Eva Joly et EELV à la recherche d'un second souffle

POLITIQUE A la traîne dans les sondages, le mouvement écologiste veut rebondir...

Maud Pierron

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José Bové, Cécile Duflot, Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot, rue des Franc-Bourgeois, le 30 janvier à Paris. 
José Bové, Cécile Duflot, Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot, rue des Franc-Bourgeois, le 30 janvier à Paris.  — Bertrand GUAY / AFP

Ils sont arrivés à pied tous les quatre, bras dessus bras dessous, remontant la rue des Franc-Bourgeois jusqu’à la maison de l’Europe (4e arrondissement). Cécile Duflot, Eva Joly, José Bové et Daniel Cohn-Bendit, tentant de ressusciter l’image des quatre mousquetaires qui avaient emmené Europe Ecologie Les Verts au sommet lors des Européennes de 2009 (16%).

Lundi, les trois ténors de l’écologie sont venus à la rescousse d’Eva Joly, leur candidate à la présidentielle. Une candidate malmenée par les sondages (entre 2 et 3% des intentions de votes) et qui peine à accrocher les Français. Pour preuve, une étude Ipsos publiée par Le Monde la semaine dernière montre que 75% des sondés ne la trouvent pas sympathique et 78% pas compétente. «Ça l’a beaucoup marquée», témoigne un proche. Le coup a été dur à encaisser. La stratégie de campagne a été – une nouvelle fois – réajustée: stop aux «coups» tous azimuts et retour aux «fondamentaux» . La personnalité d’Eva Joly ne «passe» pas? EELV veut désormais axer la campagne sur la prééminence des idées, et l’urgence des crises, par rapport à une personnalité, si décriée qu’elle soit.

«Eva n’est pas une bretteuse»

«Sortons de cette personnalisation à outrance, il faut voter Eva Joly pour soutenir les idées écologistes, quoi qu’on pense de sa personnalité», exhorte Yannick Jadot. «Il y a un projet qui va au-delà de la personne d’Eva Joly», martèle Noël Mamère, président du comité stratégique de campagne d’Eva Joly. S’il reconnaît des «erreurs» – «collectives», insiste-t-il – il reste «80 jours devant nous», se rassure le député.

Comme les autres cadres d’EELV, Noël Mamère ne comprend pas les résultats de l’étude publiée par  Le Monde. Mais il les acte. «Elle a une histoire qui devrait la rendre sympathique. C’est à nous d’aider Eva pour que les Français s’identifient à elle», explique-t-il. «Il faut qu’elle soit l’alliance du juge intraitable et intègre et de la grand-mère protectrice. Elle est les deux», assure-t-il. Eva Joly, «la pudique», va commencer cette opération dévoilement avec la publication d’un livre, le 5 février, à la tonalité personnelle, «Sans tricher».  Et Cécile Duflot a battu le rappel des troupes pour ne pas laisser Joly seule sur le champ médiatique. Pour rendre coup pour coup, «Eva n’est pas une bretteuse», admet-on dans son entourage, ainsi qu’atténuer tout effet repoussoir, «elle donne de l’urticaire aux Français, ce qui en dit long sur la société française», regrette-t-on. Désormais, Eva Joly avancera en pack, épaulée par les cadres d’EELV, avec deux axes fort: l’Europe et l’écologie.

«Polyphonie harmonieuse»

C’était l’objet de la conférence de presse ce lundi après-midi à la maison de l’Europe. Personne ne s’en est réellement caché, devant une candidate très souriante et sans ses fameuses lunettes rouges. «Je voulais bien marquer que l’Europe est centrale dans ma campagne», a-t-elle expliqué avant de céder la parole à «Dany». Le trublion d’EELV, qui souffle le chaud et le froid sur la candidature de son «amie», a fait le job sans effusion. «Oui je soutiens la campagne d'Eva pour qu'elle remette l'Europe et la transformation écologique au cœur des débats. Je vote pour ces contenus», a-t-il dit sobrement, après une longue défense de l’Europe fédérale. Le campagne d’Eva Joly est utile pour que le prochain quinquennat soit utile», ajoute-t-il. «Le 22 avril nous ferons les comptes, après on verra», laisse-t-il planer dans l’assistance. Ce lundi, il faut tirer «la sonnette d’alarme» pour trouver «un second souffle» dans la campagne, enjoint-il.

Même José Bové, porte-parole pour l’instant fantôme d’Eva Joly, a fait amende honorable, assumant «un mois de janvier compliqué».  «Si on est là aujourd’hui, c’est parce qu’on voit bien qu’il y avait un problème, qu’on ne comprenait pas bien où allait cette campagne», lâche honnêtement l’eurodéputé. «Il y avait besoin de refixer un cap clair». Ce cap, c’est Cécile Duflot qui l’a fixé: EELV porte «un projet de transformation écologique» à même de régler la crise et une vision «collective» et «européenne». Les ingrédients du succès de 2009. La secrétaire générale a vanté le retour de cette «polyphonie harmonieuse» qui d’après elle n’avait jamais quitté le mouvement. En espérant qu’elle ne se transforme pas en cacophonie.