Présidentielle 2012: Les «oubliés», ceux dont on entend pas la voix, très courtisés

PRESIDENTIELLE Les hommes et femmes politiques s'adressent à ceux que l'on entend jamais...

Alexandre Sulzer

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Photo d'illustration d'une foule.
Photo d'illustration d'une foule. — M. LIBERT / 20 MINUTES

Ils sont «oubliés», «invisibles», «silencieux». Pourtant, les hommes politiques n'ont jamais parlé autant de ces Français (lire l'encadré). A commencer par l'UMP qui consacre aujourd'hui une réunion thématique intitulée «Au service de la France silencieuse».

Un concept flou qui recouvre aussi bien les classes populaires que la classe moyenne inférieure. Les précaires comme les salariés qui souffrent d'un sentiment de déclassement. «La thématique de la majorité silencieuse n'est pas nouvelle et remonte à la IVe République, note le politologue Luc Rouban, co-auteur de La solitude de l'isoloir. Les vrais enjeux de 2012 (éd. Autrement). Ce qui est nouveau, c'est le contexte de crise et de défiance vis-à-vis du monde politique.»

«Une grosse minorité écœurée»

Plus qu'une majorité silencieuse, Luc Rouban évoque «une grosse minorité écœurée», environ 30% de l'électorat, dont on ignore comment elle va voter. «C'est la première fois qu'on a une telle incertitude sur une telle masse d'électeurs.»

«Deux tiers des personnes modestes se disent oubliées par les politiques. Hors, c'est dans cette catégorie qu'il y a le plus d'indécision politique, 40% chez les ouvriers. Il y a donc là un vrai enjeu électoral» sur fond de tentation populiste, souligne François Miquet-Marty, directeur associé de Viavoice et auteur des Oubliés de la démocratie (éd. Michalon).

Pas évident pour le parti du président sortant d'expliquer qu'il incarne les aspirations de ceux qui, justement, ne se sentent pas entendus par lui depuis cinq ans. « Nicolas Sarkozy a été justement élu par cette majorité silencieuse, explique Guillaume Peltier, le Monsieur Opinions de l'UMP.

Mais nous n'avons pas eu le temps de lui expliquer le sens du quinquennat qui a été bel et bien un quinquennat de rupture pour elle avec la burqa, la réforme des retraites, le service minimum...» Mais, reconnaît-il, «les Français ne sont pas dupes». Si l'adresse à la France «silencieuse» se révèle «vide de sens», elle pourra se muter en un «boomerang terrible».

Il y a cinq ans déjà...

Le 18 décembre 2006, Nicolas Sarkozy avait déclaré à Charleville-Mézières, vouloir s'adresser à «la France qui souffre et dont on ne parle jamais». «La France qui souffre n'est pas seulement celle des désespérés, des exclus (...), c'est celle (...) de tous ceux qui estiment ne pas avoir la récompense de leur travail, de leur effort, de leur mérite.» «Cette France-là, je l'aime, je veux la représenter», avait-il conclu.