Le Nouveau Centre lave son linge sale (presque) en public

REPORTAGE Engueulades entre pro et anti-Morin à l’Assemblée nationale…

Alexandre Sulzer

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Hervé Morin (à g.) fera savoir sa décision concernant la présidentielle en janvier.
Hervé Morin (à g.) fera savoir sa décision concernant la présidentielle en janvier. — WITT / SIPA

Des éclats de voix sont perceptibles derrière les lourdes portes en chêne du bureau 6403 de l’Assemblée nationale. Les ministres Nouveau Centre (NC) François Sauvadet et Valérie Létard y ont invité en fin d’après-midi mercredi les présidents de fédérations et les délégués départementaux du NC pour «discuter» de la candidature d’Hervé Morin, qui stagne lourdement dans les sondages. Douze parlementaires sur 36 sont présents. Dans une ambiance de putsch, les participants – André Santini notamment -  sortent au compte goutte de la réunion, le visage fermé. Le sénateur Hervé Marseille résume l’état d’esprit des rebelles: «la candidature Morin pose interrogation car elle engage toute la formation politique. L’hypothèse Borloo était pertinente mais visiblement, celle de Morin a moins de portée.» Lui comme d’autres élus, favorables à un soutien dès le premier tour à Nicolas Sarkozy, s’inquiètent d’une candidature NC qui «engagerait les finances du parti». Et risquerait de leur coûter leur investiture aux législatives en cas de brouillage entre les centristes et l’UMP. Les putschistes demandent donc d’avancer la date d’un congrès du NC prévu fin février au cours duquel les militants se prononceront pour ou contre la candidature Morin.

Désaccords devant les caméras

La démarche des ministres rebelles fait partie d’un «dispositif Sarkozy» pour torpiller Morin, dénonce devant les caméras, agglutinés dans le couloir de l’Assemblée, le député Jean Dionis du Séjour, un des lieutenants de Morin.  «Tu ne peux pas dire ça Jean!, le coupe le député Olivier Jardé. La candidature d’Hervé va faire exploser notre parti. Il vaut mieux s’attacher à préserver notre groupe parlementaire.» Autre proche d’Hervé Morin, le député Philippe Vigier monte au front. «Majoritairement, les militants sont pour une candidature du NC. Que certains s’y opposent, je le respecte mais entre ne pas soutenir et déstabiliser, il y a une différence!»  s’énerve celui qui met en avant le programme spécifique du parti. «C’est une page blanche!», s’écrie Olivier Jardé, devant les journalistes. L’air malicieux, le sénateur Yves Pozzo di Borgo quitte à son tour la réunion. Lui, avec le député app. NC Philippe Folliot, soutient François Bayrou. «Congrès ou pas, le NC ne va pas arriver à surmonter cette crise», glisse-t-il. Et de conclure : «c’est la fin du parti.»