Présidentielle: Marine Le Pen se lance à l'assaut du monde enseignant

POLITIQUE La candidate du Front national plaide en faveur du retour à l’école traditionnelle...

Anne-Laëtitia Béraud

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De gauche à droite, Louis Alliot, Marine Le Pen, Bertrand Dutheil de La Rochère lors de la table-ronde du Club Idées-Nation, le 29 septembre 2011 à Paris.
De gauche à droite, Louis Alliot, Marine Le Pen, Bertrand Dutheil de La Rochère lors de la table-ronde du Club Idées-Nation, le 29 septembre 2011 à Paris. — V. WARTNER/20 Minutes

«Longtemps, il y a eu un malentendu entre nous. Longtemps, nous avons donné le sentiment de vous regarder en ennemis»: ainsi s’adresse Marine Le Pen, présidente du Front national, aux enseignants. En ce jeudi après-midi, le discours de clôture de la table ronde sur l’école organisée à Paris par le club Idées-Nation, le think tank du parti, a des accents solennels, frisant le mea culpa.

Séduire le monde enseignant, le pari de Marine Le Pen est grand, mais elle ne souhaite pas le laisser aux autres partis, accusés de «compromissions depuis trente ans». Marquée par la «souffrance et les inquiétudes» des enseignants et l’échec de l’école à favoriser «l’ascenseur social, l’égalité des chances», la présidente du FN a réalisé un long plaidoyer pour le retour à l’école traditionnelle et «au professeur, pas au prof», à ces «hussards noirs de la République du XXIe siècle».

L’école, pour la frontiste, est «comme une sorte de sanctuaire» où doit se réaliser «l’exigence de la transmission des savoirs, des connaissances et du goût de l’effort». Et de lancer qu’il faut «chasser le spectre de Philippe Meirieu et des pédagogistes qui continuent d’y rôder, le jacklangisme et toutes ces salades encore aujourd’hui colportées par l’UMP». Si la candidate à l’Elysée ne promet aucune création de postes à la rentrée 2012 «car ce serait mentir, comme tous les autres», elle s'engage à ne plus en supprimer et à renouveler les départs à la retraite.

Opération séduction

Dans cet appel du pied au monde enseignant, Marine Le Pen y a mêlé son thème de prédilection, la sécurité. La candidate se prononce pour «la tolérance zéro», «les portails de détection de métaux, même temporaires» à l’entrée des écoles, «les rondes, de temps en temps, de la police». Elle veut aussi «punir au portefeuille les parents des élèves gravement perturbateurs», ces élèves qu’elle qualifie de «sauvageons et (de) voyous».

«Sauvageon», une référence directe au terme employé par Jean-Pierre Chevènement à l’Assemblée nationale en 1998, et qui avait fait grand bruit. Un proche de l’ancien ministre est d’ailleurs dans la salle, au premier rang, parmi la petite centaine de personnes venus à la table-ronde. Bertrand Dutheil de La Rochère -ancien membre fondateur du parti de Jean-Pierre Chevènement- semble apprécier le discours.

Deux jours après avoir apporté son soutien public à Marine Le Pen, il a été convié à intervenir lors de cette table ronde. Il affirme, peu après en aparté: «Je sais très bien d’où vient Marine Le Pen, mais elle a un discours républicain, cohérent, et contrairement à Dupont-Aignan ou Chevènement, elle a certes une petite chance, mais raisonnable, d’être élue en 2012.»

L’appel du pied de Marine Le Pen aux enseignants ne signifie toutefois pas que tout est au beau fixe. Prenant inopinément la défense de Christine Boutin, la présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD), bousculée lors de la manifestation des enseignants à Paris mercredi, la présidente frontiste a dénoncé, à 20Minutes, «l’agression brutale de syndicats sectaires». Une frange du corps enseignant que Marine Le Pen n’a visiblement pas cessé de voir comme «ennemie».