Primaires socialistes: Combien ont dépensé les candidats pour leur campagne

POLITIQUE François Hollande a été le plus dépensier et Ségolène Royal et Arnaud Montebourg ont dépensé à peu près pareil...

Maud Pierron

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Les six candidats aux primaires socialistes lors du deuxième débat sur le plateau d'i-Télé, le 28 septembre 2011.
Les six candidats aux primaires socialistes lors du deuxième débat sur le plateau d'i-Télé, le 28 septembre 2011. — DUFOUR-POOL/SIPA

Dimanche soir, les candidats aux primaires feront les comptes politiques. Mais, au terme de cette longue campagne, c’est déjà l’heure des comptes sonnants et trébuchants. Le parti a fait un geste, en attribuant une dotation à chaque candidat, qui est passée à la rentrée de 30.000 à 50.000 euros. Quelques avantages en nature aussi: un bureau rue de Solférino, la mise à disposition d’une salle de presse, une voiture de location et une carte spécifique pour payer l’essence et les péages. Une somme qui ne couvrira que très partiellement les dépenses et qui, d'après le PS, n'entrera pas dans les comptes de campagne du ou de la candidat(e) désigné(e). Illustration avec les 5 candidats socialistes.

François Hollande: autour de 250.000 euros
Le favori des sondages est aussi le plus dépensier. Et pourtant, Stéphane Le Foll,  président de l’association politique de François Hollande, Répondre à gauche, a rogné sur le matériel de campagne. «On n’a pas fait de tract au niveau national ou d’affiche, c’est beaucoup trop coûteux», explique-t-il. Les militants peuvent les imprimer directement sur le site internet du candidat.  L’équipe Hollande a préféré axer la campagne sur les déplacements et les meetings. Et encore, c’est moins les déplacements - la plupart du temps en TGV - que les meetings qui coûtent cher. Entre 10.000 et 15.000 euros par réunion publique, entre la location de la salle, la sonorisation et l’assurance. Et François Hollande a fait énormément de meetings. Si des appels aux dons ont été lancés  - entendus -, les élus soutenant François Hollande ont aussi été mis à contribution. Le budget est serré, à tel point qu’entre les deux tours, Hollande devrait mettre la pédale douce, prévient le lieutenant du candidat, heureux d’arrêter bientôt «de signer des chèques» à tout va.

Martine Aubry: autour de 200.000 euros
«Ça peut sembler beaucoup mais c’est en réalité très peu pour une campagne dans la France entière», explique Jacques Priol, le trésorier de la campagne, qui explique qu’en moyenne, une campagne des régionales 2010 dans une région a coûté entre 500.000 et 600.000 euros. Là encore, les élus soutenant Martine Aubry sont priés de sortir le carnet de chèques. «Entre 500 et 1.000 euros», expliquait à La Rochelle François Lamy. Mais évidemment, «tous les dons sont bienvenus», précise Jacques Priol. Les dons aux partis politiques sont défiscalisés et sur le site de Martine Aubry, des reçus fiscaux sont générés automatiquement. «Ça marche très bien: plus de 15.000 euros ont été récoltés en 3 jours», dit-il. Reste que l’équipe Aubry est «inquiète» de ne pas pouvoir financer toutes les initiatives, notamment celles du second tour et qu’un nouvel appel aux dons va être lancé en fin de semaine.
L’un des principaux postes de dépenses, ça a évidemment été la fameuse Lettre aux Français, tirée à 1,5 million d’exemplaires et qui a fait hurler les autres candidats, qui n’arrivent pas à croire qu’elle n’a coûté que 39.000 euros. «C’est hors taxe», répond Jacques Priol. Le chiffre TTC est donc de 46.000 euros. «La polémique cache l’agacement de certains candidats qui n’ont pas voulu faire le choix d’une telle stratégie de communication et s’inquiètent de son impact possible», démine Jacques Priol.

Arnaud Montebourg: 110.000 euros
«On a fait le pari du financement par les militants et pas par les élus», explique John Palacin, qui tient les comptes de la campagne du député de Saône-et-Loire. «Une campagne démocratique doit être financée démocratiquement, d’où des appels aux dons», ajoute-t-il. L’idée, c’est donc de multiplier les petits dons, autour de 40 euros. Mais c’est de plus en plus compliqué en cette fin de campagne. «Ma responsabilité, c’est de ne pas être dans le rouge. Mais je suis confrontée à une accélération en raison du succès d’Arnaud depuis La Rochelle», explique-t-il. Ce ne sont plus des salles de 200 places qu’il faut pour les meetings mais la gamme au-dessus, par exemple. Et les désormais célèbres stand-up du candidat nécessitent une logistique humaine qui grève le poste «déplacement». Heureusement, une campagne, c’est aussi l’école de la débrouille. Dans chaque fédération, il y a toujours un «ami» prêt à mettre sa voiture à disposition ou à héberger le candidat ou des proches du candidat, rappelle John Palacin.

Ségolène Royal: autour de 100.000 euros
Un budget étonnamment faible vu l’activisme revendiqué de la candidate sur le terrain. «On compte beaucoup sur les militants du réseau Désir d’Avenir et des bénévoles», explique Yves Debien, mandataire financier de l’association créée pour l’occasion, la Force citoyenne. Chez Royal, on l’assure, l’organisation d’un meeting coûte largement moins que 10.000 euros, même lorsque c’est au Bataclan, dans une grosse salle. «Plus la campagne est tardive, plus il faut mettre les moyens. La longueur de la campagne nous a permis de dépenser moins», assure Yves Debien,  pour expliquer le différentiel.

Manuel Valls: 80.000 euros
L’association de Manuel Valls est sur pied depuis deux ans, explique Sébastien Gros, le mandataire financier, ce qui explique qu’il y avait un fonds de roulement. Du coup, le député-maire d’Evry n’est pas parti de zéro. «20% de notre budget propre vient des dons de citoyens», explique Sébastien Gros. Et après «un coût de stress avant l’été», l’argent rentre mieux dans les caisses depuis la rentrée: «dès que Manuel fait une grosse intervention médiatique, on reçoit plus de chèques», assure le mandataire financier. Pour eux, «la plus grosse part de dépense, ça a été le site internet», complètement refait. Là aussi, les déplacements ont - comme leurs coûts - pris de l’ampleur depuis fin août. «A ce rythme, on va tenir jusqu’aux 16 octobre, mais ce sera difficile», explique-t-il. «C’est la première fois qu’on fait une campagne nationale sans les moyens du parti. On apprend les combines pour économiser sur le transport, l'hébergement», plaisante-t-il.

Quelques règles à suivre

Le financement de la campagne pour les primaires s’insère dans un cadre juridique précis. Chaque candidat s’appuie sur son propre association, qui a le statut de mouvement politique – parfois créé pour l’occasion - et qui est de ce fait soumis aux règles de financement des partis.

Ainsi, un candidat ne peut recevoir de dons d’une personne morale, une entreprise, par exemple. Les dons de personnes physiques sont quant à eux plafonnés par an et par personne à 7.500 euros en chèque et à 150 euros en liquide.

Les candidats devront par ailleurs remettre à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) un rapport détaillé de leurs comptes de campagne.