«Que pouvons-nous faire de plus que travailler à temps complet tous les deux?»

TÉMOIGNAGES alaire, impôts, logement... Les internautes de «20 Minutes» décrivent leur quotidien de membres de la «classe moyenne»...

Christine Laemmel

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A Pontault-Combault, cité pavillonaire de Seine-et-Marne, la crise inquiète.
A Pontault-Combault, cité pavillonaire de Seine-et-Marne, la crise inquiète. — Vincent WARTNER / 20 MINUTES

Nouvel apanage des discours politiques, les classes moyennes sont ces Français dont tout le monde parle depuis une semaine, sans réellement savoir qui ils sont. Nous vous avons proposé de nous aider à dresser le portrait d’une famille française de classe moyenne. Vous avez été nombreux à témoigner de votre quotidien, votre niveau de vie, et vos préoccupations. Voici quelques-unes de vos contributions, recueillies dans les commentaires, par mail ou sur notre page Facebook.

>> Cet article est actualisé grâce à vous. Continuez à déposer vos témoignages dans les commentaires ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr.

Isabelle Lemonnier: «J’ai l'impression d'avoir été et d'être prise pour le dindon de la farce»

«Avec 4.000 € à deux sans enfant, c'est vrai qu'on est quand même plutôt favorisés et pourtant... 3.200 € partent simplement pour vivre. Nous arrivons à économiser, à nous acheter livres et vêtements, à aller parfois au cinéma, et au restaurant, à partir en week-end et en vacances parfois Globalement, c'est vrai nous ne finissons pas le mois à zéro et autour de nous, il y a des gens avec bien moins de moyens... Après, je pense que si nous avons des enfants un jour, nous serons obligés de faire bien plus attention.  J’ai l'impression d'avoir été et d'être prise pour le dindon de la farce: j'ai de plus en plus de frais et je ne vois pas bien ce que me réserve l'avenir.» Lire la suite de son témoignage par ici.

Leeloo: «Que pouvons-nous faire de plus que travailler à temps complet tous les deux?»

«Je suis en couple et nous travaillons tous les deux. Cependant, il faut tout compter et les fins de mois sont difficiles. Aujourd'hui, nous avons des soins dentaires à faire pour tous les deux et vu l'ampleur des devis et la prise en charge, nous ne pourrons certainement pas tout faire. Ce n'est pas normal selon moi. Nous nous disons souvent que nous sommes dans la mauvaise tranche car sollicités de toutes parts sans droit à aucune aide. Oui, il y a des gens qui sont plus dans le besoin que nous mais que pouvons-nous faire de plus que travailler à temps complet tous les deux? Vivre sereinement tout simplement est devenu un luxe, cela doit changer.»

Xavier: «On se retrouve à vivre sans faire de folie, à dépenser au centime près»

«Personnellement j'estime faire partie de la classe moyenne avec 3.000€ par mois à deux avec un enfant. Par contre l'impôt sur le revenu je trouve cela un véritable racket de l'Etat. Comptez près de 3.000€ d'impôts sur le revenu a l'année, à cela s'ajoute la taxe d'habitation de 1.200€ pour un quatre pièces qu'on a acquis avec un remboursement mensuel de 1.000€ et une taxe foncière d'un peu plus de 800€. On continue avec l'électricité, l'eau, une voiture et l'assurance qui va avec, les autres assurances, la mutuelle , la creche etc. On se retrouve à vivre sans faire de folie, à dépenser au centime près on regardant de partout les prix les plus bas pour l'alimentaire. Je me trouve vraiment floué et lésé. Mon père me disait ce n'est pas en travaillant que tu gagnes ta vie, mais tu pourras tout juste vivre. Il avait bien raison?»

virgule_indiana: «La classe moyenne vit mois bien qu’il y a 20 ans»

«En lisant la plupart des témoignages, je retrouve la situation de mon couple : quarantenaires, 3.000 euros par mois à deux avec un enfant, propriétaires de notre maison quand on aura fini de payer notre crédit en 2031. Quand on le peut, 15 jours de vacances par an et pas de sorties sur toute l'année. Donc tout à payer "plein pot" sans aucune aide (sauf 180 euros par mois de la CAF jusqu'aux 3 ans de notre fille). La classe moyenne actuelle a un niveau de vie bien en dessous de celle d'il y a une vingtaine d'année. Comme beaucoup, ce qui nous inquiète le plus, n'est pas tant notre vie actuelle mais le future, la retraite et avec peut-être des études à payer pour notre fille.»

Socekipike : «Je ne suis pas malheureux financièrement dans le présent mais je m’inquiète pour mon avenir»

«Notre couple gagne environ 5.000 euros net par mois. Nos charges sont d'environ un cinquième du budget et nous payons chacun plus de 1.000 euros d'impôts. C'est confortable me direz-vous. Nous pouvons certes nous offrir des vacances en hiver et en été, oui, mais nous vivons dans un deux pièces, dans une ville pas terrible de banlieue. Nous avons la chance de profiter au maximum des réductions de Comité d’Entreprise  et autres, et surtout: nous sommes sans enfants et honnêtement cela n'est pas une priorité. Pourrons-nous acheter un autre appart décent pas trop loin du boulot? Quel système de garde? Faudra-t-il que l'un d'entre nous renonce à son travail? Nous restera-t-il assez pour épargner pour eux? J'ai 33 ans, je suis fils d'immigré, j'ai huit frères et sœurs, mes parents étaient smicards et nous n'avons jamais manqué de rien, comment se fait-il que je m'inquiète autant sur la question de mon avenir? Est-ce-cela la classe moyenne? Celui qui n'est pas (financièrement) malheureux dans le présent mais qui s'inquiète pour son avenir?»

Olivier: «1.800 euros par mois et un crédit sur 20 ans»

«Nous sommes un couple vivant en région parisienne, avec deux enfants. Nos revenus sont de 1.800 euros par mois chacun et ceci nous permet d’être propriétaires d’un bien immobilier d'environ 200.000 euros avec un crédit sur 20 ans. Nous avons 2 véhicules et nous partons en vacances payés 2 semaines par an. Le reste dans la famille. Nous avons tous les deux un Bac+2. Nous payons des impôts et ne percevons aucune aide autre que les allocations de base pour nos enfants.»

Mathieu13: «Après un an d’économie, on peut partir au ski une semaine»

«Jeune couple de 30 ans, 2 enfants. Moi fonctionnaire 1.700 euros par mois. Ma femme est infirmière installée en libérale depuis un an. Inutile de dire que nous n'avons droit à rien, l'allocation jeune enfant arrivant à son terme. Nous avons la chance d'être propriétaire. 350 euros d’impôts par mois, 500 euros de nounou, 900 euros de crédit pour la succession,150 euros de mutuelle, budget nourriture de 500 euros, l’essence c'est 500 euros à deux, cantine plein pot. Ma femme donne la moitié de son salaire en taxes, cotisations diverses auxquelles elle n'a pas droit (chômage, maladie, retraite) sans compter les impôts. Elle bosse une semaine 70 heures une autre 40, pas de congé payés, sa retraite complémentaire lui coute 250 euros par moi, 150 euros de garantie de salaire en cas de maladie. Elle gagne sa vie, et c'est la moindre des choses. Ses journées commencent à 5h et se finissent à 20h avec une heure pour manger. Je ne me plains pas, on vit bien, mais ce n’est pas la folie des grandeurs: budget vêtements calculé, un resto de temps en temps, on part cette année au ski (1 an d'économie) mais nous n’étions plus partis depuis 5 ans...»

Sarah Finée : «Avec 1.800 euros par mois, les fins de mois ne devraient pas être difficiles»

«Célibataire, un nouveau-né, 1.800 euros par mois pour payer la nourrice, l’alimentation, le loyer dans le privé car pas de place en HLM, le pédiatre, les transports en commun et les impôts. Les fins de mois sont extrêmement difficiles, alors qu'avec un salaire pareil, elles ne devraient pas l'être normalement...»

JOEB: «Pour conserver mon niveau de vie, j'achète et vends de l’occasion»

«En couple avec deux enfants, je gagne environ 2.800 par mois. Je paye 900 euros d’impôts, je bénéficie de 125 euros d’allocations, pas d'aide au logement. Je suis propriétaire de ma maison. Je l'ai rénové entièrement seul, (sans aucune connaissance pas le choix), mon prêt ne pouvant pas dépasser 400.000 francs en 1999 sur 12 ans. Deux semaines de vacances par ans obligatoires, la plupart du temps sous la tente! J'ai bénéficié d'aides pour la garde de mes enfants, je remercie donc la CAF et la mairie. Je ne gaspille pas, je suis heureux. Maintenant j'économise pour les études de mes enfants. Pour conserver mon niveau de vie, j'achète et vends de l’occasion, je m'adapte.»

Parity: «On n'est pas les plus à plaindre mais les plus sollicités»

«Je pense faire partie de cette classe moyenne que l'on sollicite beaucoup ces temps-ci. En couple, propriétaire (mais encore en train de payer mon crédit), parent d'un enfant. Pour ma part beaucoup de travail : d'abord 40 heures par semaine pour 1.700 euros nets par mois puis ensuite des heures à côté à mon compte pour améliorer le quotidien (restos, cadeaux pour ma femme et mon fils etc.): environ 500 euros de plus par mois. Ma femme, 1300 euros nets par mois aux 35h, soit 3.500 euros à nous deux, en bossant quand même pas mal, en payant 1.500 euros d'impôts par an, et bien sûr aucune aide particulière. On n'est pas les plus à plaindre mais c'est tout de même nous les plus sollicités compte tenu de nos revenus...»

SamEtonne: «Cantine, garderie, nous payons tout plein pot»

«Ma femme et moi sommes dirigeants d'entreprise (on a emprunté 100.000 euros pour créer notre boite en gageant notre maison). Nous gagnons 3.000 euros net mensuels en travaillant 50 heures par semaine pour moi et 40 heures par semaine pour ma femme. Pas de congés payés, pas de droits au chômage, etc. Pas d’allocations CAF ou de quotient familial, donc nous payons tout plein pot (cantine, garderie...). Pas de fiche de paie ni de CDI, donc bonne chance pour avoir un crédit ou louer un logement. J'ai un bac S, un Deug A (mathématiques, physique, informatique), un BTS et une formation professionnelle, ma femme est architecte (Bac +6). Nous avons une fille de 8 ans. Sommes-nous de la classe moyenne?»

Django31: «Je ne me sens pas le droit de me plaindre quand je vois des potes au Smic»

«Fonctionnaire type cadre intermédiaire de 38 ans (catégorie B+) à 1.566 euros par mois. Ma copine est à 1.400 euros, donc on va arrondir à 3.000 euros pour un couple avec un enfant. Pas de bien immobilier ou autre. Pas d'aide des parents. Je n'ai pas droit aux heures supplémentaires. J'ai, certes, la sécurité de l'emploi (ce qui de nos jours est un privilège énorme). Je n'ai, en gros, pas droit à grand-chose et on paie tout plein pot. Je ne me sens pas le droit de me plaindre quand je vois mon père qui a bossé toute sa vie et se retrouve avec 900 euros de retraite ou quand je vois des potes au Smic. (…) En tout cas, bonne gestion ou pas de mon budget, on finit les mois à zéro et on ne fait rien, on n’achète rien de superflu. Pas de ciné, pas de resto, pas de vacances. Je me permets juste les clopes. Quand on achète, c'est sur Le bon coin. Je lis beaucoup: je n'achète plus que des lots sur Le bon coin.»

Parcours: «Nous avons dû casser nos plans d'assurance vie pour les études des enfants»

«Ouvrier en 3x8 dans l'industrie, je dispose d'un salaire de 2.500 euros et ma compagne, à temps partiel, gagne 900 euros. Avec deux enfants étudiants n'ayant pas droit aux bourses, le financement de leurs études nous coûtaient 1.000 euros chaque mois. Nous avons dû casser nos plans d'assurance vie. Heureusement, un de mes enfants a suivi finalement la voie de l'apprentissage et cela soulage nos finances, mais si je n'avais pas eu les moyens d’épargner, un de mes enfants aurait dû renoncer à faire des études. C'est sur ce point précis que le sort des classes dites "moyennes" devrait être amélioré afin d'éviter que les élites ne se reproduisent entre elles.»

Bigaloeil: «J'estime que je ne suis pas pauvre mais je ne suis pas riche pour autant»

«Nous sommes une famille avec trois enfants et des revenus de 4.200 euros. Je paie pas mal d'impôts par rapport à d’autres qui gagnent plus que moi car je n'ai pas la possibilité de recourir aux niches fiscales. Pour les cantines, je suis sur la tranche la plus haute. Je n’ai pas d'allocations spécifiques à part les allocations familiales. Une part des dépenses obligatoires (énergie, assurance) augmente, mais mon salaire n'augmente plus depuis 2008. La prime Sarkozy que j'ai touchée a servi à payer l'augmentation de ma facture d'eau. Plus de départ en vacances l'été depuis trois ans. Le budget essence a explosé. Je précise que j'habite à la campagne, donc la voiture est obligatoire. Le budget économies que j'avais en 2007 a fondu pour payer les différentes augmentations. J'ai divisé par trois mon budget pour acheter des fringues. Je ne consomme pratiquement plus, sauf les dépenses obligatoires. Pourtant, j'estime que je ne suis pas pauvre mais je ne suis pas riche. Je suis aussi privilégié car j'ai un CDI.»