Pourquoi Nicolas Sarkozy est de plus en plus fragilisé

PRÉSIDENTIELLE a défaite aux sénatoriales est un nouveau coup dur pour le chef de l'Etat, à six mois de l'échéance...

Maud Pierron

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Nicolas Sarkozy, le 2 septembre 2011, lors d'une table ronde à Sainte-Marguerite, dans l'est de la France.
Nicolas Sarkozy, le 2 septembre 2011, lors d'une table ronde à Sainte-Marguerite, dans l'est de la France. — P. HERTZOG / AFP

La défaite de la droite au Sénat est avant tout un symbole historique, mais elle est aussi un nouveau signal du fossé grandissant entre Nicolas Sarkozy et les électeurs, classiques, ou «grands». «Prémonitoire» pour 2012, espère François Hollande, favori des primaires socialistes. A six mois de la présidentielle, la position de Nicolas Sarkozy est fragilisée. 20Minutes vous explique pourquoi.

Un «déni» mal venu
De nombreux élus de droite n’ont pas accepté que l’Elysée ne reconnaisse pas explicitement et tout de suite la défaite aux sénatoriales. «Ce déni m’a irrité. L’accumulation des défaites aux élections locales, d’accord, les divisions, d’accord, mais on passe sous silence que le gouvernement a été autiste depuis de nombreux mois sur les critiques que les élus de terrains faisaient remonter», s’agace Yves Favennec, député de la Mayenne. Un déni qui fait écho au manque d’écoute global, depuis quatre ans, de l’Elysée. «Ce qui est inquiétant, c’est que Sarkozy ne comprend que maintenant que sa façon d’être et de faire heurte la partie la plus légitimiste de son électorat traditionnel», juge Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), qui parle d’un palais de l’Elysée «bunkérisé».

Un leadership entamé…
Qui rend possible l’idée d’une autre candidature. Après avoir perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2007 (municipales, européennes, régionales, cantonales, sénatoriales), les députés UMP ont peur. Pour leur siège, avant tout. Du coup, l’idée d’un autre candidat fait son chemin. «C’est difficile de l’exprimer à haute voix, mais on y pense. On n’est pas suicidaires. Ça fait des mois qu’on sait qu’on va dans le mur», rapporte Yves Favennec. «Par sa position institutionnelle et son contrôle du parti, le rapport de force est en faveur de Nicolas Sarkozy et dissuade d’autres personnalités, tel Alain Juppé, de concourir», juge Stéphane Rozès. Pour lui, Sarkozy est aujourd’hui dans la même situation que Chirac en 1997 après la dissolution ratée, sauf que là, «ce n’est pas la cohabitation mais la campagne présidentielle qui arrive».

Une majorité présidentielle au bord de l’explosion
Créée en 2002, l’Union pour la majorité présidentielle devait être la machine de guerre rassemblant toutes les sensibilités de la droite pour porter le candidat à l’Elysée. Aujourd’hui, «la majorité se fissure», juge Yves Favennec, plutôt de tendance centriste, avec le poids de plus en plus important pris par la très droitière Droite populaire. «Nicolas Sarkozy s’est laissé déporter sur sa droite par une partie de son entourage», note Stéphane Rozès. Plus «cash», Yves Favennec assure que la place donnée au collectif Droite populaire «l’effraie» et pourrait «le faire aller voir ailleurs», même s’il n’est pas convaincu par les partis centristes pour le moment. «On tiendra jusqu’en 2012, en calfeutrant les brèches. Mais après 2012, si on perd, je suis convaincu que ça ne durera pas», lâche le député UMP. Pour Stéphane Rozès, le collectif de la Droite populaire est «en voie d’autonomisation» pour «anticiper l’échec» et donc «dans une stratégie de rapprochement avec le FN pour sauver les meubles» dans le Sud-Est.

Des affaires embarrassantes pour l’Elysée
Karachi, les valises de la Françafrique, les écoutes de journalistes… Dans aucune de ces affaires, Nicolas Sarkozy n’est formellement impliqué. Reste que son entourage proche est visé, quand il n’est pas mis en examen. «Ça va amplifier le sentiment de déliquescence et c’est injuste. Je suis persuadé que le chef de l’Etat n’a rien à voir avec ces dossiers mais d’un côté, on demande des efforts aux Français, de l’autre, on a l’image de l’argent facile», juge Yves Favennec. Gaël Sliman, directeur général adjoint du département Opinion BVA, nous expliquait la semaine dernière que ces affaires étaient «plus préjudiciable pour Nicolas Sarkozy que pour n’importe quel autre homme politique», en raison de son image, liée à l’argent.

Un électorat modéré à reconquérir
C’est l’analyse de Gérard Longuet après la défaite aux sénatoriales. D’autant, note Stéphane Rozès, que si c’est François Hollande qui est désigné aux primaires, il plaît aux électeurs centristes. Beaucoup de députés UMP réclament une entrée en campagne plus tôt que prévu, initialement en février-mars. Un scénario aujourd’hui caduc? «Il doit reprendre la main: il a la main sur le calendrier de sa candidature mais aussi sur la formalisation du projet», plaide le député UMP de la Drôme Hervé Mariton, plus optimiste. «Il reste six mois: ça peut suffire mais il ne faudra pas que le président soit une bête de campagne, comme je l’entends, mais un génie de campagne», espère son collègue de Mayenne. «On ne renoue pas le contact avec le pays dans un sprint mais en faisant un pèlerinage qui passe par Chartres», image Stéphane Rozès. Favennec veut pour sa part que le président écoute d’abord les députés des territoires ruraux, qui représentent «le cœur de notre électorat», dit-il, avant ceux de la Droite populaire.

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