Hollande et Juppé offrent un débat technique et quelques escarmouches

POLITIQUE La synthèse de l’émission de France 2 de jeudi soir...

M.P.

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François Hollande et Alain Juppé lors de «Des paroles et des actes» le 26 janvier 2012, sur France 2.
François Hollande et Alain Juppé lors de «Des paroles et des actes» le 26 janvier 2012, sur France 2. — France 2/ AFP

Ce devait être la grande explication pour les Français. Au final, les Français devant France 2 jeudi soir pour écouter François Hollande dans Des Paroles et des actes n’ont pas dû comprendre clairement ce que le socialiste leur proposait. La faute, d’abord, à une longue séquence intime légèrement dérangeante au moment où David Pujadas et une journaliste de France 2 ont interrogé Hollande sur son régime, à grand renfort de photos et de vieux extraits vidéos. «Un stratégie de com’?» demande Pujadas. «C’est pour avoir la tête de l’emploi», interroge la journaliste. «Il n’y a pas de portrait type» du président, «c’était pour être en harmonie avec moi-même», répond François Hollande.

Avant, le candidat avait dû répondre à une question sur son plus grand défaut – «la pudeur» – et sa plus grande qualité – « la ténacité» – et une autre sur son père, «franchement à droite». Bref, pour le fond, il a fallu attendre un peu. Notamment l’arrivée de François Langlet, journaliste à BFM Business. Il maîtrise le sujet des déficits, le candidat aussi, mais le téléspectateur peut-être moins. Il attaque donc bille en tête, graphique à l’appui, sur le coût du travail en France, sur l’évolution de la dépense publique. «J'ai pris des précautions, j'ai pris le chiffre le plus pessimiste de croissance de 0,5% en 2012» pour construire le projet, justifie François Hollande.

«Arrogance et sectarisme»

«C'est invraisemblable qu'il ait pu être décidé de supprimer l'impôt sur la fortune au moment où on demandait des efforts aux Français», justifie encore Hollande, qui compte le remettre au goût du jour. Sur l’immigration, Hollande a confirmé qu’il ne régularisera pas en masse mais «au cas par cas», sur des critères précis. «Chaque année, le Parlement décidera en fonction des besoins de l'économie du nombre de personnes qui seront accueillies sur notre territoire», développe-t-il encore, parlant d’«immigration intelligente» plutôt que «choisie».

Mais le «grand moment», celui qui était attendu, c’était le débat face à Alain Juppé. Légèrement décevant car, encore une fois, assez technique. «Arrogance» et «sectarisme» sont les piques qui sont revenues le plus souvent dans la bouche du ministre des Affaires étrangères. «Si je suis élu, quand je serais élu, comme je suis déjà président de la République…» moque l’ex-Premier ministre. «En matière d'arrogance, je pense que chacun a à faire son examen de conscience», rétorque Hollande, agacé, ajoutant : «Vous avez peut-être des rechutes possibles» quand Juppé jure avoir fait le sien.

Le ministre a surtout contesté le diagnostic établi par François Hollande. «On n’a rien fait» en cinq ans à écouter le socialiste, regrette-t-il. «Vous vous grandiriez en reconnaissant que depuis cinq ans, il y a eu des choses positives et qu'il y a eu des erreurs, et vous les corrigerez», lance-t-il à François Hollande.

«J'y ai rien compris à votre programme fiscal et budgétaire»

Hollande a répondu ne pas être dans une «rétrospective mais dans une perspective». Et si, assure-t-il, la dette publique a régressé entre 1997 et 2002, elle a doublé depuis. «Elle a été en dix ans plus importante que dans toute notre histoire», martèle-t-il.  Et si la droite juge que le quinquennat a été bon, «défendez vos positions devant les Français. Eux seuls peuvent juger», a exhorté le socialiste. 

«J'y ai rien compris à votre programme fiscal et budgétaire», «je me suis un peu perdu» lors de la présentation du projet ce jeudi matin, a insisté Alain Juppé pour pointer le flou du candidat socialiste. Les deux hommes se sont alors écharpés sur la TVA sociale et sur le renégociation du traité européen que souhaite Hollande et qui est impossible, selon Juppé. «Vous dites ‘comment ferez-vous si nous n'y sommes pas parvenus’. Eh bien nous allons faire mieux que vous, tout simplement», rétorque Hollande, droit dans ses bottes.

Pour conclure, Juppé a lancé cette pique: depuis 20 ans, le favori de janvier n'a jamais été élu» en mai.  «Je me permets d'être le favori du mois de janvier, on verra bien», rétorque Hollande. Le socialiste doit bien savoir que Nicolas Sarkozy en janvier 2007 était déjà en tête à cette période. Une position qu’il n’a pas quittée jusqu’au 6 mai.