Marisol Touraine: «Ce sommet est une gesticulation de campagne»

INTERVIEW La responsable des questions sociales du candidat socialiste s'exprime à la veille de la rencontre de Nicolas Sarkozy avec les syndicats...

Propos recueillis par Matthieu Goar

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Le document livre un éventail de propositions non chiffrées notamment sur l'éducation : scolarité obligatoire dès trois ans (six aujourd'hui), raccourcir les vacances d'été et la semaine de cinq jours éducatifs.
Le document livre un éventail de propositions non chiffrées notamment sur l'éducation : scolarité obligatoire dès trois ans (six aujourd'hui), raccourcir les vacances d'été et la semaine de cinq jours éducatifs. — Emmanuel Glachant AFP/Archives

«Gesticulation de campagne», «mise en scène»… Marisol Touraine n’a pas de mots assez durs pour décrire le sommet social de Nicolas Sarkozy qui aura lieu mercredi à l’Elysée.

En cette période de crise, n’est-il pas utile que le chef de l’Etat rencontre les syndicats?

Ce sommet a été conçu comme une gesticulation de campagne, pour faire le plein de voix à quelques semaines de la présidentielle. Sinon, pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il refusé de recevoir les syndicats à l’automne quand ils en ont fait la demande après le premier plan de rigueur? Le président veut mettre en scène son activisme, essayer de se servir de cette tribune pour tenter de faire croire qu’il est celui qui n’abandonne pas le navire dans la tempête

 

Quels sont les aspects de ce sommet qui vous choquent?

Sur la forme, ce sommet est choquant. Comment peut-il prétendre engager des réformes aussi fondamentales alors que les élections très importantes doivent avoir lieu dans quelques semaines. La plupart des mesures ne pourront même pas être mises en œuvre. Mais c’est le moyen de mettre en place un troisième plan de rigueur qui ne dira pas son nom. Ainsi, avec la hausse de la TVA, c’est l’ensemble des Français qui vont devoir éponger la politique qui a été mise en place depuis cinq ans à l’égard des plus fortunés. Je pense à la bienveillance fiscale dont ils ont bénéficié, à la baisse de l’impôt sur la fortune…

 
 

Avec la crise, les Français ne doivent-ils pas faire des efforts?

La droite distille cette idée comme un venin. Il faudrait renoncer à la 5e semaine de congés payés, travailler 37 heures, les Français seraient plus paresseux que les Allemands… Chaque jour, on tente d’instiller qu’il faut raboter le système social, qu’il faut instaurer des accords de compétitivité… Mais nous avons besoin du social. En période de crise, il faut que le juste partage des efforts soit garanti. On ne peut pas promettre l’impossible, il faut engager une politique de responsabilité en demandant à tous des efforts justes et proportionnés.

 
 

En quoi François Hollande agirait-il différemment?

 

Pour François Hollande, la qualité du dialogue social est fondamentale. Il faut rendre leur place aux partenaires sociaux, pas seulement aux syndicats mais aussi aux responsables des mouvements patronaux. Hollande sera là pour arbitrer dans une logique de coproduction. Au pouvoir, il ne fera pas d’effet d’annonce car cela s’apparenterait à une instrumentalisation des partenaires. Nous serons dans le dialogue.

François Hollande et vous-même avez rencontré les syndicats la semaine dernière. A quoi s’attendent-ils?

 

Ils sont à la fois inquiets de ce qui va leur être annoncé, pas dupes de la tentative de manipulation mise en place par la majorité et soucieux pour les salariés.