Présidentielle: Qui sont les «cerveaux» qui ont élaboré le programme économique du Front national?

PRESIDENTIELLE Marine Le Pen a présenté son programme économique chiffré ce jeudi matin…

Anne-Laëtitia Béraud

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Marine Le Pen, présidente du FN et candidate à l'Elysée, lors d'une conférence de presse sur son programme économique, le 12 janvier 2012 à Nanterre.
Marine Le Pen, présidente du FN et candidate à l'Elysée, lors d'une conférence de presse sur son programme économique, le 12 janvier 2012 à Nanterre. — J. SAGET/AFP PHOTO

Le chiffrage du programme économique de Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle, va être dévoilé ce jeudi matin lors d’une conférence de presse. Ce programme est la traduction, en coûts, des orientations énoncées par la présidente du Front national en avril dernier. Celui-ci doit être en rupture avec ce que Marine Le Pen appelle le «système UMPS» et «l’ultralibéralisme».

Les grands axes de campagne de la frontiste sont la sortie de l’euro, un protectionnisme économique et le rétablissement des droits de douanes, la mise en place d’une préférence nationale ou encore la lutte contre la fraude. 

Travail de l’ombre

Mardi soir, un petit groupe frontiste effectuait un ultime travail de «vérification de la cohérence du programme économique», «avec un schéma extrêmement précis d’un plan budgétaire à cinq ans et d’un plan de désendettement à quinze ans», explique à 20 Minutes Jean-Richard Sulzer, conseiller «économie» de l’équipe de campagne de la frontiste, conseiller régional FN du Nord-Pas de Calais

Cette équipe de «vérification» compte, outre Sulzer professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, Thibault de la Tocnaye (conseiller «à la réindustrialisation» pour la campagne), Bruno Lemaire (conseiller «économie»), Richard Garcia (conseiller «à l’artisanat et au commerce»), ou encore Nicolas Pavillon (pseudonyme d’un économiste). 

Recours aux travaux d’économistes reconnus

Mais pour connaître les «cerveaux» qui ont élaboré, depuis parfois plusieurs années, le programme économique de Marine Le Pen, la chose devient plus compliquée. Le parti a fait appel à «un panel d’experts» qui travaille dans de grandes administrations, précise le frontiste. 

Ce groupe de têtes pensantes reste largement anonyme: «Nous comptons sur les analyses d’un fonctionnaire à Bercy (le ministère de l’Economie et des Finances ndlr), d’administrateurs à l’Assemblée, d’une personne à la Commission, de Nicolas Pavillon, de l’expert-comptable Nicolas Crochet.» 

Pourquoi cet anonymat? «Si on publiait leur nom, on les foutrait dehors», dixit Sulzer. «Cette discrétion n’est pas spécifique au Front, ajoute le professeur, et les hauts fonctionnaires sont soumis au devoir de réserve». Certes, mais le parti ne bénéficie toujours pas, à l’heure actuelle, de la signature d’économistes reconnus, qui renforceraient sa crédibilité dans ce domaine. 

Contacts dans de «grandes administrations»

Un recours au secret habituel au Front national. Déjà en avril dernier, Marine Le Pen avait convié une vingtaine de journalistes à un «petit-déjeuner de travail» afin de présenter les grandes orientations économiques du programme présidentiel. La responsable avait présenté ses conseillers: outre Jean-Richard Sulzer, étaient présents deux autres hommes qui n’ont voulu pas indiquer leurs identités, ni être photographiés ou filmés, un troisième, lui aussi anonyme, étant absent. 

A cette réunion, Marine Le Pen avait cité, comme référents, plusieurs économistes éminents, dont Jacques Sapir, connu pour ses positions d’extrême gauche, Norman Palma, promoteur d’un retour à l’étalon or, Jean-Luc Greau, un ancien expert du Medef favorable à un protectionnisme européen, l’élu du Nouveau Centre Christian Saint-Etienne, Alain Cotta, pourfendeur de l’euro, ou encore l’ancien Prix Nobel d’économiste Maurice Allais, (décédé en 2010), connu pour ses positions protectionnistes. 

«Nous avons des convergences avec ces économistes, mais nous n’avons pas fait appel à eux pour travailler», précise Jean-Richard Sulzer. «Nous avons avec certains d’entre eux des contacts professionnels depuis des années (le professeur enseigne à l’université Paris-Dauphine, comme Alain Cotta). A propos de ce dernier, «c’est un ami avec qui nous partageons la vision de la sortie de l’euro. Mais jamais nous ne lui avons pas proposé de carte du Front», précise l’élu frontiste.