Le président de la République a-t-il tué le candidat Sarkozy?

PRÉSIDENTIELLE n anticipant des mesures du prochain quinquennat, Nicolas Sarkozy ne se coupe-t-il pas l'herbe sous le pied? Décryptage…

Alexandre Sulzer

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Nicolas Sarkozy à l'Elysée, à Paris, le 27 janvier 2012.
Nicolas Sarkozy à l'Elysée, à Paris, le 27 janvier 2012. — WITT/CHAMUSSY/SIPA

Cela fait des mois que l’UMP planche sur le projet présidentiel. Des dizaines de conventions thématiques pour un programme finalement adopté samedi dernier lors de la convention nationale. Trois mesures phare ressortent: la fin des 35 heures via des accords de branche ou d’entreprise, la création d’une fiscalité anti-délocalisation et la mise en place d’un code pénal spécifique pour les mineurs, avec sanctions dès 12 ans. Il aura fallu à peine 48h au président de la République pour annoncer la mise en place de deux d’entre elles avant même le début de la campagne. Le président Sarkozy aurait-il tué le candidat en lui coupant l’herbe sous le pied?

«On n’aura pas un débat parlementaire serein»

«Il s’est donné un défi en faisant ainsi monter les enjeux, nous assumerons collectivement», répond le député Hervé Mariton. «Le débat sur la compétitivité de la France ne se résume pas à la hausse de la TVA, souligne-t-il. Et d’ailleurs, cette hausse, prévue pour le 1er octobre, «n’est pas une baguette magique», «il faudra préciser un certain nombre de choses». C’est justement ce qui inquiète son collègue Michel Raison, partisan de la TVA sociale, mais qui estime que «la date a été mal choisie» par le président de la République. «J’ai l’impression qu’on va en discuter dans la précipitation. On n’aura pas un débat parlementaire serein, on aura un débat de campagne électorale», regrette-t-il. Ce qui est d’autant plus déplorable que la hausse de la TVA est «délicate» aussi bien «sur la communication» à faire autour d’elle que sur sa «mise en œuvre».

Une addition de mesures plus qu’une vision globale

«J’aurais préféré que les charges salariales soient abaissées d’un point mais le tempo laisse peu de marges» à la discussion parlementaire, complète le député du Maine-et-Loire Michel Pinon. Qui estime toutefois que cette accélération est «justifiée». «Le monde n’attend pas les élections françaises», remarque celui qui se dit toutefois «perplexe» face à ce qui ressemble davantage à une «addition de mesures qu’à une vision globale de la société». «Dans la tradition latine, on demande du sens à la politique, ça ne peut pas être que des mesures pragmatiques. On a besoin d’un horizon et d’étapes». Charge au candidat Sarkozy de compléter les lacunes du président de la République sortant.

L’éducation au cœur du futur projet

«L’actualité va imposer des mesures complémentaires, complète Fabienne Keller, déléguée générale adjointe de l’UMP, en charge du projet. Nicolas Sarkozy fera des propositions par lui-même», parallèlement aux idées fournies par le parti. Parmi les domaines qui devraient occuper la première place: l’éducation, la jeunesse, croient savoir plusieurs cadres de la droite. Les sujets de société, comme l’union civile pour les homosexuels, peuvent aussi servir de base pour un projet. Mais les clivages au sein de la droite sont, sur cette thématique, plus forts. «Les Français veulent être étonnés mais ce n’est pas sur l’équilibre des comptes que Nicolas Sarkozy peut être surprenant», croit savoir un ténor du parti. «Attention, met en garde Hervé Mariton, on est dans une campagne présidentielle, pas dans un défilé de mode.»