Euro: François Bayrou dénonce la «faute stratégique» de Nicolas Sarkozy

Reuters

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Le président de la République Nicolas Sarkozy "se trompe de stratégie" pour résoudre la crise de la zone euro et devrait faire valoir la position de la France face aux réserves de l'Allemagne sur l'intervention de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé mercredi François Bayrou.

Pour le président du Mouvement Démocrate, qui officialisera la semaine prochaine sa troisième candidature à l'élection présidentielle, le président français protège le "triple A" de la France sous "le parapluie" allemand.

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"J'ai dit à Nicolas Sarkozy lors de rencontres récentes, il y a quelques semaines, que je ne comprenais pas pourquoi il laissait son pays, les opinions publiques européennes, dans l'ignorance de ce qu'était la proposition réelle de la France", a dit François Bayrou lors d'une conférence de presse consacrée à son programme pour la période 2012-2020.

"Si le général de Gaulle avait eu à affronter une crise de cet ordre, c'est très simple, il aurait donné une conférence de presse et il aurait dit 'Mesdames et Messieurs, voilà la position de la France'", a-t-il insisté.

Besoin d'une intervention plus précoce

"Il l'aurait défendue en termes compréhensibles par tous, il aurait créé peut-être une confrontation, pour ne pas dire une épreuve de force, mais en tout cas, la situation n'aurait pas été celle d'un accommodement perpétuel où, à chaque conférence de presse, on fait croire qu'on est d'accord sur tout, alors qu'à voix basse, on chuchote 'ce n'est pas notre position'", a-t-il poursuivi, évoquant les divergences franco-allemandes.

"Je pense que Nicolas Sarkozy se trompe de stratégie", a-t-il dit, jugeant que le chef de l'Etat avait "choisi d'avoir la position la plus étroitement jumelée avec l'Allemagne de peur que le parapluie allemand ne disparaisse au-dessus du triple A français". "C'est tactique, mais ce n'est pas stratégique".

Pour François Bayrou, ce sont "les faits" qui dicteront à la chancelière allemande, Angela Merkel, d'infléchir sa politique.

"Dégâts considérables"

"La Banque centrale européenne interviendra parce que personne ne peut laisser s'effondrer le système bancaire, le système monétaire européens", a assuré le président du MoDem.

"Mais au lieu d'intervenir au début comme elle aurait dû - ça n'aurait pas coûté cher et ça aurait sécurisé l'ensemble de la zone (...) - , on interviendra à la fin, trop tard, avec des dégâts considérables, et ça coâtera très cher", a-t-il conclu.

La France et l'Allemagne travaillent à des propositions communes, d'ici le Conseil européen du 9 décembre, en vue d'une révision du Pacte de stabilité et de croissance de la zone euro afin de renforcer la discipline budgétaire des Etats membres.