Présidentielle: Pourquoi les politiques s'approprient le symbole de Jeanne d'Arc

ANALYSE Nicolas Sarkozy va commémorer ce vendredi le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d'Arc, un personnage dont le FN a fait un symbole...

Anne-Laëtitia Béraud

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La statue de Jeanne d'Arc, dans le 1er arrondissement de Paris.
La statue de Jeanne d'Arc, dans le 1er arrondissement de Paris. — C. PLATIAU / REUTERS

Vendredi, Nicolas Sarkozy effectue un déplacement dans les Vosges et la Meuse commémorant le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Le chef de l’Etat doit visiter plusieurs lieux johanniques à Domrémy-la-Pucelle et Vaucouleurs, avant de prononcer un discours où il «rappellera à cette occasion l'importance de l'enseignement et de la diffusion de l'Histoire, pourvoyeuse de repères collectifs», selon l’Elysée.

Ce déplacement s’organise la veille d’un rassemblement organisé par le Front national devant la statue de l’«héroïne sainte et martyre, symbole de la Patrie Française» à Paris, en présence de Marine Le Pen, présidente du Front National. 

Stratégie de campagne de 2007 

Ce parti fustige d’ailleurs le déplacement de Nicolas Sarkozy, estimant que le président de la République «dévalorise Jeanne d'Arc et l'idéal élevé qu'elle représente en utilisant sa mémoire à des fins d'opportunisme électoral». 

A la recherche des voix ou non, le président de la République, en «campagne» depuis plusieurs mois, évoquera sans nul doute lors de ce déplacement la lutte contre le fatalisme et la nécessité du courage, alors que la crise économique mine les ménages français. 

Nicolas Sarkozy avait déjà utilisé la fibre lyrique en 2007, où il avait réussi à capter les voix des électeurs d’extrême droite pour gagner l’Elysée. Le candidat UMP n’avait d’ailleurs pas été le seul à invoquer la Pucelle d’Orléans lors de la campagne présidentielle: la socialiste Ségolène Royal avait également fait appel à la figure tutélaire… Tout comme François Mitterrand en 1989, puis Jacques Chirac en 1996. 

Fibre lyrique de l’unité nationale 

«Plus la crise est violente, plus l’identification aux figures de la résistance, tels que Jeanne d’Arc, Vercingétorix ou Bonaparte est forte», analyse l’historien Jean Garrigues, professeur d’histoire à l’université d’Orléans. «Le recours à Jeanne d’Arc, personnage providentiel, héroïne républicaine et chrétienne, touche à l’identité nationale», continue-t-il. «Les héros anciens sont très facilement réappropriés, car ils sont moins clivants que les personnages récents». 

Mais le recours à la figure risquerait d’être moins aisé qu’en 2007, précise l’historien. «Un candidat ne refait pas deux fois la même campagne électorale. Le Président a aujourd’hui moins de potentiel d’innovation, et ne peut faire valoir une logique de rupture puisqu’il est trop installé dans la vie politique. De plus, la crise a raffermi le scepticisme des électeurs». 

Jean Garrigues analyse par ailleurs un changement d’époque: «Jeanne d’Arc est un symbole un peu usé aujourd’hui, on souligne maintenant plutôt la normalité, la capacité de rassemblement ou encore l’image de protection que peuvent apporter les candidats, analyse l’historien. On a davantage recours aux Sages, aux héros d’expérience. L’image protectrice du général de Gaulle devrait d’ailleurs être reprise et diffusée ces prochains mois».

Jeanne d’Arc, un personnage célébré par la gauche, puis monopolisé par l’extrême droite

Jeanne d’Arc, née le 6 janvier 1412 à Domrémy, et parce qu’elle affirme avoir reçu un appel de Dieu, a mené les troupes françaises à «bouter les Anglais hors de France» lors de la guerre de Cent ans, levant notamment le siège d’Orléans et menant Charles VII jusqu’au couronnement à Reims.

Surnommée Jeanne la Pucelle, ou la Pucelle d’Orléans, la jeune femme a été célébrée avant d’être condamnée pour hérésie et brûlée vive à Rouen. Au XIXe, le personnage historique est tiré de l’ombre par plusieurs historiens, notamment Jules Michelet.

Héroïne de la République radicale, une loi du 14 juillet 1920 instaure un jour de commémoration en son honneur, créant une «fête du patriotisme». Jeanne d’Arc est aussi une héroïne du catholicisme. Réhabilitée, élevée au rang de martyre, la Pucelle a été béatifiée en 1909, avant d’être proclamée sainte patronne secondaire de la France en 1922.

Longtemps vue comme égérie de la lutte du peuple, Jeanne d’Arc a été notamment célébrée par le secrétaire général du parti communiste Maurice Thorez. Elle a été aussi «récupérée» par la droite nationaliste, notamment par le parti d’extrême droite Action française. Dans les années 1980, c’est au Front national de reprendre le personnage, organisant en son honneur un défilé et une commémoration chaque 1er mai.