François Bayrou décentré sur sa droite?

PRÉSIDENTIELLE e candidat du MoDem appartiendrait à la famille UMP, si l'on en croit la majorité...

Maud Pierron

— 

Conférence de presse de François Bayrou, le 1e février 2012 à Paris.
Conférence de presse de François Bayrou, le 1e février 2012 à Paris. — LIONEL BONAVENTURE/AFP

François Bayrou le centriste pencherait-il légèrement plus à droite qu’en 2007? Face à la composition actuelle du paysage politique, avec un président UMP dans les tréfonds des cotes de popularité, le président du MoDem pourrait trouver plus d’espace politique en se décentrant légèrement sur sa droite.

Il continue pourtant de creuser son sillon du «ni droite ni gauche», expliquant que «tout le sens de [sa] vie politique, depuis des décennies, c’est qu’on débarrasse la vie politique française de la malédiction des deux camps». Le programme de François Hollande est «dangereux», juge-t-il par exemple, actant ses «désaccords» avec le socialiste. Avec la TVA sociale, Nicolas Sarkozy «donne une impression d’affolement, d’improvisation», jugeait-il au lendemain de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy.

Ralliement en cascade au centre droit

Mais, note-t-on à gauche, le centriste a baissé d’un – voire plusieurs- ton dans ses critiques contre le chef de l’Etat. En 2009, dans Abus de pouvoir, il reprochait au chef de l’Etat d’avoir «confisqué tous les pouvoirs» et le jugeait coupable du «viol» de la «France républicaine». Désormais, il juge le président de la République à l’aune de ses mesures, qu’il tance, bien sûr.

«Il joue clairement la carte du candidat de substitution à droite. Avec la faiblesse de Sarkozy dans les sondages, il pense avoir un boulevard. Il penche clairement à droite, plus qu’en 2007», jugeait récemment un dirigeant écologiste. Même analyse dans le camp de François Hollande. «On ne craint pas qu’il marche sur nos plates-bandes car il est cette fois clairement plus à droite», juge-t-on dans son entourage.

De fait, de nombreuses personnalités de droite et du centre droit ont rejoint récemment François Bayrou (Philippe Douste-Blazy, Alain Lambert, Arnaud Dassier etc.) même si le centriste a bien tenté de rééquilibrer la balance avec la mise en scène du ralliement d’un ancien d’Europe Ecologie et de personnalités du Nouveau centre à Annecy. Et si François Hollande et son équipe «droitise» François Bayrou, l’UMP ne se prive pas de clamer partout, dans tous les médias, que le centriste «appartient à la famille» UMP.

«J’aime bien être draguée quand je le choisis»

«Il continue de jouer sur les deux tableaux», juge Arnaud Mercier, spécialiste en communication politique à l’université de Lorraine. «Hollande n’a aucun intérêt à apparaître proche de Bayrou d’une manière ou d’une autre car Mélenchon mort un peu. Il ne doit pas perdre sur sa gauche», explique-t-il. Quant à Nicolas Sarkozy et l’UMP, qui cajole, le centriste, le but est de «cristalliser des électeurs ‘perdus’pour Sarkozy sur Bayrou au premier tour», pour le ramener dans le «giron» du président sortant au second tour, explique le spécialiste.

«Je vois que l’UMP me drague, nous drague. Je vois que quelquefois aussi, chez François Hollande, on nous drague», a réagi son bras droit Marielle de Sarnez ce vendredi sur BFM TV, ajoutant: «A la limite, j’aime bien être draguée. Cela peut être plaisant, mais uniquement quand je le choisis.» Et cette fois, François Bayrou a assuré qu’il prendrait position pour un candidat au second tour de la présidentielle. Si lui-même n’est pas qualifié.