SIPA

POLITIQUE

Présidentielle: Le centre en pleine recomposition

François Bayrou engrange des ralliements tandis que le Nouveau centre se déchire et que les centristes de l'UMP s'interrogent…

La tectonique des plaques n’a jamais été aussi forte au centre. A quelques mois de la présidentielle, ralliements, déchirements et flottements marquent cette vaste famille politique. Philippe Douste-Blazy a ainsi annoncé dimanche qu’il se ralliait à François Bayrou. «L'UMP est-il encore un grand parti de centre droit, humaniste et libéral? C'est parce que telle n'est plus ma conviction qu'il est temps pour moi de rompre le silence», écrit dans une tribune au Monde l’ancien ministre des Affaires étrangères. Au MoDem –où l’on préfère parler de «rassemblement» que de «ralliement»- on se réjouit et souligne que l’ancienne secrétaire d’Etat au commerce extérieur Anne-Marie Idrac, l’ancien ministre du Budget Alain Lambert, l’ancienne secrétaire d’Etat aux Affaires sociales Dominique Versini et l’ancien proche de Dominique de Villepin Daniel Garrigue ont d’ores et déjà rejoint le camp Bayrou.

D’autres figures de l’UMP pourraient-elles rejoindre la danse? «Cela dépend de ce que François Bayrou dira au soir du premier tour», confie, sous couvert d’anonymat, une figure de la majorité présidentielle. Celle-ci affirme que des contacts ont été pris avec le MoDem pour convaincre François Bayrou de se rallier au second tour à Nicolas Sarkozy. Une condition que beaucoup posent pour rejoindre la candidature Bayrou. «Ce qui est sûr, c’est que le courant réformateur et européen ne pèse pas assez dans la majorité actuelle», insiste cette personnalité.

Des borlooistes tentés?

«Il y a un changement d’attitude évident de François Bayrou vis-à-vis du président de la République, se réjouit la sénatrice UMP Fabienne Keller, de sensibilité centriste. Mais la clarté impose qu’il se prononce avant le premier tour sur ses intentions pour le deuxième», confirme-t-elle. Car il est «difficile» de rejoindre un candidat qui pourrait, le cas échéant, soutenir François Hollande.

Cet attrait pour François Bayrou, sur fond de dynamique dans les sondages, ne touche pas que les rangs de l’UMP. Certains anciens lieutenants de Jean-Louis Borloo pourraient également être tentés. Ainsi, Didier Bariani, président d’honneur du Parti Radical (PR), glisse à 20 Minutes qu’il votera «à titre personnel» pour François Bayrou. Le parti lui-même se prononcera pour une candidature après sa convention nationale fin janvier. Dominique Paillé, ancien porte-parole de l’UMP, affirme que l’heure n’est pas encore au choix. Mais dans un livre à paraître, Panique à l’Elysée (éd. Grasset), il prévoit que François Bayrou sera au second tour. Comme «un signe» de la part de celui qui n’a pas de mots assez durs pour dénoncer «la dérive populiste, extrême-droitière» de l’UMP. Le positionnement du parti présidentiel «n’est pas ma tasse de thé», tranche-t-il.

Le Nouveau Centre déchiré

L’entourage du ministre (Nouveau Centre) François Sauvadet n’exclut pas non plus que, si «François Bayrou levait l’ambiguïté du second tour, on pourrait penser» à un ralliement. Une position que ne partage pas son collègue (NC) du gouvernement, Maurice Leroy. Mais pour l’heure, le MoDem ne semble pas vouloir donner de gages. «Les freins seront levés au moment où ils devront l’être», répond Marielle de Sarnez, directrice de campagne de François Bayrou, qui exclut de modifier le positionnement actuel de son champion. «Les élus ont compris qu’ils devront choisir entre Bayrou et Sarkozy.»

Car la candidature d’Hervé Morin semble plus fragile que jamais. A l’initiative de François Sauvadet et Valérie Létard, les délégués départementaux et les présidents de fédérations du NC sont convoqués mercredi à huis-clos à l’Assemblée nationale pour  «discuter» de sa candidature qui «nous conduit droit dans le mur». «Messieurs Sauvadet et Leroy essayent de s’accrocher à une branche (..) pour sauver leur poste de ministre, de président de conseil général et de député en se comportant tels “les fayots du premier rang” auprès de l’UMP», a répliqué dimanche un porte-parole d’Hervé Morin. Lequel a toutefois reconnu la semaine dernière que «si l'affaiblissement de Nicolas Sarkozy» était tel qu'il «ne puisse pas être au second tour ou si, au 15 mars», il était «à 0,2%», alors il se posera des questions.

Précision : après la publication de cet article, François Sauvadet tient à préciser que s'il «souhaite le retour de François Bayrou dans la majorité, il n'a jamais envisagé de le rejoindre dans sa candidature».