Présidentielle 2012: François Fillon monte au front

POLITIQUE Le Premier ministre donne de la voix contre les socialistes, se coule dans les habits du père la rigueur, et impose sa stature dans son propre camp...

Anne-Laëtitia Béraud

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François Fillon lors des journées parlementaires de l'UMP à Saint-Cyr-sur-Loire, le 14 octobre 2011.
François Fillon lors des journées parlementaires de l'UMP à Saint-Cyr-sur-Loire, le 14 octobre 2011. — SIPA/ G. Souvant

Il est loin le temps où Nicolas Sarkozy le qualifiait de «collaborateur», ou hésitait à s’en débarrasser pour Jean-Louis Borloo. Le Premier ministre François Fillon assume depuis quelques mois une nouvelle stature qui devrait continuer à s’affirmer à mesure que l’élection présidentielle approche.

Alors que l’actuel président de la République, plus que probable candidat à la prochaine élection, se pose en «président protecteur», le Premier ministre apparaît en père la rigueur qui monte de plus en plus souvent au front. L’objectif: défendre et être le pédagogue du quinquennat de Nicolas Sarkozy, mener la politique de rigueur budgétaire du pays et dézinguer les adversaires, dont les socialistes et leur champion, François Hollande.

Tirs nourris sur le candidat socialiste

Le 11 septembre dernier, en visite à Nîmes (Gard), François Fillon se lançait dans une vibrante défense du bilan du quinquennat du Président Nicolas Sarkozy, avant d’attaquer les socialistes sur leur manque de «crédibilité». L’argument des finances dispendieuses du PS est repris régulièrement. «Quelle crédibilité peut-on accorder à un parti où l’on n’a jamais hésité à promettre l’augmentation des dépenses publiques et la multiplication du nombre de fonctionnaires, au mépris de toute rationalité?» s’interroge alors le Premier ministre.

«Quelle crédibilité peut-on accorder à un candidat, François Hollande pour ne pas le nommer, dont la seule ambition pour le service public est d’augmenter le nombre des fonctionnaires, sans même se demander comment ils seront payés? Même ses amis socialistes commencent à se dire que tout cela n’est pas sérieux», ajoute-t-il.

Montée en puissance

Outre les meetings, c’est aussi sur le plateau du journal de 20h de TF1 que le Premier ministre réalise l’exercice périlleux de l’annonce du plan de rigueur, puis de la critique, par chaînes interposées, de François Hollande. C’est sur: «La faillite d’un pays est possible», que débute l’intervention du Premier ministre, une petite phrase qui pourrait lui coûter cher auprès des Français.

Enfiler les habits de la rigueur pourrait être politiquement désastreux pour François Fillon, mais, jusqu’ici, les Français ne le pénalisent pas plus que le Président. Au contraire, sa cote de popularité accroche deux points supplémentaires, avec 41% de satisfaits, contre 54% de mécontents, dans le palmarès de l'action gouvernementale OpinionWay pour le quotidien Metro, diffusé le 13 novembre au soir.

Le lendemain, le 14 novembre, François Fillon sonne de nouveau la charge contre François Hollande au Vertou (Loire-Atlantique). Devant 800 militants, le Premier y va de l’argument massue en évoquant «l’irresponsabilité», supposée, du candidat PS: «Les promesses de François Hollande sont irresponsables. Comment oser prétendre qu’on peut créer des emplois publics tout en réduisant les déficits?» Et balance: «Les leçons de la gauche, ses discours, il faut les regarder à l'aune de ce qu'ils ont fait quand ils étaient au pouvoir.» Avant de laminer: «C’est facile de faire de l'assistanat, ce n'est pas cela qui changera la société française en profondeur».

Nouvel équilibre dans le duo qu’il forme avec le Président

Les bancs feutrés de l’Assemblée nationale n’y échappent pas. Mercredi, lors de la séance des questions au gouvernement, le Premier ministre s’est lancé dans une nouvelle diatribe contre les socialistes. En chantre de la rigueur budgétaire prônant «l’objectif zéro déficit» - qui représente selon lui «le meilleur programme électoral pour les élections de 2012» - François Fillon a accusé les socialistes de dénigrer la France et sa note financière «triple A».

«Le Parti socialiste a choisi une stratégie de dénigrement qui pèse sur la France tout entière», a-t-il déclaré, ajoutant: «Le programme du candidat socialiste à la présidentielle vient accroître les incertitudes qui pèsent sur la crédibilité de notre pays.»

Vers une ambition nationale?

Nouvel équilibre du duo qu’il forme avec le président de la République, pédagogie sur la rigueur, attaque systématique des socialistes et de leur candidat: François Fillon s’est installé dans de nouveaux habits, à quelques mois de la présidentielle.

Et au sein du parti, là encore, François Fillon monte en puissance. L’ambition du Premier ministre ne s’arrête pas au soutien actif du candidat UMP pour 2012. L’annonce de sa candidature parisienne aux législatives de 2012, provoquant l’ire de la maire du 7e arrondissement Rachida Dati, laisse présager sa présence pour les municipales parisiennes de 2014… En attendant un autre destin, une élection présidentielle, en 2017.