Pour ses voeux, Eva Joly interpelle François Bayrou et fâche Jean-Luc Mélenchon

PRÉSIDENTIELLE a candidate écologiste demande au centriste de s'engager à se désister en faveur du candidat de gauche qualifié au second tour de la présidentielle. Bayrou ne veut pas répondre et Mélenchon fulmine...

Maud Pierron

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Eva Joly présente ses voeux à la Belleviloise le 5 janvier 2011, à Paris.
Eva Joly présente ses voeux à la Belleviloise le 5 janvier 2011, à Paris. — M. FEDOUACH / AFP

Des vœux fleuris pour 2012… «Je souhaite que le mois d’avril ait en France un parfum de jasmin», a lancé Eva Joly, en conclusion de ses vœux à la presse, ce jeudi à la Bellevilloise (19e). Pour cette année électorale, la candidate écologiste a livré un message classique, réclamant un triple «changement», de «président», de «perspective» et de «République».

Après avoir pris quelques jours de repos sur l’île de Groix à Noël, Eva Joly est revenue en campagne mercredi, à Amiens, pour soutenir le syndicaliste de Continental poursuivi par la justice, Xavier Mathieu. Là, elle a partagé l’estrade avec l’extrême gauche quasi au grand complet: Nathalie Arthaud pour LO, Philippe Poutou pour le NPA et Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche.

«On prend Bayrou au mot»

Mais ce jeudi, c’est une alliance beaucoup plus hétéroclite qu’elle imagine. «Battre Nicolas Sarkozy le 6 mai prochain est un objectif prioritaire. J’invite donc aujourd’hui François Hollande, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon à préparer dès à présent une dynamique de second tour et à s’engager à un désistement réciproque pour celui ou celle d’entre nous qui sera qualifié à l’issue du premier tour». Il faut préparer une vraie «alternative» et non une simple «alternance», a-t-elle justifié.   

La citation du leader centriste dans le discours de l’écolo a clairement rebuté quelques uns des cadres d’EELV, présents dans la salle. D’autant qu’Eva Joly, au tout début de son histoire avec EELV, avait essuyé maintes critiques des Verts pour avoir failli s’engager auprès du MoDem.  Certains disent «ne pas bien comprendre ce qu’elle a voulu dire».  Sergio Coronado, son directeur de campagne, réfute tout «appel» à François Bayrou mais parle d’ «interpellation». «Il se pose comme le candidat de l’antisarkozysme. Nous, on le prend au mot.»

«Eva Joly s’égare»

Après avoir mangé quelques petits fours, la candidate explicite sa pensée auprès de quelques journalistes: «Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que moi qui dise pour qui je vote au second tour. C’est bien que les électeurs sachent qu’on travaille pour nourrir l’alternance». Il est vrai que l’écologiste avait mal vécu l’épisode de la fin de l’année quand, dans un premier temps, elle avait refusé de dire pour qui elle voterait au second tour (malgré l’accord passé avec le PS), puis qu’elle avait dû s’executer, sous la pression de la direction d’EELV.

Mais cette initiative est mal passée auprès de Jean-Luc Mélenchon, qui jure qu’ «aucun accord n’est possible» avec le centriste. «Eva Joly s’égare», tranche-t-il dans un communiqué. Au MoDem, on s’amuse de la formulation. «Si je ne suis pas au second tour, je m’engage à ne pas m’y maintenir ...», moque sur son compte Twitter Jean-François Martins, le directeur de communication de François Bayrou. Joint par téléphone, il dit «gloser sur la forme» mais, finalement, l’«interpellation» de Joly le contente. «La gauche dit qu’on fait partie de la famille, l’UMP aussi. Ça signifie que nous sommes là où nous devons en être. En position centrale».  

François Bayrou a décliné l'invitation. «L'élection présidentielle n'est pas une élection de coalition dans laquelle il y a le jeu des désistements», a fait valoir de député des Pyrénées-Atlantiques dans une déclaration à l'AFP. «Entrer dans une logique de désistement annoncé, cela voudrait dire que l'on constitue un camp. Or tout mon combat, c'est de sortir de la logique des camps», fait-il la leçon.