».  En Outre-mer, «nous nous sommes sentis blessés» par la déclaration de Claude Guéant sur les civilisations, a-t-il expliqué, comme cela avait déjà été le cas en 2005 «avec la loi sur les effets bénéfiques de la colonisation».

Fillon demande à l'oppostion de condamner les propos

Le député a par ailleurs fait savoir qu'il ne s'excuserait pas, et que c'était au contraire à Claude Guéant de présenter des excuses pour ses propos.

De son côté, François Fillon a demandé aux «responsables de l'opposition» de condamner les propos tenus par le député. «Il est des comparaisons qui font honte à ceux qui les professent», écrit le Premier ministre dans un communiqué. «La France est une démocratie, un Etat de droit dans lequel la parole libre ne saurait servir à salir même un adversaire politique», poursuit le chef du gouvernement, estimant que «le martyr des victimes de la seconde guerre mondiale ne doit pas être galvaudé pour des raisons partisanes».

Des membres du gouvernement, comme le ministre de l'agriculture Bruno Le Maire et le ministre de l'industrie Eric Besson, n'ont pas tardé à réagir sur Twitter:
 

«C'est salir la mémoire des millions de victimes», selon Copé

Jean-François Copé a quant à lui jugé que les propos de Serge Letchimy étaient «une honte absolue». «Jamais des injures d’une telle gravité n’avaient été proférées au cœur même de l’Assemblée nationale», a estimé le secrétaire général de l’UMP dans un communiqué, estimant que «les frontières de l’inacceptable ont été définitivement franchies».

«Comparer la barbarie ignoble [du nazisme] à la politique de la majorité, c’est salir la mémoire de ces millions de victimes innocentes qui ont été déportées, exploitées, gazées par la folie du régime nazi», écrit Jean-François Copé.

>> Lire l'ensemble les réactions politiques aux propos de Serge Letchimy par ici

Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale, a indiqué que le bureau de l'institution se saisirait de cet incident «très grave» le 22 février.