Présidentielle 2012: Quand Nicolas Sarkozy change d'avis

POLITIQUE Sur le vote des étrangers ou le bouclier fiscal, le Président n'en est pas à sa première contradiction...

Anne-Laëtitia Béraud

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Le président de la République Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence sur la finance internationale à l'Elysée, le 22 novembre 2011 à Paris.
Le président de la République Nicolas Sarkozy, lors de la Conférence sur la finance internationale à l'Elysée, le 22 novembre 2011 à Paris. — R. de la Mauviniere/REUTERS

Le débat sur le vote des étrangers refait surface avec le non catégorique, mercredi, du président de la République Nicolas Sarkozy d'accorder le droit de vote et d'éligibilité aux étrangers hors Union européenne aux élections locales. La proposition est actuellement appuyée par les socialistes au Sénat –qui y sont majoritaires- ou encore la Première secrétaire du PS Martine Aubry.

La gauche critique sur ce sujet «la volte-face» du Président, accusé d’essayer de séduire l’électorat du Front national. En effet, à plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy s’y était déclaré favorable. Dans son livre de 2001, Libre, Nicolas Sarkozy a écrit, à propos de ce droit: «Oui, il faut l’envisager», et, en octobre 2005, alors ministre de l’Intérieur il avait encore déclaré, sur France 2: «En ce qui me concerne, j'y suis favorable».

Argument électoral ou conséquence de la crise économique, le chef de l’Etat n’en est pas à son premier retournement durant l’exercice de son mandat. 20 Minutes vous en dresse le panorama non exhaustif…

Les retraites

«Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer». C’était en 2007, écrit dans le programme présidentiel du candidat Nicolas Sarkozy. L’année suivante, en 2008, le nouveau chef de l’Etat affirmait à RTL qu’il n’avait «pas de mandat» pour repousser l'âge légal de départ à la retraite.

Mais voilà, les promesses ont été éclipsées, et la réforme des retraites a été menée. La faute à la grave crise économique et financière de 2008, justifie la majorité.

Le bouclier fiscal

Votée le 10 juillet 2007, la loi TEPA «Travail, emploi, pouvoir d’achat» met en place le bouclier fiscal, une des mesures emblématiques du mandat de Nicolas Sarkozy. Mais le symbole tombe. La suppression du bouclier fiscal a été élaborée en avril dernier, puis votée en juin, contre un relèvement du plafond de l’Impôt sur la fortune (ISF).

Le crédit d’impôt sur les intérêts d'emprunt

Ce crédit spécial a été, lui aussi, installé par la loi TEPA de 2007. Pour Nicolas Sarkozy, le but est de favoriser le crédit pour acquérir ou construire son habitation principale. Mais la mesure est un échec, de l’aveu même des membres du gouvernement. En août 2010, la mesure est abandonnée par un prêt «à taux zéro», qui n’a pas les effets escomptés.

Le RSA

Autre mesure phare de la loi TEPA, le revenu de solidarité active (RSA), progressivement mis en place à partir de 2008, pour en finir avec le revenu minimum d'insertion (RMI). Mais, selon la majorité, le retour au travail n’est toujours pas assez attractif par rapport à l’assistanat, récemment considéré comme «un cancer» par le ministre Laurent Wauquiez.

Mardi dernier, lors de la grande convention de l’UMP dédiée aux questions économiques et sociales, le parti présidentiel propose la fusion de la prime pour l’emploi et le RSA activité.

Basculer «sur une fiscalité écologique une partie des charges qui pèsent sur le travail»

Promesse du discours social du candidat Nicolas Sarkozy à Charleville-Mézières en décembre 2006, la fiscalité écologique a été ensuite mise au programme du Grenelle de l'environnement. Mais les mécanismes mettant en place la taxe carbone ont progressivement visé les particuliers plus que les entreprises. La taxe carbone a été annulée par le Conseil constitutionnel en décembre 2009.

Créer «un contrat de travail unique, à durée indéterminée, à droits progressifs»

Enoncée lors de ce même discours de campagne à Charleville-Mézières (Ardennes), l'idée d'un contrat de travail unique a fait long feu. Proposé par Dominique de Villepin en 2006, lorsqu’il était Premier ministre, puis reprise par Nicolas  Sarkozy, l’idée a été abandonnée par la suite. 

Internet

La vision du chef de l’Etat sur Internet s’est bien modifiée. Estimant, lors du G8 de l’Internet en mai dernier, que la toile était «un vecteur d'une puissance inédite» de la liberté d'expression en citant son rôle dans les révolutions en Tunisie et en Egypte, ses commentaires sont largement positifs.

Cependant, quelque temps plus tôt, dans la lignée des lois Hadopi et Loppsi, Nicolas Sarkozy évoque, en janvier dernier, le besoin d’un «Internet civilisé», avant de bloquer la tenue d’une conférence mondiale consacrée à la liberté d’expression sur Internet, organisée par Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères.

L’Arménie

Le 24 avril 2007, alors en campagne, Nicolas Sarkozy avait promis de faire voter définitivement la loi incriminant le négationnisme du génocide arménien par le régime turc ottoman. Mais un télégramme rendu public par WikiLeaks en décembre 2010 a révélé que le conseiller diplomatique de l’Elysée, Jean-David Levitte, en visite à Turquie fin mai 2007, avait confié à ses interlocuteurs que «Nicolas Sarkozy s'assurera que le projet de loi du génocide arménien meure au Sénat français».