Le ton est grave, la mise en garde également. Ce jeudi après-midi à Nanterre (Hauts-de-Seine), au siège du Front national, Marine Le Pen adresse ses vœux à la presse. Tailleur noir strict, discrètes touches de rouge, la présidente frontiste lance que le risque est «important» de ne pas pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, faute d’obtenir les 500 parrainages nécessaires de la part des maires.

«Si cette situation est scandaleuse pour les petits candidats, elle est gravissime pour la seule candidature capable aujourd’hui d’être élue au second tour de l’élection présidentielle… Si je ne pouvais pas concourir à l’élection présidentielle, il est évident que nous ne serions plus en démocratie, et que le président élu serait parfaitement illégitime», gronde la frontiste, sous les yeux de son père Jean-Marie, président d’honneur du parti, assis au premier rang.

Lettre au Premier ministre

La situation «est encore plus difficile qu’en 2007» car «nous sommes loin du compte», affirme Marine Le Pen devant une cohue de caméras, «alors que je talonne Nicolas Sarkozy dans les sondages».

Seule possibilité pour changer cette «situation gravissime»: garantir l'anonymat des élus qui parrainent un candidat, notamment aux maires qui, aujourd’hui, effectueraient «la grève des signatures» selon la frontiste. Fin novembre, Marine Le Pen avait écrit au Premier ministre sur ce même thème, dénonçant la règle «antidémocratique» de la publicité des parrainages, avant de déposer fin décembre une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) devant le Conseil d'État.

Obstacle régulier pour le FN

La question des parrainages constitue un problème récurrent pour le Front national. En 1981, Jean-Marie Le Pen n’avait pas pu concourir à l’élection car il n’avait pas reçu suffisamment de parrainages. En 2007, l’ancien président du FN était passé tout juste au-dessus de la barre des 500 parrainages, obtenant ric-rac 507 signatures d’élus.

Pour le président d’honneur du FN Jean-Marie Le Pen, «il y a une raison fondamentale pour laquelle Marine Le Pen a des difficultés pour obtenir les parrainages. Les petites communes, jusqu’alors réservoirs pour les candidats indépendants, ont été intégrées dans les communautés de communes et dépendent désormais étroitement des grandes municipalités. Dans ces conditions, les petits maires n’ont pas beaucoup d’enthousiasme à signer pour nous: ils n’ont à attendre de leurs démarches que des ennuis, des soucis, des injures.»