Les primaires socialistes, un «objet politique non identifié» à inconnues multiples

POLITIQUE Ce qui promet quelques «surprises»...

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Le premier tour des primaires socialistes est prévu le 9 octobre.
Le premier tour des primaires socialistes est prévu le 9 octobre. — P. SAUTIER / SIPA

Combien de votants? Quel profil politique? Les primaires socialistes de dimanche sont un scrutin «inédit», un «objet politique non identifié» aux inconnues multiples, qui peut déboucher sur «des surprises», estiment des politologues interrogés par l'AFP.

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Les sondages, qui donnent François Hollande, puis Martine Aubry en tête des intentions de vote, disent-ils vrai? «On ne peut absolument pas savoir ce qui va se passer», affirme à l'AFP Rémi Lefebvre, professeur de Sciences politiques à l'université de Lille et spécialiste du PS, qui «s'attend à des surprises».

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«On est sur un scrutin inédit, un "OPNI", objet politique non identifié», renchérit Frédéric Dabi (Ifop). C'est en effet la première fois que le Parti socialiste ouvre le processus de désignation de son champion à un électorat aussi élargi (toute personne déclarant adhérer aux «valeurs de la gauche»). En 2006, la primaire était réservée aux seuls militants et adhérents (environ 180.000 personnes).

Les inconnues sont si nombreuses que dimanche les instituts de sondages ne devraient réaliser ni «sondages sortie des urnes», ni estimations, faute d'avoir des éléments de référence (les «bureaux tests» utilisés lors des scrutins républicains).

«L'intérêt télévisuel» se concrétisera-t-il en vote?

Première grande question: la mobilisation. «Les gens qui disent "avoir envie" d'aller voter iront-ils réellement?», questionne le politologue Gérard Grunberg.

Frédéric Lefevbre constate qu'«avec les débats télévisés, il y a un intérêt des Français pour la primaire» mais il s'interroge: «cet intérêt télévisuel va-t-il se concrétiser en votes?».

Les électeurs potentiels savent-ils tous que le vote leur est ouvert? Dans les milieux ruraux, fera-t-on l'effort de faire 20 km en voiture jusqu'à son bureau de vote? Deuxième incertitude: le profil politique des électeurs. La plupart des politologues s'accordent à dire que le vote regroupera d'abord un noyau d'électeurs plutôt «urbains», «diplômés», «politisés», «syndiqués» ou mobilisés dans des associations, de classe moyenne ou supérieure.

Mais, au-delà, «si d'autres catégories, comme les jeunes, les ouvriers, se déplacent, cela peut favoriser le vote pour Ségolène Royal», note Frédéric Dabi. Par ailleurs, la primaire étant ouverte à toute la gauche, quelle sera la proportion de non-socialistes? Gaël Sliman (BVA) parie sur «50% de non-PS dont un quart d'écologistes ou autres composantes de la gauche, un dixième de droite et le reste d'électeurs n'ayant pas forcément de préférence politique».

L'électorat écologiste, qui vote plutôt Aubry, sera-t-il nombreux? «Les électeurs les plus à gauche voteront-ils Aubry ou Montebourg?», interroge par exemple Rémi Lefebvre.

«Volatilité électorale»

Gaël Sliman relève aussi une «grande porosité entre l'électorat aubryste et l'électorat Hollande». Autre inconnue: le comportement de l'électeur? «Si la dynamique, c'est de mettre toutes les chances pour gagner contre Nicolas Sarkozy, alors le vote Hollande sera favorisé dès le premier tour», estime Stéphane Rozès (Cap).

Si au contraire l'électorat veut se démarquer des sondages et donner du «contenu» à son vote, il peut y avoir des surprises en faveur des outsiders Manuel Valls et Arnaud Montebourg, ajoute-t-il.

Enfin, dernier élément: l'offre électorale. Pour Frédéric Dabi, «les candidats ont certes montré des éléments de différenciation, mais ils ont un socle programmatique commun» (le projet du PS), ce qui favorise la «volatilité électorale» (changer d'avis au dernier moment).

Et de conclure: «il y a tous les ingrédients de possibles surprises en dépit d'un rapport de force très net en faveur de Hollande et d'Aubry».