Plongée au coeur de la classe moyenne

REPORTAGE A quelques mois de la présidentielle, elle craint la dégradation des services publics, la cherté de la vie, les taxes…

Alexandre Sulzer

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Un quartier résidentiel de Pontault-Combault (Seine-et-Marne).
Un quartier résidentiel de Pontault-Combault (Seine-et-Marne). — V. WARTNER / 20 MINUTES

Tout est calme. Les rues sont désertes, les trottoirs propres et les voitures garées. Mais derrières les haies bien taillées des pavillons de Pontault-Combault (Seine-et-Marne), les habitants ne peuvent cacher une certaine désillusion par rapport à l’élection présidentielle. «Je ne pense pas qu’un candidat puisse agir sur nos vies quotidiennes», lâche Christelle, une assistante maternelle de 35 ans. Et notamment sur son pouvoir d’achat, sa principale attente. Comme beaucoup de Pontellois-Combalusiens, elle attend l’ouverture imminente d’une enseigne de distribution bon marché «avec impatience». «Mes administrés disent que Carrefour, c’est trop cher», confirme la maire (PS), Monique Dellessard qui reçoit beaucoup de courrier. Et notamment «des lettres de personnes aux profils très différents qui souhaiteraient un emploi à la mairie, dans la fonction publique.» Car, à Pontault-Combault, ville de la classe moyenne par excellence avec ses 75% de territoire couvert de pavillons de banlieue, la crise se fait ressentir.

«Un an pour avoir rendez-vous chez Pôle Emploi»

Bernard Gudin, qui gère l’épicerie sociale de la ville, témoigne de la montée en puissance du nombre de bénéficiaires. Pas des habitués des services sociaux mais des habitants qui comptent sur lui «après la perte d’un emploi, d’une séparation». «Le prochain président devra améliorer les services de la caisse d’allocations familiales, des Assedic…», glisse Bernard Gudin. Les délais de traitement des dossiers sont trop longs. «Il faut un an pour avoir rendez-vous chez Pôle Emploi.»

Stéphanie, 38 ans, qui vient récupérer ses enfants à l’école, y travaille justement, à la direction régionale. Elle n’est pas confrontée au public mais raconte ses collègues qui «pleurent, en souffrance par rapport au manque d’effectifs». Dans ce contexte, elle ne se plaint pas trop. Son mari travaille. Avec leurs trois enfants, ils «préservent» les 3 semaines de vacances au ski et à la mer. Mais elle constate qu’ «avec 60 euros de courses, on n’a rien dans le chariot». Comme elle n’a pas eu de places en crèches – elle regrette que François Hollande ait retiré ses propositions sur la petite enfance de son programme - «c’est le système D qui prévaut». Tous les jours, 10 kilomètres de voiture pour emmener ses enfants chez la nounou puis une quinzaine pour aller au travail. «Soit 45 euros d’essence par semaine.» «On s’en sort mais on vit moins bien qu’il y a 10 ans.»

«30 ans de déclinaison»

Ce sentiment de baisse de la qualité de vie est partagé par Joaquim Antunes, un jeune permanent de l’association portugaise culturelle et sociale. La plus importante de la communauté portugaise qui représente entre 12 et 15% des habitants. «On a l’impression qu’on n’aura pas le même progrès social qu’ont connu nos parents. Certes, eux sont partis de rien en arrivant en France. Mais ils pouvaient faire carrière dans la même entreprise toute leur vie, pas nous.» «On ne voit pas d’objectifs, poursuit-il. Santé, logement, emploi: on voit 30 ans de déclin.»

«A cause du prix de l’immobilier, nos jeunes sont obligés de partir s’installer plus loin à Coulommiers, La Ferté-sous-Jouarre», complète Monique Dellessard qui craint un «vieillissement de la ville» tout en s’inquiétant de la fermeture de la seule clinique de la ville en 2013. La plus proche sera dans le département voisin du Val-de-Marne. C’est là que se rendra «la prochaine fois» Stéphanie dont le mari devait voir un spécialiste à l’hôpital public de Créteil la semaine dernière. «On nous a dit que c’était 8 mois d’attente. A moins que l’on paie en consultations privées. Et là, ce n’était qu’une semaine. Mais comment font ceux  qui n’ont pas de mutuelle?», s’interroge-t-elle.

«Ce qu’on a gagné, on ne l’a pas volé»

Autre service public qui semble faire défaut, l’école. La petite-fille d’Henriette*, 64 ans, infirmière retraitée, a fait sa première rentrée à Dammarie-les-Lys  dans le privé. Pourtant, sa mère est prof dans le public. «Elle est donc bien placée pour savoir que l’école publique, en Seine-et-Marne, c’est une catastrophe.»  «A notre âge, on n’est pas les plus à plaindre. Les craintes, ce sont pour nos jeunes», développe Henriette. Elle et son mari, un ancien technico-commercial «dans les huiles industrielles», sont propriétaires d’une maison dans le quartier résidentiel de Bois La Croix et de deux appartements. «J’ai travaillé de nuit pendant 25 ans. Je peux vous dire que ce qu’on a gagné, on ne l’a pas volé.» C’est donc la «transmission» de son patrimoine qui l’inquiète. «Si la gauche passe, on se fera taxer le peu qu’on a…», craint-elle. «C’est toujours les mêmes qui en profitent sans bosser.»

*: le prénom a été modifié.