Présidentielle 2012: Un peu de Twitter dans le débat politique

MÉDIAS e site de microblogging est de plus en plus intégré aux stratégies de communication des candidats...

Maud Pierron

— 

Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, très prisés des manifestants, ont été l'un des vecteurs du "printemps arabe".
Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, très prisés des manifestants, ont été l'un des vecteurs du "printemps arabe". — Loic Venance afp.com

«Quelle place sur Twitter pour le débat présidentiel?», c’est le thème du premier tweet-dial organisé ce jeudi soir par le MoDem, avec Alain Lambert comme invité. «Un invité emblématique», insiste Jean-François Martins, le directeur de communication du MoDem, puisque l’ex-ministre est l’un des élus précurseurs sur le site de miccroblogging. La marque de l’intérêt du parti centriste et de son candidat pour ce moyen de communication pas encore arrivé à maturité.

François Bayrou est un spécialiste de la tweet-interview. «Il ne peut pas consacrer vingt minutes par jour à répondre à ses followers. Il préfère ce format où il cale un temps donné», explique Jean-François Martins. «C’est un outil formidable mais exigeant, un outil de vérité, avec tous les utilisateurs qui font du fact-checking. Pour nous c’est parfait, car on veut placer notre campagne sous le signe de la vérité», se félicite le M. Communication. «François est d’ailleurs l’un des rares à utiliser personnellement cet outil qu’il apprécie. Twitter permet notamment d’abolir tout filtre entre les citoyens et le politique, qui discutent directement, de manière transparente», relève-t-il. 

«Prendre la température»

D’après les études réalisées par Sémiocast, il y a 3,5 millions de comptes Twitter en France, dont 50% d’actifs. Plutôt de jeunes urbains. Parmi eux, il y a 3.000 comptes répertoriés «politique» et 100.000 tweets sont échangés par mois sur ce sujet. Dont seulement 1% émis par des comptes «politiques». Une paille dans l’univers du Twitter français mais qui représente la majeure partie des tweets relayés dans les médias. «Twitter va jouer un rôle à part dans la campagne, avec l’immédiateté des réactions, parce que c’est devenu le média chouchou des journalistes», prédit Paul Guyot, président de Sémiocast.

A quatre mois de la présidentielle, tous les candidats ou presque ont leur compte Twitter. La quasi-totalité des comptes ne sont pas tenus par les politiques eux-mêmes mair pas leur staff de campagne. C’est le cas pour celui d’Eva Joly, tenu par Elise Aubry, responsable de l’animation Web et stratégie réseau. «Cela suppose une vraie relation avec la candidate», assure la jeune femme. La candidate écologiste lui envoie parfois des SMS pour lui dicter des tweets, preuve de son «réel intérêt» pour ce quasi-média.

Y être, mais pour quoi faire? «Ça permet de prendre la température des cibles potentielles comme les ONG, les communicants, les élus, les militants, les médias, les blogueurs», explique Elise Aubry, d’autant que c’est un des derniers endroits «où la parole est libre et authentique». C’est aussi un moyen de communication puissant: «On peut réagir directement à l’actualité, sans passer par le communiqué à l’AFP», se félicite-t-elle. Et donc «toucher» plus de gens. A qui l’on diffuse ses idées. Même en 140 signes. «Il suffit de bien articuler Twitter avec son blog», assure Alain Lambert, twitto d’expérience.

Un café du commerce virtuel?

«On peut échanger avec un tas de gens très différents et cela nous permet d’être au cœur d’une société différente de celle dans laquelle on vit. Twitter, ce n’est pas que ce qu’on envoie mais surtout ce qu’on lit», assure l’élu centriste. C’est l’une des raisons  pour laquelle il juge «vital» de faire partie de la communauté Twitter. Attention toutefois à ne pas tomber dans le mirage du contact direct avec le Français lambda. Les politiques suivent le plus souvent d’autres élus, des militants, des médias, des journalistes et recréent donc virtuellement leur bulle quotidienne. «Sauf que là, ils peuvent être interpellés par n’importe quel follower. Ça donne un côté café du commerce virtuel mais est-ce que les politiques écoutent vraiment?» demande Paul Guyot, de Sémiocast. 

«On sait que ce n’est pas un miroir exact de la société française mais c’est un baromètre intéressant», défend Jean-François Martins, qui prévoit, avec le compte NousBayrou, de répondre individuellement à chaque follower. «On ne va pas retrouver le panel des Français», relativise Elise Aubry. Mais ceux qui y sont intéressent particulièrement les écologistes, parce qu'ils composent leur électorat. D’où la volonté, à la rentrée, de créer «un vrai débat entre la candidate et les gens sur les propositions», explique la communicante. Les trois heures de formation qu’elle dispensera à Eva Joly à la rentrée sur Twitter ne seront alors pas de trop.