François Bayrou: «Je me présente pour changer les choses, pas pour les maintenir»

POLITIQUE Le président du Mouvement démocrate, qui ouvre ses journées d'été à Giens (Var), se confie à 20 Minutes...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
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Le président du Mouvement démocrate (Modem) François Bayrou, dans les locaux de 20 Minutes, à Paris, le 15 septembre 2011.
Le président du Mouvement démocrate (Modem) François Bayrou, dans les locaux de 20 Minutes, à Paris, le 15 septembre 2011. — V. WARTNER/20 Minutes

L’université du MoDem débute ce vendredi dans la presqu’île de Giens. Quel en est le thème?

C’est une université du rassemblement. Il y a des figures importantes du centre, comme Pierre Méhaignerie, Jean Arthuis, Bernard Bosson et Anne-Marie Idrac. Vont venir débattre avec nous Ahmed Nejib Chebbi, le créateur du grand parti démocrate progressiste tunisien, Guy Verhofstadt, le président du groupe démocrate au Parlement européen, Francesco Rutelli, une grande figure de la vie politique italienne, ou encore l’ancienne ministre des Affaires étrangères de Grèce, qui vient de lancer un parti centriste.

Enfin, viennent des responsables français, qui jusqu’alors n’avaient pas d’engagement de parti, et qui sont intéressés par notre démarche. Il y a Dominique Versini, l’ancien Défenseur des enfants, qui s’est battue pour sauver ce poste finalement supprimé par le gouvernement, ou encore Nassimah Dindar, la présidente du conseil général de la Réunion. Cette université montre le rassemblement, l’unité et la dynamique pour préparer la campagne de 2012.

Que pensez-vous de ces ralliements, de ces nouveaux soutiens?

J’ai toujours su que cela arriverait, même quand j’ai été minoritaire, quand la plupart des élus notables s’étaient éloignés pour aller du côté du pouvoir en 2007. Aujourd’hui, ils voient bien l’impasse dans laquelle se trouvent les choses en France. Ils voient que du côté du PS, les idées et le programme ne correspondent pas à la situation actuelle du pays. Et donc, tout d’un coup, ils comprennent, ils sentent que cette dynamique d’indépendance était la bonne.

Pensez-vous que Dominique de Villepin (RS) ou encore Laurence Vichnievsky (ex-porte-parole d'EELV) vont vous rejoindre ?

Je n'attends, ni ne pratique aucun débauchage. Cela ne sert à rien. Mais le rassemblement sera indispensable. Il y a des personnalités pour qui j’ai de l’estime, et je ne le cache pas.. J’ai dit l’estime que j’avais pour Laurence Vichniesky, et cela ne date pas d’aujourd’hui. La crise dans laquelle nous entrons est telle que les volontés qui ont les idées claires, et qui tiennent à leurs idées, se rassemblent. On a besoin de gens courageux. Tous les gens courageux seront les bienvenus, à condition qu’ils soient sur une ligne de fond, et non pas dirigés par la manœuvre ou la tactique.

Comment vous positionnez-vous face à Jean-Louis Borloo et Hervé Morin?

Le centre, et j’y crois de toutes mes forces, est un centre indépendant. Ce n’est pas un centre qui est sous la coupe de l’UMP ou du PS. Il y a ensuite la volonté de dépasser l’affrontement droite-gauche pour résoudre les problèmes du pays. Nous allons y être obligés, car ni la majorité de l’UMP ni la majorité du PS ne peuvent résoudre ces problèmes, parce qu’ils sont divisés.

Donc, selon vous, l’Ares (Alliance républicaine, écologiste et sociale, de Borloo et Morin) n’est pas indépendante…

Non. En rien. En aucune manière, ni politiquement, ni financièrement.

Hervé Morin dit de vous qu’«après avoir courtisé la gauche», vous courtisez «la droite»…

Je n’ai pas l’habitude de courtiser. Ni les uns ni les autres. Ce qui provoque cette déclaration, c’est de voir qu’ils sont complètement abandonnés dans leurs divisions, entre Morin et Borloo. Moi, je refuse de participer au panier de crabe.

Les sondages vous créditent entre 7% et 9% des intentions de vote. Qu’en pensez-vous ?

C’est une bonne base de départ. Avec ces sondages, on teste plusieurs candidats d’une même famille politique. Si on mettait au PS trois ou quatre candidats, ils obtiendraient eux aussi ces chiffres. Au bout du compte, il n’y en aura qu’un.

>> Vidéo François Bayrou parle de la crise de la dette

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Que pensez-vous de la proposition de François Hollande concernant 70.000 postes supplémentaires dans l’Education nationale?

Pour moi, c’est une déclaration très troublante et un peu inquiétante. François Hollande est entré dans la campagne en disant: «Je ferai une politique responsable.» Il a adopté pour l’éducation, la même formule que la mienne: «On protègera les moyens actuels jusqu’au retour de l’équilibre.» Et là, tout d’un coup, parce que ce sont les primaires et qu’il doit gagner les voix des profs, il annonce 70.000 créations de postes. Je suis persuadé que c’est un mauvais signe pour lui. Cela veut dire que l’on change de politique au gré du vent. Je comprends bien les primaires, mais ce n’est pas avec les primaires du PS que l’on gouverne la France.

La thématique sécuritaire est un cheval de bataille de plusieurs partis. Quelle est votre position?

C’est très simple. Je pense qu’il faut de la prévention de proximité. Il faut qu’il y ait des sanctions qui viennent très tôt et qui soient indiscutables. Je pense que la prison est la plupart du temps un pourrissoir. Je pense qu’il faut réorganiser les forces de sécurité sur le territoire, qu’elles aient un enracinement dans les quartiers qu’elles surveillent.

Que pensez-vous du dévoilement d’«affaires», ces dernières semaines ?

Les affaires qui se multiplient sont une honte. On est devant une marée de corruption, et c’est la pire image que l’on puisse donner de la France. L’on voit de la corruption au PS et à l’UMP. Il est temps de couper les racines de cette corruption. Pour cela, il faut un président de la République intègre et indépendant, qui n’a pas de fil à la patte, ni compte à rendre aux deux partis qui depuis 50 ans occupent le pouvoir avec toutes les mauvaises habitudes possibles. Affaires Bourgi, Takieddine, Tapie, Djouhri… C’est une honte de vivre dans ce pays-là. L’intégrité du pouvoir, l’indépendance du président de la République seront l’un des enjeux de la campagne présidentielle.

Quelle attitude adopterez-vous lors de la campagne contre Nicolas Sarkozy ?

Moi, je me présente pour changer les choses, pas pour les maintenir.