Corinne Lepage: «J'appelle à une troisième révolution industrielle pour la France»

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud et Audrey Chauvet, vidéo Jonathan Duron

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Corinne Lepage, présidente de Cap21, candidate à l'élection présidentielle, le 30 janvier 2012 à Paris.
Corinne Lepage, présidente de Cap21, candidate à l'élection présidentielle, le 30 janvier 2012 à Paris. — V. WARTNER/20 Minutes

>> Lire par ici l'interview de Corinne Lepage par 20 Minutes sur les questions environnementales

Qu'avez-vous pensé de l’intervention de Nicolas Sarkozy de dimanche soir?

Je l’ai trouvé en total décalage, peut-être parce qu’il est dans cette double posture de Président et de candidat. Il était spectateur de sa propre action, dont il reconnaissait l’échec. L’avalanche des textes législatifs à trois mois de la présidentielle m’apparaît décalée, et avec un côté irréel. Les solutions proposées sont des rustines à effets pervers.

Quel est votre bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy, marqué par le Grenelle de l’Environnement?

Ce Grenelle a été un moment de très grand espoir. Mais aujourd’hui c’est terminé, et la cohérence du projet est partie en fumée car il n’y a pas eu de mesures financières. J’appelle à une «troisième révolution industrielle» pour la France, pour sortir du ghetto industriel et économique dans laquelle elle est enfermée.

L’environnement n’est pas un thème majeur de cette campagne. Qu’en pensez-vous?

Les grands partis politiques ont ramené ce sujet à une part dérisoire. Les défenseurs de l’environnement ont été bafoués par ‘l’appareil Verts’– je ne cible pas les militants-. Il a choisi une écologie de compromission, en abandonnant des sujets majeurs pour 30 circonscriptions. Cette écologie, traduite par la malheureuse Eva Joly qui n’a aucune légitimité dans le domaine environnemental, a été ramenée à la recherche de jobs pour un petit nombre de gens qui vivent de cela.

Vous sentez-vous seule, isolée?

Je ne suis pas seule. Participent à ma campagne 150 personnes de la société civile. Dans une élection présidentielle, c’est l’élection d’une personne, et non d’un parti. Or, nos camarades de la «politique connection» veulent limiter l’accès à quelques ténors de grands partis qui se sont auto choisis. Ma particularité, c’est d’être une femme libre – ce qui ne veut pas dire seule- en ce que je n’ai pas d’ascenseur à renvoyer, je n’ai pas négocié de programme. Je ne suis pas fermée à une alliance ultérieure, mais je veux d’abord défendre ce projet que personne d’autre ne défend.

Qu’avez-vous appris de votre dernière campagne présidentielle, en 2002?

J’ai appris que tout se joue dans les quatre dernières semaines. La présence médiatique est un sujet majeur, et que le bâillon que l’on m’a mis sur la bouche depuis cette campagne – j’ai 30 fois moins de temps de parole qu’Eva Joly qui fait 2 %, quand je fais 1 % — est destiné à m’empêcher de convaincre. Mais je sais que le jour où je vais avoir mes 500 signatures, les choses vont changer.

Où en êtes-vous dans vos parrainages?

J’en suis entre 300 et 400.

Que pensez-vous de François Bayrou, dont vous avez été proche?

Je pense qu’il a reconstitué partiellement l’UDF qu’il avait détruite. Je le vois dans la critique des autres, mais pas dans la proposition. Le «produire français» est complètement ringard et déconnecté de la société. Je dis «produire local», car il y a une vision d’un écosystème, dans lequel il y a des gens et un milieu, pour faire en sorte que l’on produise là où l’on consomme.

Au deuxième tour, pour qui appelleriez-vous à voter?

Je n’ai pas changé de camp, je suis une écologiste du centre. Je n’appellerai pas à voter pour Nicolas Sarkozy. Sa politique est néolibérale, extrêmement injuste, et a franchi un certain nombre de limites. J’ai refusé deux fois d’entrer dans son gouvernement car je suis mal à l’aise avec ses valeurs, en ce qu’il représente.

Que pensez-vous de l’énergie nucléaire?

Aujourd’hui, les coûts du nucléaire sont passés sous silence: le démantèlement, l’enfouissement, et le coût majeur de l’assurance ne sont pas pris en compte aujourd’hui. Nous sommes face à une industrie qui ne s’assure pas. Si vous assurez le nucléaire, vous n’avez plus de nucléaire.

Pouvez-vous développer votre idée de «fiscalité verte»?

Je suis pour une taxe carbone aux frontières de l’Europe et pour un certain protectionnisme à l’égard du dumping social et environnemental. Je ne veux pas créer de nouveaux impôts pour les Français, mais que l’impôt sur les sociétés soit modulé de manière à ce qu’il soit réduit pour ceux qui embauchent et qui ont des politiques de responsabilité sociale et environnementale, et qu’il soit plus lourd pour ceux qui débauchent par stratégie et qui ont un comportement pollueur.

On ne vous entend pas beaucoup sur les banlieues. Que dites-vous sur ce sujet?

Ma réponse est d’abord une réponse en direction des jeunes. Les solutions concernent l’égalité des chances à l’école, dont la petite enfance, afin que tous les petits puissent aller en maternelle dès deux ans, car c’est là où l’on apprend à parler le français correctement, avant d’apprendre à lire et écrire convenablement, sinon l’on sort du système scolaire.

Il y a aussi l’accès à l’enseignement général: je suis très réservée sur l’apprentissage systématique pour ces jeunes, qui pourrait les empêcher d’avoir des chances d’accéder à l’enseignement général, aux grandes filières comme les autres.

Je propose du financement de projet entrepreneurial par du «business angel» dédié aux banlieues, pour permettre aux jeunes d’avoir leur chance, car c’est aussi un ascenseur social. Montrer que l’on peut aussi bien que les autres, c’est ma réponse aux jeunes des banlieues.

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