Parti socialiste: Et maintenant, les négociations avec les écologistes

POLITIQUE Elles s'annoncent plus compliquées depuis la désignation de François Hollande, qui souhaite mettre le nez dans des discussions engagées par des aubrystes...

Maud Pierron avec Matthieu Goar

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La secrétaire nationale d'Europe écologie-Les Verts Cécile Duflot en compagnie de la maire de Montreuil Dominique Voynet, aux journées d'été du parti écologiste, à Clermont-Ferrand, le 19 août 2011.
La secrétaire nationale d'Europe écologie-Les Verts Cécile Duflot en compagnie de la maire de Montreuil Dominique Voynet, aux journées d'été du parti écologiste, à Clermont-Ferrand, le 19 août 2011. — AFP PHOTO/ BERTRAND GUAY

La plupart des dirigeants d’Europe-écologie-Les Verts avaient officieusement soutenu la maire de Lille la semaine dernière. «Le peuple de l’écologie ira voter Martine Aubry», avait glissé Jean-Vincent Placé, numéro 2 des Verts. «Ils s’immiscent dans les affaires du PS», avait alors grondé le député européen Vincent Peillon, partisan de François Hollande, passablement énervé par les négociations entre le PS, sous la houlette des proches d’Aubry, et EELV.

«J'ai compris qu'ils voulaient s'immiscer dans nos débats… Leur nombre n'a pas suffi», a taclé, lors de son discours de victoire à la maison de l’Amérique Latine, François Hollande, dimanche soir. «Ecologie et république au cœur des enjeux de 2012 (et on fera plus que s'immiscer ;-) RV mardi à 17h au cabaret sauvage autour d’Eva Joly», a répondu Cécile Duflot, dimanche soir, sur son compte Twitter. «La prise de position des écologistes a été pour le moins inélégante», n’en démord pas la députée socialiste Aurélie Filippetti, aujourd’hui responsable des questions environnementales auprès de François Hollande mais ex-verte.

Depuis le mois de juin, six groupes de travail ont été mis en place pour discuter du programme et des circonscriptions électorales: le but est de faciliter le rassemblement après le premier tour de 2012. L’accord programmatique et électoral, un pack global, était initialement prévu pour début novembre. Sauf que depuis septembre et la dernière ligne droite des primaires, les réunions se sont plus qu’espacées.

«On ne veut pas subir un mariage forcé»

Et les proches de François Hollande, s’estimant sous-représentés dans les délégations, veulent maintenant peser dans les échanges. «Ils négocient et apportent le contrat de mariage clé en main alors que c’est nous qui nous marions. C’est normal qu’on veuille voir la mariée avant pour ne pas subir un mariage forcé», explique Aurélie Filippetti. Une requête «logique», selon Denis Baupin, le coordinateur des discussions pour EELV sur le programme.

Le candidat Hollande a toujours affirmé qu’il souhaitait un accord avec les écologistes avant le premier tour de la présidentielle. «On a un peu de temps devant nous, novembre, c’est injouable», juge Aurélie Filippetti, qui veut apporter à la matrice commune «le travail de notre groupe d’experts». Du temps, écolos et socialistes devront en prendre pour accorder leurs violons, notamment sur la question du nucléaire. Les écolos «ne participeront pas à un gouvernement qui ne prône pas la sortie du nucléaire», confirme Denis Baupin, coordinateur de la délégation EELV. «A eux de trouver la solution», ajoute-t-il.

Bruno Le Roux co-pilotera les discussions

Hollande est très loin de cette position, proposant une réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% d’ici 2025. Pour Aurélie Filippetti, «il s’agit de préciser les choses, de donner un échéancier, de parler de la reconversion industrielle pour la filière nucléaire», assure, optimiste, la députée socialiste. «Beaucoup de choses ont été faites, maintenant on doit finaliser les discussions», complète Stéphane Le Foll, le bras droit de François Hollande. Michel Sapin et François Rebsamen appartiennent déjà à ces groupes de travail. Mais désormais, alors que les discussions côté PS étaient pilotées par Christophe Borgel, Bruno Le Roux, un très proche de Hollande, devrait y être associé, comme pour toutes les questions électorales.

Quant à l’accord électoral, il est censé porter sur une trentaine de députés EELV en cas de vague rose, et une quinzaine si le PS perd. Du coup, selon les calculs de certains experts ès-carte électorale, il faudrait qu’environ 80 circonscriptions leur soient réservées. «On peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre», râle-t-on déjà au PS. Mais Denis Baupin est optimiste: «On a des divergences, on est deux partis différents, certes. Mais on a un intérêt évident à montrer nos convergences, que nous pouvons gouverner ensemble pendant cinq ans.»