Primaires socialistes: Arnaud Montebourg courtisé par François Hollande et Martine Aubry

POLITIQUE Sa position de troisième homme le met en position d'arbitre pour le second tour...

Maud Pierron
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Le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg a tenu une conférence de presse vendredi 26 août 2011, lors des universités d'été du Parti socialiste.
Le candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg a tenu une conférence de presse vendredi 26 août 2011, lors des universités d'été du Parti socialiste. — PIERRE ANDRIEU / AFP

Il n’est pas qualifié pour le second tour comme il le rêvait mais sa troisième place au premier tour des primaires socialistes est un excellent résultat. «Arnaud, c’est la clé du second tour» , savoure Géraud Guibert, son porte-parole, devant quelques journalistes au siège du PS. Avec 17% des voix, le député de Saône-et-Loire dépasse largement Ségolène Royal, qui a obtenu 7% des voix. «On ne s’attendait pas à un tel score», assure encore le porte-parole.

Personne, d’ailleurs, ne s’attendait à ce qu’Arnaud Montebourg siphonne à ce point les voix de Ségolène Royal. «Si on avait eu quinze jours de plus...», se met même à rêver Géraud Guibert, imaginant un rattrapage d'Aubry. Du coup, le chantre de la démondialisation est en position d’arbitre, déjà dragué par les deux camps qualifiés pour le second tour, celui de François Hollande (39%) et Martine Aubry (31%). «Il prendra position», assure Géraud Guibert, qui assure que son appui se fera sur «des convergences de fonds» et non «des tractations». Pour lui, le score de Montebourg montre que ses idées ont trouvé «un fort écho» et que certaines «doivent se retrouver au second tour» dans le programme de l’un ou l’autre des candidats. Et d’ajouter, malicieux: «la balle est dans leur camp, on attend des signes».

Le choix d'une «gauche engagée» ou d'une «gauche molle»

Déjà, les lieutenants des deux candidats expliquent aux journalistes pourquoi Montebourg va les rejoindre. «Il incarne le renouvellement. François Hollande porte une image de changement», assure Aurélie Filippetti, une proche de François Hollande. D’autres notent qu’Arnaud Montebourg ne peut rallier Martine Aubry vu leurs divergences énormes sur le dossier Guérini. Pour d'autres encore, Montebourg ne peut pas faire affaire avec Aubry puisque Benoît Hamon incarne déjà l'aile gauche dans son camp. En somme, il n'y aura pas de places pour deux coqs dans le même poulailler.

Les proches d’Aubry, eux, veulent croire que le ralliement de Manuel Valls à François Hollande dimanche soir empêchera Montebourg d'appuyer le Corrézien. «Si Montebourg veut rallier Hollande soutenu par Valls sur qui il a tapé pendant toute la campagne…», raille Jean-Christophe Cambadélis, soutien de la maire de Lille, qui insiste, sans y toucher, sur la droitisation de Hollande avec cet appui du député-maire d’Evry. Un autre cadre proche d’Aubry relève que les scores cumulés d’Aubry et Montebourg donnent «une indication claire sur l’orientation politique» souhaitée par les électeurs: «des solutions de gauche à la crise» et non «la seule réduction des déficits». Michel Destot, le maire de Grenoble, estime lui que Montebourg se «retrouvera plus facilement dans une gauche engagée que dans une gauche molle». Aubry n’acceptera pas l’idée de démondialisation – «elle ne serait pas crédible», assure-t-il, mais la maire de Lille et le Bourguignon pourront s’entendre sur «la régulation financière, sociale et écologique».

«J’ai entendu les messages qui ont été envoyés»

Dans son allocution depuis son QG, François Hollande a fait un appel du pied transparent au secrétaire national à la rénovation. « Je suis le candidat du changement», a-t-il lancé. «Je suis pour un renouvellement démocratique, républicain et des équipes», a-t-il ajouté. Même allusion de la part de Martine Aubry, lors de son discours. «Au second tour, je porterai ce changement de fond, en rassemblant ceux qui veulent véritablement changer les choses», a-t-elle insisté.

Mais peu avant minuit, François Hollande est venu au siège du PS pour envoyer un nouveau message, à du faiseur de roi. «Mon devoir est de chercher tout le rassemblement possible sans rien perdre de ce qui a fait le sens de ma démarche», a-t-il commencé. «J’ai entendu les messages qui ont été envoyés.Mon devoir est d’essayer de capter ces messages là pour enrichir encore ma propre démonstration», a-t-il ajouté, assurant avoir compris le besoin «d’un renouvellement et de moralisation» de la vie politique, ainsi que «d’une France qui soit se faire plus respecter sur la scène mondiale, y compris dans les échanges», énumérant des thèmes identifiés au nouvel homme fort du PS.

Arnaud Montebourg, lui, n'a pas donné d'indication, lors de sa brève allocution au siège du PS dimanche soir. «Plus rien désormais ne sera comme avant. La vie politique a changé ce soir. Les primaires sont le premier acte de la VIe République», a-t-il lancé solennel. «Ma détermination à poursuivre le combat pour les idées et les rêves que je porte est totale. Chacun a mesuré la puissance et la force du message politique qui m’a conduit aux porte du 2e tour», a-t-il lancé à l’adresse des deux qualifiés. Il est ensuite allé rejoindre ses soutiens à la Bellevilloise, dans le 20e arrondissement.

Mais peut-il vraiment choisir entre ceux qu'il a n'a cessé de brocarder en «jumeaux de Jacques Delors»?