Eva Joly: «Une fâcheuse tendance à refuser le débat en France»

INTERVIEW La candidate écologiste s'est confiée à «20 Minutes» sur sa campagne, le nucléaire et sa sa vision de la France...

Recueilli par Matthieu Goar et Gilles Wallon

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Eva Joly, candidate à l'élection présidentielle de 2012 pour Europe Ecologie Les Verts, à Paris le 7 décembre 2011.
Eva Joly, candidate à l'élection présidentielle de 2012 pour Europe Ecologie Les Verts, à Paris le 7 décembre 2011. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Quelques articles de journaux sur le chômage des jeunes en Europe ou sur  le bisphénol A rangés dans son carnet, Eva Joly a parlé à 20 Minutes de sa campagne, du nucléaire et de sa vision de la France.

Qu’avez-vous pensé des intrusions de Greenpeace dans les centrales?

Dans tous les domaines où les citoyens ne sont pas entendus, le recours  à la résistance civile est un moyen efficace. Le discours officiel sur la sécurité nucléaire est un bobard. Les réels enjeux du nucléaire n’ont jamais été discutés démocratiquement. Les vraies informations sont cachées. Je me suis rendue cet été à la centrale de Civaux. Il faisait très chaud, et la population ne pouvait même pas savoir quel était le débit de la Vienne.La transparence fait partie de la République exemplaire que je défends. Il faut rendre public l’ensemble des rapports. Il y a une fâcheuse tendance en France à refuser le débat.

Faudra-t-il un référendum pour décider de la sortie du nucléaire que vous prônez?

Un débat sur la politique énergétique est nécessaire. Mais c’est aux politiques de prendre leurs responsabilités.

Changer la politique énergétique, est-ce  possible en temps de crise?

Oui. Il faut à la fois réduire le déficit de 30 milliards et engager des investissements pour l’avenir de nos enfants. La dette dont nous héritons vient de ceux qui nous gouvernent. Ils ont augmenté notre endettement de 500 milliards, ils sont les auteurs de la catastrophe. Sarkozy a toujours agi à contre-courant. Lorsqu’il arrive au pouvoir, il a rêvé de subprimes à la française, il fait des exonérations sur les heures supplémentaires, des cadeaux fiscaux indécents, il réduit l’ISF. Ses décisions ne sont pas liées à la réalité, peu importe sa rhétorique. Il faut arrêter la casse. Tout se passe comme si la crise était le levier pour casser notre modèle social.

Quel sentiment avez-vous eu en lisant la chronique de Patrick Besson (éditorialiste au Point qui a parodié l’accent d’Eva Joly) ?

Il exprime le mépris social. Il a l’intention de décider qui est français. Il se fait le ventriloque de la haine de l’autre, de la xénophobie qui monte dans le pays. On peut rire de tout et les caricatures que font de moi les imitateurs m’amusent. Mais lui n’est pas un pitre : c’est l’éditorialiste d’un grand hebdomadaire sérieux.  Cette chronique m’a blessée. Elle exprime ce que j’ai souvent vécu : que celle qui n’est pas bien née n’a pas sa place parmi nous.

Estimez-vous que la France exhale des relents racistes?

Nicolas Sarkozy n’a cessé d’opposer les Français les uns aux autres. Le monde de Sarkozy, de Besson, de Guaino s’est arrêté avant 1960, au moment de la France de l’Empire. Tout ce qui s’est passé en sociologie, en anthropologie après la décolonisation, cela n’a pas pénétré leur univers mental. Je voudrais incarner une France généreuse, cosmopolite, où il y a de la place pour tout le monde. Cette France, on ne la construira pas en regardant derrière l’épaule et en nous demandant si chacun a assez de terre des ancêtres sous ses semelles.

Vous fixez-vous un pourcentage à atteindre en avril? On dit que la barre des 5 % est vitale pour EELV?

J’espère faire mieux que Noël Mamère en 2002 (5,25%). Au sujet des finances, il ne faut rien exagérer. Nous avons calculé les dépenses de telle sorte que le parti n’y perde pas. Pas comme Nicolas Sarkozy, qui fait sa campagne à l’œil, comme avec son discours (de Toulon) de 300 000 €. Mais nous sommes riches de l’énergie militante.

Faites-vous toujours confiance à François Hollande?

Mon objectif numéro 1 est de chasser  Sarkozy et ses sbires, car ils ont mis la France en coupe réglée. Sarkozy a fait trop de mal à la France. Hollande et moi ne pourrons gagner qu’ensemble, en faisant le plein de voix des socialistes et des écologistes.