A Fort-de-France, François Hollande en appelle à «l'espérance lucide»

REPORTAGE Loin de la capitale, le socialiste cultive son image de sérieux...

Maud Pierron, à Fort-de-France

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François Hollande est accueilli par les socialistes martiniquais à sa descente d'avion à Fort-de-France, le 15 janvier 2012.
François Hollande est accueilli par les socialistes martiniquais à sa descente d'avion à Fort-de-France, le 15 janvier 2012. — JEAN-MICHEL ANDRE / AFP

De notre envoyée spéciale en Martinique

Il voulait surtout «éviter une image pouvant donner l’impression d’un moment de détente» alors que «les Français ne sont pas à la fête». «C’est dur», insiste dimanche matin François Hollande auprès des journalistes qui le questionnaient sur l’annulation de sa visite à une association carnavalesque la veille. Question de timing selon son entourage, mais aussi d’image, alors que la France entamait son week-end par le deuil de son triple A et que la droite canarde à tout va. Exit les clichés de palmiers et de cocotiers sous le soleil caribéen, donc.

La gauche guadeloupéenne, des représentants associatifs, des chefs d’entreprises martiniquais… Tout à sa gravité, le prétendant à l’Elysée a multiplié les réunions de travail pour écouter les doléances des Antillais. Et promettre. Un peu. Car, comme il l’a répété cinq minutes à peine après avoir posé le pied en Martinique dimanche midi, il «n’est pas là pour faire des promesses qui ne seront pas tenues», il «laisse cela à d’autres». «Tout ne sera pas possible», se plaît-il même à répéter pour prendre l’exact contre-pied de Sarkozy version 2007.

«Voir François Hollande et mourir»

«Il paraît qu’il est en Martinique mais personne ne l’a vu. Vous êtes sûr qu’il vient ici?» demande Josiane, une retraitée de Fort-de France, sur le Malecon, une promenade face à la mer des Caraïbes. Elle restera pour l’apercevoir, de toute manière, elle vient profiter «de l’air» avant que la nuit ne tombe, avec sa petite-fille. A quelques mètres d’elle, Antoinette Beaujolais, une élégante Martiniquaise, attend depuis 16 heures «François». «Je veux le voir, c’est mon candidat. Voir Hollande et mourir! Il est dans mon cœur», s’exclame-t-elle. Pourquoi tant d’enthousiasme? «Je le sens sincère. Il ne nous oublie pas, il ne nous met pas à l’écart». Son projet pour les DOM la convainc-t-il? «Il ne faut pas croire au Père Noël. Il n’a pas de baguette magique et nous ne sommes pas seuls sur la selette», rétorque-t-elle, sûre de son fait.

Peu après 18h30, il débarque enfin au Malecon pour son premier «bain de foule» du voyage. Les caméras sont priées de laisser de l’air «pour qu’il rencontre des gens», comprendre de «vrais gens». Sauf qu’il est accueilli par une poignée de militants socialistes qui scandent «François Hollande président». Sur une esplanade à moitié vide, François Hollande déambule pour serrer quelques mains, escorté par les caméras. Le Corrézien est toujours aussi à l’aise dans l’exercice. Pourquoi ne pas avoir multiplié ces séquences? «Il y avait un souci d’être en phase avec ce que traverse le pays, qui n’a pas nécessairement envie qu’on se donne en spectacle. Je ne peux pas donner seulement l’impression de serrer des mains, d’embrasser», répond-il, toujours en costume cravate malgré la touffeur. «Une campagne, ce n’est pas des promesses et des embrassades, ce sont des engagements qui doivent être tenus et une population qui doit être respectée», sermonne-t-il.

Fin du jet-lag?

Dans le centre Aimé Césaire de Fort-de-France, le gros millier de militants socialistes l’attend en se chauffant sur du zouk. A son arrivée, la salle se lève pour l’ovationner et les différents interlocuteurs locaux entreteniennent l’ambiance en scandant à plusieurs reprises le slogan du candidat, «le changement c’est maintenant». «An nou allé!» - on y va! - promettent-ils au candidat. Plus précis que la veille en Guadeloupe – moins déphasé par le décalage horaire aussi, peut-être – François Hollande décline «son contrat pour l’Outre-mer», notamment sur le plan institutionnel. Dans une région où la question de l’identité est forte, il fait un tabac en prenant «l’engagement de ratifier la charte des langues régionales» et en annonçant que le ministère de l’Outre-mer ne serait plus rattaché au ministère de l’Intérieur mais au Premier ministre.

Mais c’est surtout en citant Aimé Césaire, l’âme de la Martinique, qu’il a emballé les militants. «C’est quoi une vie d’homme? C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur. Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide», a-t-il déclamé. Lui veut être celui «que les Français auront la lucidité de choisir comme président». Un appel sobre à la raison des citoyens donc, loin de la ferveur qui avait prévalu lors de la campagne de 2007. C'était une autre époque. La France avait encore ses trois A.