Présidentielle: François Hollande, de la Défense à la riposte

POLITIQUE Au cours de son déplacement à Brest, le candidat PS a répondu à Nicolas Sarkozy. une riposte très programmée...

Matthieu Goar, à Brest

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François Hollande, lors d'un déplacement à Brest, le 30 janvier 2012.
François Hollande, lors d'un déplacement à Brest, le 30 janvier 2012. — Fred DUFOUR / AFP

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                De notre envoyé spécial à Brest

Pas question pour le candidat à 60% dans les sondages de riposter comme un artilleur de base. Lundi, au lendemain de l’intervention de Nicolas Sarkozy à la télévision, la stratégie de Hollande s’est apparentée à une montée en puissance dans la contre-attaque. D’abord les porte-parole sont montés au front, dimanche soir. Ensuite les poids lourds, Martine Aubry et Pierre Moscovici, ont sorti l’artillerie lourde, lundi matin. Une riposte graduée avant la prise de parole de Hollande dans l’après-midi. «Je ne retiendrai qu’une seule annonce: l’augmentation de la TVA. Je la considère inopportune, injuste, infondée et improvisée. Si demain, je suis appelé aux responsabilités du pays, je demanderais au Parlement de l’annuler», a lâché le candidat lors d’une visite à Brest axée sur… la Défense.
 
Une tactique mûrement réfléchie. Depuis le meeting du Bourget, l’équipe du candidat a  la conviction d’avoir la main sur l’agenda de la campagne. Et ils veulent la conserver sans se laisser imposer le rythme. «Maintenant que l’UMP se rend compte que les attaques sur la présidentialité ne prennent pas, ils vont essayer de créer une polémique chaque jour. Nous , nous resterons sur notre stratégie: les déplacements en France, le rassemblement des Français», explique un proche de Hollande qui a pourtant prévu un agenda moins fourni cette semaine. Comme s’il avait senti que la période serait accaparée par les annonces de Sarkozy. «Une campagne a ses propres rythmes», concède un proche.

«Emberlificoté et long»

Alors, pour ne pas donner l'impression de se laisser dicter l'agenda, la journée de Hollande s’est d’abord déroulée comme si Nicolas Sarkozy n’avait rien annoncé dimanche. Visite à l’île Longue, la base stratégique des sous-marins nucléaires français,  («J’ai visité le Triomphant, je ne l’ai pas choisi à dessein, je n’ai pas trouvé le Modeste», ironisera ensuite le socialiste en faisant référence aux critiques de l’UMP sur sa présumée «arrogance»), discussions avec les salariés de la Sobrena, une entreprise de construction navale en redressement judiciaire, rencontre avec des acteurs de la filière de l’hydrolien, des éoliennes sous-marines…  La routine d’un candidat en campagne.
 
Mais Hollande a beau tracer son chemin, planant sur ses sondages, la réalité de la campagne le rattrape à chaque rencontre. «Moi, je me suis endormi devant Sarkozy, hier soir…», lui lance un syndicaliste. Hollande ne répond pas, happé par la masse. Il n'en pense pourtant pas moins. Lundi matin il avait lâché à 20 minutes avoir trouvé Sarkozy «emberlificoté et long».  Mais sa prise de parole, très officielle derrière un pupitre, n'arrive qu'en fin d'après-midi avant le meeting. «Je suppose qu’il y a des questions qui ne concernent pas les sujets que je viens d’aborder », sourit le socialiste qui n’attend finalement que ça pour dérouler une déclaration très offensive à l’égard du président. «En fin de mandat, l’impopularité ne révèle pas le courage, elle révèle la défiance des Français à l’égard de ceux qui les gouvernent», analyse Hollande qui dénonce le moment choisi pour ces annonces présidentielles, notamment à propos de la remise en cause des 35 heures. «Je ne peux imaginer qu’il y ait une loi sur ce sujet sans le vote des Français. C’est la proximité de l’élection présidentielle qui provoque une fuite en avant.»