Ségolène Royal: «Je suis la meilleure arme contre Marine Le Pen»

POLITIQUE 20Minutes à la rencontre des candidats aux primaires...

Propos recueillis par Matthieu Goar et Maud Pierron

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Ségolène Royal, le 7 septembre, au siège du Parti socialiste.
Ségolène Royal, le 7 septembre, au siège du Parti socialiste. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Jusqu’au 9 octobre, 20 minutes interviewe les six candidats des primaires socialistes. Après Jean-Michel Baylet et François Hollande, place à la plus remuante des prétendantes, Ségolène Royal.

>> Retrouvez l’interview de Jean-Michel Baylet

>> Retrouvez l’interview de François Hollande

Vous semblez regretter que ces primaires soient trop calmes?
Oui, elles sont totalement aseptisées. Ceux qui sont bien placés dans les sondages n’ont pas voulu les débats qui auraient dû commencer avant l’été. Il y a une campagne de mobilisation qui commence lundi. C’est un peu tard, il reste trente jours. Mais si les choses s’intensifient, ça peut suffire.

L’inaction de François Hollande, l’endettement de la Corrèze, l’inexpérience de Martine Aubry…Vous, par contre, vous critiquez frontalement vos camarades…
Ce ne sont pas des critiques, ce sont des faits. Si on fait de la politique, on doit dire les réalités, y compris dans un débat où on oppose les personnalités et les compétences de chacun. Chacun doit s’expliquer sur ce qu’il est, ce qu’il fait. On me reproche d’être incompétente, je réponds: regardons les actes. Dans ma région j’ai réduit la dette, en n’augmentant pas les impôts  et en faisant de ma région la première région écologique de France. Quand on a à dire quelque chose, il faut le dire sans que cela provoque des cris d’orfraies. En revanche je ne critique pas les propositions. Quand Martine Aubry fait des annonces sur la culture, ce n’est est pas moi qui l’ai critiquée, c’est François  Hollande. Là, c’est du dénigrement.

Pourquoi avoir saisi la Haute autorité des primaires sur la question des sondages, vous êtes inquiète?
Je veux que les choses se passent à la loyale. Quand tous les jours vous avez des sondages qui matraquent que  les jeux sont faits, que ce n’est plus la peine d’aller voter, ce n’est pas acceptable pour la démocratie. C’est un poison. Alors qu’on sait parfaitement qu’une personne sur deux n’est pas encore sûre de son choix. Les instituts le savent, mais il n’y a aucune indication de prudence par rapport à l’interprétation des résultats.

Avant les primaires de 2006, quand vous caracoliez en tête des sondages, on ne vous a pas entendu râler…
En 2006, l’échantillon était plus simple à constituer pour les sondeurs puisqu’il  s’agissait d’un vote de  militants. Il n’y avait pas le même degré d’incertitude. Et puis en 2006, à l’époque de ces sondages, les débats avaient largement commencé et les autres candidats ne les avaient pas non plus contestés.

En cette semaine de rentrée scolaire, vous affirmez vouloir placer l’éducation nationale, au cœur de votre projet?
Tout de suite, dès mon arrivée, je rétablirais l’année de formation des professeurs. Ensuite, je mettrai en place un plan d’éradication de la violence à l’école.  44.000 faits violents par an, c’est inadmissible. On ne peut pas apprendre dans ce contexte. Il faut une mobilisation des établissements, en partenariat avec les parents, les gendarmeries et les commissariats. Enfin je déciderai d’un moratoire des suppressions de postes. 15.000 sont prévues à la rentrée 2012. Cela donne des maternelles à 39 élèves, des classes de secondes à plus de 40 élèves. C’est inadmissible.

Vous avez exclu d’augmenter les impôts. Comment rétablir les finances publiques?
Je ne veux pas augmenter les impôts car pour relancer la croissance, il faut arrêter de ponctionner le pouvoir d’achat des Français. Je veux les répartir plus justement: faire payer moins aux catégories moyennes et modestes et plus aux plus riches. Depuis 5 ans, les 10% les plus aisés se sont enrichis, la situation des classes moyennes s’est dégradée et  en bas de l’échelle, des familles ont quasiment basculé dans la précarité. Il faut lutter contre la fraude fiscale, il y a 45 milliards d’euros à récupérer, rembourser le bouclier fiscal, c’est encore 2,5 milliards, puis relancer l’activité économique. Je veux également loquer les prix de 50 produits de première, de l’énergie et des loyers. Les choses changeront tout de suite: il y a des marges de manœuvres. La situation est très difficile mais la garantie que j’apporte aux Français c’est qu’il y aura de l’équité et de la justice.

Croyez-vous que PS sera cette année uni derrière le vainqueur des primaires?
Franchement, oui. Je crois que l’expérience de 2007, quand je n’ai pas été soutenu par les dirigeants socialistes, a laissé beaucoup de traces. Les Français, qui souffrent cruellement de cette présidence, nous le reprochent. Plus personne ne pourra trainer des pieds, bouder, ou être mécontent de la personne que les votants auront choisie.

Les Français voteront-ils pour la même Ségolène Royal qu’en 2007?
Non elle a beaucoup  changé. Il y a l’expérience de la précédente campagne, le murissement, l’approfondissement des idées. J’avais déjà des idées, justes, puisqu’elles ont été petit à petit récupérées par le PS. La sécurité, la création d’une banque publique pour les PME, la croissance verte, ce sont mes idées.

Cela vous énerve de les voir dans le projet du PS?
Je suis un peu pillée mais cela montre que j’avais raison avant. C’est moi qui suis sur une trajectoire droite et structurée, solide et forte pour mener une campagne.  Je n’ai jamais changé d’avis, ce sont les autres qui sont venus sur ma ligne.

Oui mais vous avez déjà essayé de battre Nicolas Sarkozy et vous avez perdu…
Justement, j’ai l’expérience. La droite n’a aucune prise sur moi. Car, au fond, je ne vois pas ce qu’ils peuvent rajouter par rapport aux coups que j’avais pris dans la précédente  campagne.  Les chausse-trappes sont derrière moi. Je me sens très solide et très forte. Je suis la meilleure arme contre Marine Le Pen et pour tenir le choc dans une campagne présidentielle.